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Cartes postales de Leningrad

La critique d'Excessif

3/5
cartespostalesaleningrad135 L'HISTOIRE : Pendant la rébellion armée de gauche, dans les années 60, une jeune "guérilla" doit accoucher clandestinement. A sa surprise, comme sa fille est la première à naître "Le jour des mères", leur photo est dans les journaux. A partir de là, elles doivent fuir. Déguisement, cachettes et faux noms font partie du quotidien de la Fille, narratrice de cette histoire. En compagnie de son cousin Teo, ils réinventent les aventures de leurs parents guérilléros, construisant un fantastique labyrinthe de super-héros et des stratégies autour de la subversion armée, sans savoir où commence la réalité ou la folie. Mais le jeu des enfants n'arrive pas à occulter la mort, les tortures, les délations et trahisons vécues à l'intérieur des guérillas. Les enfants veulent devenir l'Homme Invisible pour être à l'abri et ne plus courir de risques. Cependant, bien qu'ils arrivent à échapper par moments à la peur, ils savent, que peut-être leurs parents ne reviendront jamais et qu'ils ne recevront que des "Cartes postales de Leningrad".
Malgré de louables intentions et une absurde poésie, le film s'enferre et lasse par manque d'ardeur.
Comment aborder un film dont la guérilla est le sujet lorsque le point de vue retenu pour l’exposer est celui de l’enfance ? Tout d’abord, convient-il de s’en emparer avec curiosité et bienveillance. Au point de laisser Cartes postales de Leningrad, au fur et à mesure de son avancée, imposer un double questionnement. Peut-on se limiter au seul regard enfantin pour croire et adhérer au propos du film ? Et quelle impression au final nous reste-t-il une fois le film terminé ? Hélas, aussi louables et inventives soient les intentions de Mariana Rondon, la circonspection semble devoir l’emporter et les avis demeurer mitigés.

 

 

Une histoire de guérilla « familiale » racontée par les enfants qui la vivent

A l’origine, Cartes postales de Leningrad est la volonté exprimée par Mariana Rondon, de raconter les images qui s’imposaient à elle lorsqu’elle était toute jeune et vivait au milieu des siens, eux qui furent tous frappés par la sombre guérilla qui ensanglanta le Venezuela dans les années 1960. De fait, pour la cinéaste, le métrage se veut autant le moyen de se réapproprier un passé incompris et qui reste à investir, qu’une histoire décalée, celle d’enfants de guérilleros qui vivent et racontent la lutte armée sans la comprendre…


Ainsi, suit-on au travers des péripéties de Cartes postales de Leningrad, les frasques révolutionnaires d’une famille, leurs démêlés avec la junte au pouvoir et les explications plus que décalées et omniprésentes de ceux qui en sont les enfants. Tantôt plaisant et souvent déconcertant, le point de vue alterne alors entre Téo et sa cousine et la narration oscille entre l’incompréhension, la poésie infantile et le récit aveugle d’une réalité déformée. De fait, prend-on un certain plaisir à voir Téo, l’enfant et principal protagoniste, fêter le nouvel an avec les siens, les raconter ou expliquer les cartes envoyées par ses parents de Leningrad.

 
Mélange entre Papa est en voyage d’affaires, Che – l’Argentin, Central do Brasil et la folie de Chat noir, chat blanc, les personnages de Cartes postales de Leningrad, tous hauts en couleurs, s’avèrent donc des plus surprenants. C’est d’ailleurs avec une certaine jubilation que l’on suit les explications décousues et très « décalées » des enfants lorsqu’ils se retournent sur les actions de ceux qui les entourent.



Une narration composite et des points de vue sans cesse changeants : l’échec d’une idée

Cependant, alors que le point de vue de l’enfance et son corollaire, la déformation de la réalité, semblaient s’imposer comme des règles fructueuses, Cartes postales de Leningrad s’oblige à une autre approche qui repose sur une mise à distance plus sérieuse et critique. Intéressante en soi mais mal employée et orchestrée, cette idée rompt la continuité initiale et porte d’emblée préjudice aux ambitions de départ. En effet, confus au risque de paraître illisible, cette multiplication de points de vue et de narrations entrecoupées n’a pas l’efficacité attendue. Au contraire, elle ennuie et parasite l’avancée du métrage car les tonalités et la précision du récit varient trop pour que l’on n’y adhère. Au point qu’entre les scènes de torture – impossibles à raconter pour des enfants qui ne les ont pas vues - et l’imagination fertile qui est la leur, Cartes postales de Leningrad déconcerte franchement.

 

 

 

Qui plus est, le brouillage volontairement entretenu est amplifié par une forme composite et tout aussi discutable. Ainsi, des effets visuels très pop et tarantinesques du fait de leur outrance viennent modifier et compléter les prises de vue réelles, sans véritable gain. Par conséquent, ne sachant plus où le film avance réellement et plus encore ce qu’il cherche à montrer, le doute fait plus que s’insinuer et perdra les moins attentifs des spectateurs…

 

Dès lors, les ambitions du métrage méritent certes d’être rappelées, retenues et mises à son crédit, notamment l’intention d’inscrire le passé pour mieux le saisir dans le présent de la pellicule et d’une fiction à tendance biographique. De même, notera-t-on avec profit que Cartes postales de Leningrad est doublé par un autre film, cette fois-ci documentaire (Les enfants de la guérilla) qui assurément aurait mérité d’être sorti en même temps. Néanmoins, trop composite et sans vérité dans son rythme et son avancée, ce film vénézuélien pose question et échoue finalement là où seuls Ari Folman (Valse avec Bachir) ou Jia Zhangke (The World, diptyque Dong-Still Life, 24 City) auront su réussir dernièrement. C'est-à-dire en employant avec audace, une certaine modernité de formes et de langage et en assumer la pleine radicalité. Le tout dans un but qui soit aussi précis qu’intelligible. Or, Cartes postales de Leningrad ne sait pas comment affronter les limites de son idée initiale de manière satisfaisante et veut pourtant en dire plus que de raison.

 

 

 

De fait, artificiel malgré des instants inspirés (la scène de vol dans le magasin, sa fin très Exodus) et pourtant trop sage si l’on y pense, le film de Mariana Rondon déçoit. Notamment, car il ne parvient pas à s’aider de la puissance imaginative et des fulgurances de l’enfance quand d’autres films comme Cria Cuervos, L’esprit de la ruche ou dernièrement Un été italien ont su si magnifiquement les employer.


Le verdict des internautes

Total des votes : 3

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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