Contrairement à ce que laisse penser son titre,
Braquage à l’Anglaise n’est absolument pas la suite de Braquage à l’Italienne où l’on trouvait déjà Jason Statham en train de remuer ciel et terre avec son pote Mark Walhberg pour piquer tout le joli pognon de ce salaud d’Eward Norton. Rien à voir donc avec ce
Bank Job qui s’inspire d’une histoire vraie qui se déroula au début des années 70 à Londres.
BRAQUAGE À L’ANGLAISE (The Bank Job)Un film de Roger Donaldson
Avec Jason Statham, Saffron Burrows, Stephen Campbell Moore
Durée : 1h40
Date de sortie : 06 août 2008Terry est un petit escroc londonien qui va se laisser embarquer par la somptueuse Martine qui lui propose de braquer une banque londonienne. Mais les motivations de Martine pour ouvrir certains coffres vont mettre en péril le petit groupe de braqueurs. Terry se retrouve coincé entre gangsters, flics corrompus, agents secrets et militants extrémistes.Le film de braquage est un genre qui fonctionne parfaitement au cinéma, suivant inéluctablement la même recette. Car après tout, c’est dans les vieux pots que l’on fait la meilleure confiture. On y trouve toujours les mêmes ingrédients : le malfrat qui veut finir sa carrière sur un coup d’éclat, monte une équipe, prépare minutieusement le coup, tombe la fille sublime jouant un double jeu, puis le braquage en bouquet final où tout semble partir de travers mais se déroule en réalité comme sur des roulettes. Bref c’est un genre que l’on connaît par coeur et qui titille férocement les fantasmes de richesse facile du public et le rêve de décrocher le gros lot dans le panache et l’élégance. Les
Ocean’s… de Steven Soderbergh sont passés par là et ont remis au goût du jour ces « Mission : Impossible » tendance gangster de charme.
Mais
Braquage à l’Anglaise se démarque fortement de ces influences formelles. Même si le film suit la voie toute tracée par les codes du genre, il déjoue les clichés formels et évite de sombrer dans le tape-à-l’œil clinquant de rigueur depuis quelques années, pour proposer une approche plus réaliste et plus âpre du braquage. Années 70 obligent, pas de gadget high-tech ou de laser perforant les coffres.
Braquage à l’Anglaise n’est absolument pas un film de poseurs et de frimeurs, et propose une certaine noirceur dans le traitement de ses personnages qui ne sont jamais tout blancs ou tout noirs. Dans
Braquage à l’Anglaise ce sont les braqueurs qui ont le moins de choses à se reprocher.
Si le braquage constitue le cœur du film il n’en est pas le point d’orgue concluant le métrage. On s’attarde plus sur les conséquences dramatiques causées par l’ouverture de certains coffres et les réactions violentes de leurs propriétaires pour retrouver les braqueurs. Lorsque le film quitte les sentiers battus du film de braquage classique pour tomber dans le thriller ronronnant tournant autour de photos et de carnets secrets, il perd en intensité et traîne en longueur avant d’arriver à une résolution des enjeux plus que convenue et peu spectaculaire.
Roger Donaldson qui nous avait offerts des films tels que
La Recrue,
Le Pic de Dante ou bien encore le fameux
Cocktail avec Tom Cruise (« Il remplit les verres, il renverse les cœurs » dixit l’affiche), réussit à captiver grâce à la toile de fond composée de secret d’Etat et de frasques sexuelles des membres de la Couronne. On se demande même si le réalisateur n’aurait pas mieux fait de laisser le braquage de côté et de se pencher un peu plus sur le fonctionnement assez trouble des agents du MI5 prêts à tout pour servir la Majesté dans leur combat contre des activistes extrémistes doublés de trafiquants de drogue.
Quand bien même ces quelques problèmes de rythme, Roger Donaldson parvient à remporter la mise par une mise en scène efficace et sans effets de style faciles auxquels nous sommes désormais rompus depuis
Snatch ou Ocean’s Eleven. Un traitement sérieux qui convient parfaitement avec le style des années 70 et le destin des personnages suite au braquage. Des personnages servis par un casting excellent, au premier rang duquel Jason Statham réussit à s’imposer dans un rôle qu’il connaît par cœur, celui du gentil gangster qui va se retrouver au milieu d’enjeux qui le dépassent. Sans oublier la superbe Saffron Burrows que l’on avait vue dans
Au nom du père de Jim Sheridan ainsi que dans le
Troie de Wolfgang Petersen, qui campe ici Martine Love, femme fatale par qui arrivera l’idée du braquage et qui ne se limite pas qu’à la jolie plante de service. Finalement, alors que l’on s’attendait à une petite comédie légère sur fond de casse du siècle,
Braquage à l’Anglaise se révèle plutôt surprenant, sombre et pessimiste.
Stanislas Bernard