L'HISTOIRE : Vienne, de nos jours. Berti, concessionnaire sans états d'âme, emploie Brenner pour retrouver les imprudents propriétaires de voitures impayées. Cette fois, il s'agit de retrouver un certain Horvath et une New Beetle jaune. L'enquête mène Brenner à la campagne, au restaurant de Löschenkohl, réputé pour son poulet frit à la Viennoise. Brenner ne se contente pas de rechercher Horvath, il est également chargé par le fils du patron d'enquêter sur le maitre des lieux. Mais le Löschenkohl est truffé de pièges, et pas seulement pour les volatiles...
Le rythme semble s'éterniser par moment et l'originalité du tempo marque aussi les limites émotionnelles du long-métrage.
Si on vous dit Autriche et cinéma, vous penserez inévitablement à Michael Haneke et on ne vous en voudra pas. Pourtant, vous pourriez bientôt découvrir que le cinéaste ayant remporté la dernière Palme d'or n'est pas le seul à faire des films dans son pays. La preuve, Wolfgang Murnberger signe son treizième film avec Bienvenue à Cadavres-les-bains. Il y retrouve à l'occasion son acteur fétiche, Josef Hader (qui reprend son personnage de Brenner) et surtout le romancier Wolf Haas. Après les succès de Vienne la mort et Silentium, le cinéaste adapte à nouveau pour le grand écran un des livres de celui qui est devenu son co-scénariste. Même personnage principal, qui se retrouve cette fois coincé dans un restaurant de la campagne autrichienne pour un thriller romantique et cocasse.

Décors enneigés, protagonistes bêtes et lâches, truands à la petite semaine et machine agro-alimentaire qui ne sert pas qu'à dépecer de la volaille. Si le Fargo des frères Coen n'est pas loin, il faut bien avouer que Wolfgang Munberger impose un style unique, où la violence n'est qu'une réaction en chaîne de la misère affective. Bienvenue à Cadavres-les-bains s'impose comme un thriller romantique, qui véhicule un humour sarcastique au milieu d'actes abominables perpétrés par un méchant amoureux. Le film fait se croiser les problèmes de cœur, de famille et de confiance en soi dans des conflits moraux touchants et tendres. Ce qu'il ressort de toute cette cruauté humaine et de la méchanceté des personnages, c'est un manque flagrant d'amour. C'est la singularité du film, là où il tire une formidable vitalité alors que les cadavres ne font que s'amonceler tout autour.

Il y avait pourtant de quoi s'inquiéter, avec cette première demi-heure un peu molle et l'arrivée dans un lieu sordide, digne d'une recette éculée. Si le film met trop de temps à prendre, l'apparition de Löschenkohl (Josef Bierbichler, un des meilleurs acteurs allemands, toutes périodes confondues) dynamite le récit et prend un plaisir immense à imposer son corps et sa voix, quitte à occuper tout l'espace de son charisme. Loin du méchant caricatural, cet homme est entraîné par amour dans une spirale de violence à laquelle il ne peut répondre que par des actes barbares. Les frissons d'angoisse n'en sont que plus ambigus. Face à cet antagoniste flegmatique et tranchant, Josef Hader promène son magnétisme débonnaire à la Michael Keaton. Il incarne un faux méchant et un vrai sensible, un insoumis qui semble traversé par peu d'émotions, jusqu'à sa rencontre avec la belle-fille du découpeur de poulets. Plus que son enquête, c'est son duo avec Birgit Minichmayr (étoile montante du cinéma autrichien) qui absorbe le réalisateur. A l'intérieur d'une maison en construction (comme leur relation) ou sur une patinoire où le héros maladroit tente de se stabiliser, ce coup de foudre nourrit abondamment Bienvenue à Cadavres-les-bains et finit par donner le ton à tous les protagonistes pour un final qui mêle sang, suspense et baisers volés avec le même entrain.
Le rythme pourra sembler s'éterniser de ci de là et l'originalité du tempo marque aussi les limites émotionnelles du long-métrage. Mais Wolfgang Munberger a du métier et croit en ses personnages. Il est surtout aidé par une galerie d'acteurs épatants contribuant grandement à l'impression d'insolite qui se dégage de ce film inclassable et n'appartenant à aucun genre. Aussi déroutant que réjouissant.
Wolfgang Murnberger signe son treizième film avec Bienvenue à Cadavres-les-bains. Il y retrouve à l'occasion son acteur fétiche, Josef Hader (qui reprend son personnage de Brenner) et surtout le ...