MARRE, MARRE, MARRE de la télé au cinéma. Mais visiblement, les spectateurs en raffolent. Tant mieux pour eux : après
Les Dalton et le récent
Iznogoud (qui a pulvérisé des records), voici le petit nouveau :
Brice de Nice. C’est devenu la mode aujourd’hui de voir des transfuges de la télé passer au cinéma. Sans doute qu'ils s’imaginent suffisamment intéressants pour aller enquiquiner les cinéphiles. Pendant ce temps, des films superbes comme
Sideways se ramassent au box-office. Mais où sont passés la cinéphilie et l'amour du cinéma ? "Comment je les ai tous caaaasssés…"
BRICE DE NICE
Un film de James Huth
Avec Jean Dujardin, Bruno Salomone, Clovis Cornillac, Elodie Bouchez
Durée : 1h40
Sortie : 06 Avril 2005>Trois teasers
Eternel ado de presque trente ans, délaissé par son père affairiste et une mère absente, Brice s'est réfugié dans une posture, un "style" avec lesquels il exprime son être essentiel, son véritable vécu intrinsèque. Après avoir été BCBG, pseudo new-wave, néo-punk et post-baba, Brice est devenu un surfeur, winner, ascendant snowboarder. Comme Bodhi, le personnage de Patrick Swayze dans Point break, Brice attend la vague, SA vague... à Nice ! Personne pourtant ne se risque à se moquer de Brice : redoutable bretteur du langage, Brice s'est fait une spécialité de "casser" tout et tout le monde par le truchement de ses réparties verbales. Car Brice de Nice le surfeur est également un grand casseur.
Il fallait bien qu'un jour Brice soit rattrapé par la réalité...Parmi tous les Eric et Ramzy, Omar et Fred, Michael Youn et autres "comiques" audiovisuels, figurez-vous que Jean Dujardin alias
Brice de Nice (prononcez «Bryce de Nyce»), espèce de blond cradingue complètement débile, est celui qui nous ferait presque le moins honte. James Huth, connu pour un épatant et drôlissime
Serial Lover, a quitté le projet
Blake et Mortimer pour se focaliser sur cet itinéraire d’un glandeur gâté, surfeur en Méditerranée, fils à papa tête à claques qui porte des slips Gérard Klein, cache sa piqûre de requin (tout en prenant le soin d’exhiber sa fausse dent de requin), organise des soirées
yellow (tous en jaune) et surtout aime caaasssser les gens (en levant le bras – pouvant même parfois la faire
double). Tous les matins donc, Brice aime casser le vent sur son skate et se rêve le nouveau Patrick Swayze dans
Point Break (qui a dit qu’une fiction qui citait un film de Kathryn Bigelow ne pouvait pas être foncièrement mauvaise ?). Seulement voilà, dans son oisive bourgeoisie et sa niaiserie innée, Brice ignore tout des agissements interlopes de son papounet. Et quand les flics débarquent à la maison avec les lunettes de soleil, Brice ne comprend pas. Regardez-le bien, regardez ses yeux, on voit bien qu’il est con. Certes, oui, il est con. Il est même très con, Brice, et c’est un peu aussi pour ça qu’on l’aime assez.
Et Brice le brave va devoir apprendre à arrêter de casser. Dure métaphore du passage à l’âge adulte. Lui qui s’embourgeoisait avec ses pains fourrés de Nutella au petit déjeuner et ses visionnages frénétiques de
Point Break va devoir affronter comme un grand les rudes lois du monde. Comme c’est trop dur pour lui, il décide d’organiser un casse en solo (normal à vrai dire pour quelqu’un qui aime caaaaasser les gens) tout en chanson, en façonnant comme il sait bien le faire le
Give me the night de George Benson. Ou comment une banque se transforme en discothèque pour dégringolés de chez Michou, coincés du cul et grabataires.
Regard livide, sourire niais, Jean Dujardin reprend le personnage qu’il avait crée à l’époque des Nous C Nous, équipe de comiques avec entre autres Bruno Salomone et Eric Collado (qui jouent dans le film) et se prête au jeu avec plus ou moins de plaisir (on sent l’envie de passer à autre chose et c’est logique). Seuls les fans du groupe qui se souviennent certainement encore de leurs fous rires devant les parodies de Sagas ("Les caméras de Sagave ont pénétrés la demeure des Bourbon-Lacrémaillère") et de La Fureur ("Hé, Cachalou, qu’est ce qui se passe, t’as l’air de réfléchir, ça te ressemble pas ?") risquent de se pointer au rendez-vous. En revanche, les amoureux de Chouchou et Loulou (tous deux réunis et pas forcément pour le meilleur) risquent d’afficher une mine circonspecte, sans parler des autres qui non seulement ne pigeront rien mais en plus trouveront le résultat... sans commentaire.


Scénario vide, personnages secondaires insipides, running gags lourdauds, mise en scène absente… On ne compte pas les bourdes de Brice mais la seconde partie avec Elodie Bouchez et Clovis Cornillac, sorte de sous-
Dumb and Dumber, améliore un peu le désastre. On parle plus de sketch étiré (ce qui n’est pas forcément une excellente nouvelle) que de cinéma. Même qu’à force d’être à l’aise comme si on était chez soi, on se surprend à sourire (Brice, ses grimaces et son bref passage dans la restauration) et c’est tout. De toute façon, tout le monde s’en fout : ça devrait logiquement être un carton ; les jeunes vont trouver que c’est de la balle et écouteront la chanson
C’est le casse de Brice, calibrée pour les nouveaux "petits clous", en boucle sur Fun radio ; et nous, si on n’est plus de la partie, c’est qu’on est simplement devenu de jeunes vieux cons. Au-delà de 15 ans, s’inquiéter. Le plus fort finalement quand on est critique de cinéma, c’est qu’on peut même casser
Brice de Nice. Un privilège dont on ne peut pas se priver.