Véritable consécration au dernier festival du film britannique de Dinard pour
Boy A, reparti avec l’ensemble des prix (Jury, Scénario, Public et Kodak). Le film de John Crowley est un récit fascinant sur la réinsertion sociale d’un jeune meurtrier libéré de prison et bien décidé à se débarrasser d’un lourd passé... Porté par l’extraordinaire prestation du comédien Andrew Garfield, dont le film pratique une délicate dissection afin de pénétrer son intimité avec le plus grand respect,
Boy A épate par bien des aspects. D’une vraie splendeur visuelle et profondément émouvante, cette production initialement prévue pour Channel 4, bouleverse et hante... Longtemps.
BOY A Un film de John Crowley
Avec Andrew Garfield, Peter Mullan, Siobhan Finneran
Durée : 1h40
Date de sortie : 11 Mars 2009
Jack, 24 ans, qui avait été condamné alors qu'il était mineur, est libéré après plusieurs années de prison. Commence alors pour lui une nouvelle existence, sous une nouvelle identité. Mais comment va-t-il échapper aux ombres de son passé pour assumer sa liberté ?Précédé d’une excellente réputation en raison de ses nombreuses nominations et prix dans divers festivals et soirées de prestige,
Boy A de John Crowley, à qui l’on doit l’inégal
Intermission avec Colin Farrell, vient de se dévoiler pour la première fois en France au cours d’une série de projections au festival de Dinard où il a remporté un franc succès, tant du côté critique que public. Et c’est assez rare pour le faire remarquer... Mais rien de bien exceptionnel si l’on se pose devant cette oeuvre éminemment humaine où la plus profonde des réfléxions sur le pardon va de pair avec une émotion simple et concrète. Evitant constamment les envolées lyriques pour mieux servir son propos, à mi-chemin entre le constat social et le récit initiatique, John Crowley filme au plus près ses sujets et cible petit à petit le coeur de son personnage principal, au battement toujours plus rapide... Un coeur qui tient à rien mais qui s’accroche à une nouvelle vie, à une existence fantasmée bourrée d’illusions et bâtie sur un mensonge. Jack est rongé, nous aussi...

Il se doit de cacher son passé, ne pas révéler certaines de ses émotions et jouer constamment avec une vie qui n’est pas la sienne. Le film pose alors de vraies questions sur l’identité, sur le pardon et le changement pouvant s’opérer chez l’être humain. S’il laisse parfois planer le doute, de manière discrète et délicate, sur la vraie nature de son personnage, c’est pour mieux nous faire ressentir sa fugacité, sa fragile inconstance et notre profond attachement à cette figure fantômatique qui, finalement, n’existe plus vraiment. Même quand il fait l’amour, on peut ressentir son absence et quand il essaye de prendre son souffle, sa position l’en empêche.
Ainsi le film ne pourrait être ce qu’il est sans Andrew Garfield, véritable représentation en chaîr de la force fragile, de la faille et du troube identitaire. Les larmes aux lèvres, il sourit de tristesse et pleure de bonheur. En totale adéquation avec Jack, son rôle, parfaitement chamboulé et tiraillé entre son envie d’avoir cette nouvelle chance et son désir d’honnêteté, le comédien dessine un vrai beau personnage de cinéma. Accompagné de Peter Mullan, en mentor et responsable juridique d’un orphelin qui confond le prénom de son propre fils avec celui de sa pupille, le jeune comédien prend au fil des minutes l’ampleur d’un très grand acteur. Une révélation. C’est donc autour de lui que s’articulent des seconds rôles nuancés, de nouveaux amis portés par un vrai désir de donner à cet homme sorti de nulle part une première chance... Ils ne savent rien du passé trouble du jeune homme. Et le cinéaste, laissant au spectateur le soin de se faire sa propre opinion, construit alors un habile puzzle autour de flashbacks retraçant le parcours de deux jeunes amis abîmés par la vie et dont le défouloir est un univers de violence de plus en plus dense... Jusqu’à l’ultime crime. On pourrait ainsi rapprocher cette oeuvre au fantastique
Créatures Célèstes de Peter Jackson qui évoquait une profonde amitié macabre entre deux jeunes filles... Le soin apporté à développer le sens de la fraternité de Jack et son attachement à ses proches parviennent alors à nous offrir un portrait quasi complet de cet homme énigmatique, dont l’ultime blessure, impossible à guérir, est au final le seul trait pouvant le caractériser. Comment oublier son passé quand son existence s’est construite autour de multiples traumatismes ?

John Crowley signe une superbe tragédie, une complexe réflexion sur la rémission et la grâce atteinte par un être innocenté par le temps. Une enfance meurtrie se transformant en un âge adulte tourmenté, un adolescent sur le tard qui découvre la vie avec les yeux d’un mort, un garçon comme un autre dont l’identité est inconnue. Un Boy A. Et si ce n’était pas son histoire que Crowley racontait, cela aurait très bien pu être celle du fils de Peter Mullan... Car au final,
Boy A serait tout autant son histoire à lui.
Kevin Dutot