Un peu d’histoire : Jennifer Tree est la nouvelle top que s'arrachent les photographes et couturiers new-yorkais. La fille qui fait rêver le grand public... pour le meilleur et pour le pire. Un soir, Jennifer est suivie dans la rue par un homme, qui parvient à la droguer. Elle se réveille dans une cellule préparée à son attention et remplie d'objets personnels volés dans son appartement. Son ravisseur l'oblige à regarder des vidéos de femmes torturées dans cette cellule, avant de la soumettre elle-même jour après jour à d'horribles sévices. Durant son calvaire, Jennifer découvre qu'elle n'est pas seule. Un jeune homme, Gary, est également retenu en captivité dans la pièce voisine. Elle entre en contact avec lui, dans l'espoir de trouver une issue à son cauchemar.
CAPTIVITYUn film de Roland Joffé
Avec Elisha Cuthbert, Daniel Gillies, Pruitt Taylor Vince
Date de sortie : 08 août 2007POUR (CEDRIC RENIER)
Roland Joffé, le réalisateur culte de
Mission, revient avec un film d’horreur extrêmement puissant qui risque d’être votre pire cauchemar. Vous voulez continuer? Alors, bien sûr, nos cinéphiles vont se poser la question: pourquoi est-ce que Roland Joffé dirige un film comme celui-ci ? Pourquoi est-ce qu’il fait ça ? Pour se racheter une mauvaise conduite ? Pour martyriser son public ? Pour nous faire une bonne blague ? A chaque fois, c’est non. C’est simplement pour nous époustoufler, nous prouver qu’il est capable de créer une atmosphère fascinante et géniale où les moindres petits sons et détails bizarres nous font flipper. De toute manière, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter: Roland Joffé est un pro, un dieu de la mise en scène qui a toujours réalisé des films remarquables. Il reste à savoir s’il va convaincre ceux qui détestent son cinéma d’ordinaire, mais il faut les rassurer eux aussi : c’est totalement nouveau et différent.
Ça va être dur à avaler mais il faut prendre
Captivity pour ce qu’il est : une expérience radicale et perturbante, un film d’horreur tranchant réalisé par un cinéaste qui n’a rien de Wes Craven et qui pourtant nous fait frémir à chaque instant. Sa mise en scène, très efficace, proche du clip, est parfaite pour mettre sous tension dès le départ et nous emmener en enfer. L’enfer, c’est une cellule où sont réunis deux personnages qui ne se connaissent pas. Sauf que, chut, je n’en dirai pas plus. Le film se sépare en deux parties précises: la séquestration du top-model seule face à un autre détenu. Ensuite, grâce à un retournement de situation inattendu, le film nous fait pénétrer dans une dimension nouvelle et très angoissante.
On prend son pied pendant plus d’une heure trente à deviner le pourquoi du comment. La résolution de l’intrigue est très surprenante, très choquante et très violente, vous voilà prévenus. D’autant qu’on ne s’attend vraiment pas à une telle claque ! En été, sérieusement, c’est le désert pour le cinéma d’horreur et pour une fois qu’on a un bon film d’horreur, autant en profitez. Les acteurs sont en plus formidables, ce qui ne gâche rien (on retrouve notamment dans le rôle principal Elisha Cuthbert). Il n’y a vraiment pas de quoi se plaindre. C’est le meilleur film d’horreur que l’on ait vu depuis
Saw. Et ça fait du bien. Allez-y, en tremblant: vous allez prendre un pied monstrueux !
CONTRE (ROMAIN LE VERN)
Au premier abord,
Captivity peut faire office de curiosité stimulante. La présence de Roland Joffé, réalisateur naguère prestigieux de
Mission et
La déchirure aux commandes d’un thriller horrifique scénarisé par Larry Cohen est suffisamment intrigante pour donner envie de vérifier par soi-même les rumeurs qui circulent à son sujet. Hélas, dès les premières images, on décèle le pot aux roses et on découvre un nanar première catégorie plus hilarant que potentiellement effrayant. Comme son personnage féminin, le film semble victime de la mode. L’assimilation marketing à cette nouvelle vague des
splat pack (groupe de cinéastes dont font partie James Wan, Eli Roth, Rob Zombie et Alexandre Aja) est tellement opportuniste qu’elle dessert un film qui n’a aucune ressource pour rebondir. Faute de substance, l’ensemble, inoffensif et grotesque, démolit sa réputation pseudo-sulfureuse. D’un bout à l’autre, les auteurs se contentent de surfer sur une vague en reprenant des effets et des idées déjà exploités ailleurs en mieux sans chercher à débroussailler le terrain ou à expérimenter.

Ceux qui connaissent les fictions antérieures de Roland Joffé (cinq Oscar et une Palme d’or) risquent eux aussi d’être désagréablement surpris. Tout donne à penser qu’il a vendu son âme au diable en dilapidant toute la crédibilité qui lui restait. Non seulement le film possède pour principale faiblesse le risque de perdre le spectateur si celui-ci venait à deviner trop tôt le coup de théâtre final (aussi évident que le nez au milieu de la figure) mais en plus essaye de transformer une série B hypertrophiée en film de prestige. Ce genre peu glorieux est usuellement réservé à ceux qui débutent (genre Darren Lynn Bousman) ou veulent se faire un nom. Dans le cas contraire, il faut s’en inquiéter. Avec une accumulation d’effets empruntés au clip comme le montage saccadé, la mise en scène de Joffé n’a plus aucune grandeur tant son principal objectif consiste à nous faire prendre des vessies pour des lanternes en comblant sa vacuité par des artifices tape à l’œil (cadres obliques, photo criarde, son poussé au maximum).

Sorti à la sauvette,
Captivity ne devient donc qu’un plagiat éhonté de
Saw (deux personnages enfermés qui doivent deviner qui les traque) agrémenté d’une touche de sentimentalisme mièvre (le mannequin et le chauffeur sont tellement mignons qu’il serait intelligent de les faire tomber amoureux l’un de l’autre) et d’invraisemblances patentes à faire frémir Jack Bauer. Le vétéran et respectable Larry Cohen n’a même pas cherché à travailler une intrigue policière convaincante pour agrémenter le suspense. Totalement déconnecté du sujet, presque en abnégation, Roland Joffé enfile les rebondissements (convenus) jusqu’à ce qu’ils finissent par lui éclater au visage, comme une baudruche trop gonflée. On est proche du suicide artistique. Les acteurs, eux, font ce qu’ils peuvent mais comme toujours dans ce genre de situations embarrassantes, leurs efforts méritoires ne peuvent sauver que ce qui peut l’être.