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C'est ici que je vis

La critique d'Excessif

3/5
Affiche du film C'est ici que je vis L'HISTOIRE :

Arnau s'ennuie dans sa banlieue barcelonaise. Mais le jeune homme de 17 ans a un passe-temps, le dressage d'oiseaux. Dans la petite remise de la maison de sa sœur, il entraîne ses oiseaux au chant, en vue d'un concours. Le prix pourrait lui permettre de payer un avocat à sa mère, en prison. Mais parallèlement, l'oncle Ramon fait découvrir à Arnau la passion des courses de chiens. Une activité plus lucrative que les oiseaux.

un conte simple, relevé par une mise en scène stimulante

Introverti et rêveur, Arnau a une passion pour ses oiseaux, qu'il entraîne au chant, en vue d'un concours local. L'argent récolté, s'il obtient le premier prix, servira à engager un bon avocat pour défendre sa mère, en prison. Mais l'oncle Ramon vient parasiter le projet d'Arnau, en introduisant l'adolescent dans le milieu lucratif (et pervers) des courses de lévriers. Parallèlement, Arnau recueille un renard blessé sur le bord du fleuve Besòs, et l'installe dans la grange, au milieu des oiseaux. Sans se rendre compte qu'en reprenant des forces, l'animal devient un danger pour les précieux volatiles.
 
C'est ici que je vis est un film à la fois simple et plein de surprises. Simple par son scénario, sorte de conte (a)moral sur l'appât du gain et la loi de la nature. Mais cette trame prévisible est considérablement enrichie par une mise en scène constamment inventive. Ainsi, cette histoire plutôt accablante ne s'enlise pas dans le dolorisme. Marc Recha refuse de faire un drame social à la Ken Loach (on pense parfois à Kes), préférant la stimulation des sens au tragique ou à la mélancolie. Ainsi, dès le générique fantaisiste (dessin animé géométrique proche du travail de Saul Bass), le film prend des couleurs jazzy. Entraînante, la musique confère une tonalité joyeuse à un quotidien triste, en forme d'appel d'air. La caméra du cinéaste se ballade sur les pas d'Arnau, mais dévie parfois de son chemin balisé pour fixer un détail ou un micro évènement saisissant. Vive, papillonnante, elle s'attarde en dilettante sur les chaussures abîmées de la famille d'Arnau ou les mains plus ou moins rouges et amochées des parieurs du cynodrome. Plus loin, lors du concours de chant d'oiseaux, Recha insère quelques contrechamps surréalistes, en plans fixes sur des spectateurs aux masques géants - on est à la lisière entre l'inquiétant et le burlesque. Ailleurs, de curieux travellings latéraux balaient l'espace (un alignement de cages à oiseaux avec leur maître derrière) en conservant le premier plan flou. Si  bien que l'œil ne cesse d'être stimulé.

 

C'est ici que je vis

 
Procédant par couches successives, C'est ici que je vis est un film impressionniste, déroutant, où rien n'est jamais clairement dit. Par exemple, une séquence montre Arnau regardant une émission de télévision sur un procès. Sur le moment, l'évènement ne fait pas sens. Ce n'est qu'ensuite qu'on comprend son désir de sauver sa mère écrouée, et sa quête d'un avocat de prestige « vu à la TV ». Coloré, le film procède également par de subtiles correspondances visuelles, assurant ainsi sa continuité narrative. Un code de couleurs vus sur des rideaux répond à celui des cabines de lévriers, puis aux bouchons de stylos à bille que doit confectionner Sole, la sœur d'Arnau. Une certaine harmonie se dégage alors des paysages du quartier de Vallbona, pourtant plein de contradictions : entre la mer et la montagne, la ville (Barcelone) et la campagne, la civilisation et la nature, cette zone interlope se révèle passionnante sous l'objectif de Recha. A l'image de ce décor hybride où les vagues du fleuve Besòs côtoient les tags et où les renards vivent en concubinage avec les oiseaux, Arnau va se cogner aux vices des hommes et à la loi de la nature, et peut-être survivre - comme sa ville - en se faufilant, en se transformant.

 

 

Eric VERNAY

Le verdict des internautes

Total des votes : 3

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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