L'HISTOIRE : Dans le Casablanca d'aujourd'hui, deux amis d'enfance, Adil et Karim, vivent d'expédients et de petites combines. L'un emploie des enfants vendeurs de cigarettes au détail, et décide de mettre sa vie sur le droit chemin et d'aider sa famille. L'autre a trouvé la solution miracle à tous ses problèmes : acheter un visa et un contrat de travail pour émigrer vers Malmö, en Suède, ville mythifiée dont il rêve à travers une carte postale.
Casanegra se regarde comme un coup d’essai

Le résumé augure un portrait réaliste d’une capitale qui traverse comme toutes les autres une véritable crise sociale en souhaitant s’éloigner d’une représentation cinématographique trop glamour et trop artificielle. Pari malheureusement gagné qu’à moitié, certes Nourredine Lakhmari nous laisse entrevoir une Casablanca des rues, des impasses et des petits recoins sombres mais son angle d’attaque presque caricatural sape tout travail de fond sur le thème. Le montage souvent serré et frénétique, la musique omniprésente et le manque de prise de recul sur le sujet traité concourent à travestir le film en spectacle cinématographique ce que le postulat de départ prétendait rejeter. Pourtant il reste quelques scènes, quelques passages qui éclairent cette déception, notamment les séquences où Adil passe du temps avec sa famille, notamment avec son père, père dont il est bien entendu fier mais dont il ne veut pas suivre la trace, son travail à la poissonnerie ayant eu raison de son état physique.
La jeunesse marocaine fait ainsi front à la misère, au manque de travail mais aussi au manque de perspectives en choisissant la voie du vol ou de la malhonnêteté, non pas par choix idéologique mais par obligation de survie. Et lorsque le parrain du coin s’intéresse à eux, les deux jeunes hommes réagissent différemment. Adil, plus sage et mieux cultivé, comprend que s’associer avec le malfrat c’est s’associer avec le diable et que tôt ou tard cela se retournera contre eux. Karim au contraire ne voit que l’argent facile qu’il leur propose. Pourtant cet univers va se révéler violent et dangereux. Adil et Karim n’ont pas vraiment l’étoffe de malfrats et seules leurs préoccupations envers leur famille les font marcher sur un terrain miné.
