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Burn After Reading

La critique d'Excessif

2/5
burn_after_reading_aff L'HISTOIRE : L’histoire est celle d’un ancien agent de la CIA, joué par John Malkovitch, qui est viré de l’agence à cause de son addiction à la boisson. Pour se venger, il écrit ses mémoires sur son ordinateur. Le disque est volé par sa femme (Tilda Swinton) qui l’oublie à son club de gym. Il est retrouvé par un employé du club (Brad Pitt) qui va en profiter pour lancer une affaire de chantage. Pendant ce temps, un agent de la CIA (Clooney) investiguant sur l’affaire, rencontre Linda sur internet (Frances McDormand). Linda étant la propriétaire du fameux club de gym. Tout ce beau monde veut donc mettre la main sur le disque
Un Coen bros mineur...
Avec No Country for old men, formidable adaptation d’un roman de Cormac McCarthy, les frères Coen se surpassaient après quelques objets sans envergure comme Ladykillers. A dire vrai, ils atteignaient un niveau si stratosphérique dans leur filmographie que l’on pouvait redouter à juste titre qu’ils n’arrivent pas à faire aussi puissant par la suite. Le verdict est sans appel : Burn after reading n’est qu'une comédie mineure qui vient clore une trilogie sur les idiots commencée avec O'Brother et Intolérable cruauté – le fil conducteur entre ces trois volets étant George Clooney. Rien de honteux ; on est juste en terrain familier avec ce que ça peut comporter d’ambivalent: sympathique et déjà vu.


 

Dans Burn after reading – dont le titre fait référence au roman de l’ancien directeur de la CIA, Stansfield Turner –, un agent (John Malkovich) est viré sous prétexte qu’il use un peu trop de la bouteille. Vindicatif, ce personnage écrit alors ses mémoires sur son ordinateur dans le but de faire la peau à tout ceux qui ont juré sa perte. Il fait une copie sur un disque, volé par sa femme (Tilda Swinton) qui préfère passer du bon temps en compagnie de son amant, un agent de la CIA érotomane (George Clooney). Par inadvertance, elle oublie ce disque dans son club de gym favori. Un employé de la salle (Brad Pitt) le trouve ; et, conscient d’avoir trouvé quelque chose de compromettant, décide de faire chanter son propriétaire. Ce crétin en parle à la responsable du club (Frances McDormand) qui flaire le bon coup et pense que cette découverte va lui permettre de payer les opérations de chirurgie esthétique. La scène qui introduit cette histoire à la fois noire et loufoque paraît absurde. Mais, d’emblée, le film avertit qu’il ne va carburer qu’à l’absurdité en présentant isolément des personnages cupides qui, par intérêt personnel, vont tous être amenés à se croiser (souvent pour le pire) et à se détruire. 

C’est un peu le même principe dans tous les films des frères Coen. En mélangeant l’anecdotique et l’essentiel, ils utilisent une légèreté espiègle de surface pour confronter deux mondes distincts : la CIA et un club de gym plouc. Dans Burn after reading, qu’ils ont écrit eux-mêmes, cette mécanique du choc des cultures fonctionne à double tranchant : ça reste efficace, parce que les dialogues sont suffisamment percutants pour retenir l’attention, mais également convenu, parce que ça ne propose rien d’inédit. Certains procédés comme la manière dont ils jouent sur la répétition des gags, l’insistance sur les détails ou les cadres tirés au cordeau paraissent presque usés. Le style se mord parfois la queue, alimenté par la simple reconnaissance de ses propres références et donc de sa signature. Certaines séquences tombent dans l’autocitation : on pense beaucoup à Fargo dans la caractérisation des personnages et Intolérable Cruauté pour le registre de la comédie conjugale et plus généralement les accents de screwball comedy. Mais on retient surtout un coup de théâtre réunissant George Clooney et Brad Pitt.

C’est la meilleure scène du film, réaffirmant que les Coen bros savent distiller la tension en montrant juste un personnage qui en regarde un autre, caché dans un placard (le rendu n’est pas aussi malsain que dans Blue Velvet mais aussi inattendu). Accessoirement, elle renvoie à No Country for old men par sa brutalité gaguesque. Le temps d’un film, les frères Coen reviennent finalement à ce qu’ils savent faire le mieux : la comédie noire et farcesque dans le sillage de Arizona Junior et Fargo, mais toujours en moins bien. Derrière les situations satiriques, se cachent des drames humains. Par exemple, celle qui régie le club de gym (Frances McDormand) a envie de se faire charcuter le visage et passe des annonces sur Internet pour trouver le grand amour. A quelques mètres de son bureau, un collègue discret (Richard Jenkins), pas assez stupide pour que les frères Coen aient besoin de le développer et en même temps trop bien pour n'être qu'un vulgaire prince charmant, en pince secrètement pour elle. La tragédie, c’est qu’elle ne le voit pas. Le revers de cette écriture – qui n’évite pas une vraie cruauté, c’est la tendance au schématisme faisant que tous les personnages évoluent vers la même insignifiance. Comme s’ils étaient prisonniers d’un scénario prévisible, écrit avec plus de rigueur que d’empathie. 

Bref, le film contient quelques facilités et sa force sur nous s’en trouve amoindrie. Si, en filigrane, les frères Coen présentent une société paranoïaque où les gestes sont disséqués et les apparences critiquées (face sombre), il y a toujours de l’humour et de la moquerie en mode automatique (face claire). Heureusement, les acteurs prêtent tout leur talent à cette combinaison binaire que ce soit George Clooney qui fait ressentir la médiocrité de son personnage tout en jouant sur un sex-appeal étrange (et c’est assez troublant) ; Brad Pitt qui arbore un brushing digne de George Michael dans les années 80 ; John Malkovich qui n’a pas l’habitude de si bien proférer des menaces ; Frances McDormand qui joue bien la blonde – mais reste trop prévisible dans ce rôle – ; et Tilda Swinton qui suinte la frigidité et l’arrivisme – mais reste trop en retrait par rapport aux autres. Celui qui bizarrement tire son épingle du jeu, c’est J.K. Simmons, hilarant. En très peu de scènes, avec quelques répliques percutantes, il résume parfaitement la désinvolture de ce projet anecdotique, entièrement construit sur ce plaisir de filmer pour ne rien en faire; sans penser aux conséquences qui pourraient même invalider le film en cours. Comme le suggèrent le premier et le dernier plan, Burn after reading n’est qu’une tempête dans un dé à coudre.

 

Romain LE VERN

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Le verdict des internautes

Total des votes : 15

Les notes des internautes

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    Musique

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