Cet été, le choix en salles se fera entre les grosses sorties et les petits outsiders... S’il y aura des déceptions dans les deux camps, ce ne sera pas le cas de
Cartouches Gauloises qui s’avère être une excellente surprise... Pleine de charme, cette oeuvre autobiographique de Mehdi Charef (
Marie-Line, Miss Mona...) nous plonge dans les souvenirs d’un cinéaste qui aborde des thêmes difficiles avec la plus grande délicatesse...
CARTOUCHES GAULOISESUn film de Mehdi Charef
Avec HAMADA, Thomas Millet, Zahia Said
Durée : 1h 32
Date de sortie : 08 août 20071962. Dernier printemps de la Guerre d’Algérie... L’Indépendance approche à grands pas. Autour de Ali, 11 ans et son meilleur ami Nico, le monde change... Les Français quittent le pays petit à petit, la violence se fait aux yeux de tous et les attentats se multiplient. Tous deux font semblant de croire que Nico ne partira jamais. Alors si tout s’effondre autour d’eux, rien ne pourra cependant leur voler leur enfance. Ou presque...Cartouches Gauloises est un film tout droit sorti du coeur d’un cinéaste. Comme une page blanche qu’il aurait rempli avec toute la sincérité et l’intensité qu’il pouvait y mettre, Mehdi Charef peint le portrait d’une Algérie à l’équilibre branlant mais pleine d’espoir. En nous offrant une vue d’enfant, Charef nous prend la main et tente de montrer ce qu’il a lui-même vécu et ce qui relève parfois de l’indicible.
Celui qui nous prend la main, c’est Ali, présent quasiment à chaque seconde du métrage. Ali est vendeur de journaux. Belle idée que de nous faire suivre ce messager, lui-même témoin d’événements macabres se déroulant sous ses yeux. Comme un conteur allant porter les informations à chacun, il déambule dans la ville, faisant sa besogne et vivant ce qui sera écrit le lendemain dans le journal qu’il distribue... Si la reconstitution fait parfois « carte postale », elle donne au film cet aspect bonhomme et léger que Charef entâche de froides éxécutions et de terrifiantes séquences de rafles...
Comme atteint d’ataraxie, Ali semble, au départ, peu troublé par cette violence et reprend à chaque fois ces activités comme si rien ne s’était passé. Mais l’on comprend assez vite qu’Ali est rongé de l’intérieur, qu’il continue à rire, à jouer mais qu’au fond il souhaite retrouver son père, un « moujahid » dont on lui a dit de dire qu’il est parti travailler en France et protéger sa mère Aïcha... Le jeune acteur arrive alors à nous montrer que sous le sourire se cache des peurs profondes et des plaies béantes. Medhi Charef, par son film, tente de cicatriser. Ce dernier arrive, très justement, à nous montrer la souffrance et la peur d’un peuple qui se faisait éxécuter à chaque coin de rue. Mais également la joie de vivre de ce même peuple et son courage. Ainsi, la mise en scène, très léchée, prend tout au long du film une belle ampleur et témoigne à la fois de la douceur et de la dureté d’un quotidien improbable. Le cinéma offre à cette histoire vraie une dimension poétique et parfois surréaliste, notamment dans les séquences dans la cabine de projection ou sous le pont où se retrouve le groupe d’amis...

Car
Cartouches Gauloises est avant tout une jolie leçon de vie et d’amitié, symbolisée par les deux amis, Ali et Nico, qui ne cessent de s’humilier mutuellement mais qui continuent à s’aimer... Ils ne font que se protéger du sort qu’ils tentent de faire reculer : le départ de Nico. Comme l’Algérie, qui en 1962, perdait sa meilleure ennemie... Car si la cause Algérienne est justement pronée, on sent chez Charef un véritable attachement pour le peuple français qui a dû fuir un territoire qu’il occupait, certes, mais où il vivait également. Ici il y a le chef de gare qui, muté à Sarcelles, est persuadé de ne jamais y voir un Arabe ou un Juif et Rachel, la voisine juive qui préfère rester dans un pays qui est aussi le sien. Une galerie de personnages étonnants et qui sonnent vrais afin de témoigner d’une Histoire tumulteuse et conflictuelle qui lie l’Algérie à la France... Un premier pas afin de rédiger à nouveau une page de l’Histoire que le cinéma français a bien souvent arraché.
Kevin DutotRetrouvez la galerie photos page suivante...