Croisement extrême entre deux des genres les plus représentés dans le cinéma britannique – les films de gangsters et d’horreur -, avec une bonne rasade d’humour british dans la plus pure tradition,
Bienvenue au cottage est une savoureuse surprise qui doit surtout au talent et au charisme de ses trois acteurs principaux, et à son virage narratif plutôt corsé.
Difficile de penser en regardant
The Cottage (titre original), que Paul Andrew Williams a réalisé juste avant le mélancolique
London to Brighton, drame mafieux sur la prostitution et l’amitié entre deux éclopées de la vie. Un film dur et âpre, loin de la gaudriole sanguinolente qu’il nous propose ici. Et pourtant, le jeune cinéaste anglais avoue avoir posé les bases de cette drôle d’histoire bien avant de tourner son premier long. Le but était d’écrire un scénario se déroulant dans un seul lieu pour le tourner à moindre coût. Seulement, depuis, cette histoire de kidnapping raté rappelant immanquablement
Fargo s’est vue adjoindre une deuxième partie nettement plus radicale, avec l’apparition d’un nouveau personnage bien décidé à en faire baver à nos trois pathétiques héros. Le spectateur part alors dans un tour de montagnes russes horrifiques propre à surprendre ceux qui s’attendaient à un nouveau
Snatch.
Difficile alors de trouver le bon équilibre entre deux histoires qui paraissent si différentes l’une de l’autre. Ce n’est pas le moindre des talents de Williams de parvenir à les lier de manière parfaitement logique. Pour cela, il s’appuie à raison sur ses personnages, au centre de toute l’intrigue, et dont les caractères sont inhabituellement développés pour un film de ce type. Andy Serkis, que l’on va enfin commencer à connaître sous son vrai visage, après son travail sur le Seigneur des Anneaux, peut laisser éclater son talent inimitable dans le rôle de David, le grand frère un peu voyou et rusé, qui initie le kidnapping pour s’échapper du club londonien dans lequel il travaille. Peter, le binoclard fils-à-sa-maman qui a une phobie des mites et un courage limité, est lui incarné par un excellent Reece Shearsmith, sorte de croisement entre Olivier Gourmet et Kevin Spacey, qu’on ne connaissait jusqu’à présent que grâce à
La ligue des gentlemen extraordinaires. La pulpeuse et haute en couleurs Jennifer Ellison (Le fantôme de l’opéra) complète avec énergie ce trio embarqué dans une aventure à hauts risques.
On s’amuse d’abord de les voir se chamailler dans le cottage familial où doit s’effectuer la remise de la rançon, à propos de leur héritage, de la façon de traiter ses otages, ou d’utiliser leur butin. Econome, le scénario fait ensuite entrer à intervalles réguliers de nouveaux personnages pour relancer l’intrigue, comme le gros Andrew, gentil benêt qui raconte à tout le monde le plan du kidnapping, ou les deux hommes de main coréens envoyés par l’invisible boss Arnie. Mais c’est évidemment dans son dernier acte, avec l’entrée en jeu d’une nouvelle « famille », que
Bienvenue au cottage passe l’accélérateur. De comédie réjouissante où un plan soigneusement préparé tourne au ratage total, on passe au survival pur et dur, avec une férocité et une imagination dans les sévices qui laissent pantois. D’évidence,
The Descent et
Survivance, entre autres, ont déjà pavé la voie à ces excès bien corsés, qui bien que choquants, n’en restent pas moins teintés d’humour (noir, ça va sans dire). Une belle manière de relativiser les malheurs qui s’abattent sur les deux frères, dont la touchante réconciliation parvient à se glisser entre deux giclées de sang. Gangsters et gros monstres : un mariage contre-nature, mais Williams annonce avec brio la couleur dès son générique, où un thème musical sautillant et frénétique à la
Beetlejuice place directement son film dans la lignée des grandes farces macabres. Inclassable, enlevé, ingénieusement conçu pour servir des interprètes convaincants,
Bienvenue au cottage est de fait une nouvelle preuve de la vitalité du cinéma de genre anglais, toujours prompt à se singulariser et à produire des titres uniques et originaux, loin de satisfaire au politiquement correct. Une perle à ne pas manquer qui vous prouvera que souvent, le bonheur est loin d’être dans le pré...