L'HISTOIRE : Brüno est à l'origine un personnage créé par Sacha Baron Cohen pour son émission Da Ali G Show, de laquelle proviennent également le rappeur blanc Ali G -logique- et le reporter kazakh Borat. Et comme ce dernier, Brüno officie en tant que présentateur de télévision mais pour une chaine autrichienne ce coup-ci, au sein de son émission "Funkytime with Brüno" dans laquelle il interroge des invités sur des sujets aussi cruciaux que la mode, les ragots people, son homosexualité... Et, toujours comme Borat, Brüno va à l'occasion de sa première aventure cinématographique se rendre aux Etats-Unis et traverser le pays. Mais si le reporter kazakh voulait en découvrir plus sur la culture de cette nation, "l'idole des jeunes autrichiens" le fera lui "dans l'intérêt de mettre les mâles hétérosexuels mal à l'aise en présence d'un étranger gay vêtu d'un tee-shirt transparent". Bruno ridiculise Hollywood et s'assoit sur la bienséance.
Vous pensiez que Borat était l'ultime pied de nez impertinent à la face de l'Oncle Sam ? Vous étiez certains que le film mettant en scène le journaliste kazakh représentait l'outrage définitif au politiquement correct des bien-pensants ? Repensez-y. Voici Bruno. Plus profond. Plus scatologique. Plus subversif. Il habite un royaume où les pénis crient son nom et où les jeux sexuels n'ont aucun interdit. Un univers où on prend soin de son anus, où les Mexicains font de très belles chaises, où on échange des enfants africains contre des Ipod. Bref, un joyeux bordel hilarant où l'audace de Sacha Baron Cohen s'exprime par le sphincter et un esprit téméraire.
Bruno c'est près de 90 minutes non-stop de bouffonneries scabreuses, une avalanche de situations irrésistibles et incongrues. Troisième trublion excentrique créé par Sacha Baron Cohen pour son show Da Ali G Show, Bruno restera certainement dans les annales.
Son film se vit comme un coup de pied dans les bijoux de famille que beaucoup ne refuseront pas, tant ça fait du bien là où ça fait mal. Que ce soit devant un convertisseur de gay qui ne jure que par Jésus, au milieu d'une parodie de paix entre Israéliens et Palestiniens (hamas ou houmous ?!) ou dans une émission type Jerry Springer Show, Sacha Baron Cohen ne recule devant aucune atteinte à la morale, à la pudeur et à la bêtise humaine. L'autodérision de Borat qui débordait largement avec les blagues sur les Juifs laisse la place à une critique du star system et à travers lui, des mâles hétérosexuels. Dans un monde où la télévision offre au premier venu l'occasion d'avoir son quart d'heure de gloire face à des millions de téléspectateurs, Bruno ridiculise Hollywood et s'assoit sur la bienséance. Cela semble facile, mais Sacha Baron Cohen va tellement loin dans l'abject, qu'il fait simplement ressortir le pire chez les gens (la séquence où les parents acceptent pour de l'argent de mettre en scène la crucifixion de leurs progénitures, de les habiller en nazis ou de leur faire perdre cinq kilos en une semaine est un sommet de malaise).
On retiendra aussi que Mel Gibson et Brad Pitt sont des nazis et qu'il n'y a pas de "tantouzes" en Arkansas, comme des beaufs américains le crient, dans un climax génial. Devant la caméra de Larry Charles, l'acteur joue les funambules, trouvant à chaque fois l'équilibre parfait entre le rire et l'embarras. Il y a quelque chose des Idiots de Lars von Trier. Une dimension parallèle où la honte de faire partie de la race humaine se confronte à l'impossibilité de ne pas se bidonner. Bardé de séquences d'anthologie où Sacha Baron Cohen prend tous les risques (avec ses conneries, il finira mal), Bruno devient le fantasme prodigieusement malsain, irrévérencieux, désenchanté et nécessaire du libre arbitre absolu. Une façon de dire "merde" à tout le monde avec une goutte de liquide séminal dans l'oeil. Incomparable.
Sacha Baron Cohen est un formidable dingue. Un brin inconscient, un tantinet kamikaze, il n'hésite pas dès le début de sa carrière à faire des interviews assez tendues de personnalités importantes, ...