Le vivier de Super-héros n'étant plus assez riche pour abreuver les majors américaines en terme de blockbusters potentiels, elles vont maintenant puiser leur imagination dans le petit monde des super-vilains. Warner redonne ainsi vie à
Catwoman sous la baguette (pas si magique) de Pitof. Heureusement, cette dernière a encore 8 autres chances de nous séduire...
Catwoman (2004)De : Pitof
Avec : Halle Berry, Benjamin Bratt, Sharon Stone, Lambert Wilson, Frances Conroy
Sortie le 8 septembreDurée : 1h44mn
Patience Phillips, une dessinatrice publicitaire timide travaillant au sein de « Hedare Beauty », une grande firme de cosmétiques dirigée par le tyrannique George Hedare. Ce dernier est sur le point de commercialiser une crème miracle, supposée apporter aux femmes une éternelle jeunesse. Mais Patience découvre que ce produit possède de dangereux effets secondaires si on arrête de l’utiliser. Sur le point de tout dévoiler, elle est éliminée par ses employeurs. Réssucitée par une puissance mystérieuse, elle se réveille plus féline et sensuelle que jamais : Catwoman...Catwoman : La mort d’un mythe orchestrée par Pitof
Depuis le tournage de
Batman le retour, miracle imagé par un Tim Burton plus sombre et inspiré que jamais, il est question de donner au personnage de Catwoman son propre film. Mais pour diverses raisons, plus ou moins obscures, cette franchise s’est vue sans cesse repoussée. Et comme cela risque d’arriver avec Harrison Ford et son personnage d’
Indiana Jones, Michelle Pfeiffer, malheureusement plus en âge de renfiler le costume en cuir de la femme-chat qui lui allait pourtant si bien, a dû passer la main. Mais une chose est certaine : « On te regrettera longtemps Michelle ! »
Après le vertigineusement navrant
Vidocq, on se demande bien ce qui a traversé la tête des producteurs, du studio et des ayants droits pour lancer ce projet, pourtant prometteur, sur de tels rails. Par quel malheureux hasard, le réalisateur français Pitof s'est vu confié la réalisation de ce qui aurait pu incontestablement devenir une nouvelle franchise en matière de super-héros ? On aurait aimer croire à l'impossible, fantasmer sur le fait que Pitof soit capable de réaliser un vrai film (sa précédente réalisation n'a pas été élue
second plus mauvais film 2001 de la rédaction pour rien)...mais même en grattant de nos petites griffes acérées, il n’y a vraiment pas grand-chose à sauver de ce naufrage cinématographique et artistique.
Pitof semble ne jamais savoir où placer sa caméra et, pour se couvrir en matière de rushes, filme sous tous les angles possibles. Résultat : un montage insupportable bien trop découpé où l’on fini par moments par ne plus rien voir (même un simple « champ/contre champ » est composé de cinq ou six angles différents… pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.
Deux scènes en sont la parfaite illustration : une ballade en moto dans les rues de la ville qui devient simplement illisible et une simple partie de baseball qui tourne à la démonstration de ce qu’il ne faut pas faire en matière de découpage.
Pitof, à l’instar de son
Vidocq, s'amuse au moyen de mouvements de caméra sans queue ni tête où la pseudo-virtuosité qu'il voudrait nous jeter à la gueule se transforme en tourneboulie informe. On fini par se dire que cet homme là n’a pas retenu grand-chose de ses collaborations avec Jean-Pierre Jeunet sur
La cité des enfants perdus et d’
Alien 4 alors qu’il oeuvrait à la conception des effets spéciaux. Ici, les SFX ne valent guère mieux que ceux qui illustrent les mauvais jeux vidéo. A l’heure où un film tel que
Spider-man 2 parvient à moderniser le genre, les ballades nocturnes de toits en toits de
Catwoman paraissent déjà joliment datées.

L'unique Catwoman ciné à ce jour (à nos petits yeux à nous)Mais, et c'est une mini-surprise, c'est au niveau de son scénario que le film pêche le plus. Et dire que l’on dénombre pas moins de trois scénaristes (John Brancato (
Terminator 3), Michael Ferris (
The Game) et John Rogers (
The Core) pour une histoire qui semble avoir été écrite un soir de beuverie où l’alcool triste l’emportait sur la gaîté. Les dialogues, lorsqu’ils essaient d’être un rien amusants, frôlent de si prês le degré zéro que cela en devient pathétique. Les « vilains », pour peu que l’on puisse ici parler de « vilains » dignes d’un DC comics, sont aussi crédibles que des snipers aveugles. Il faut également souligner le changement de nom du personnage principal (Selina Kyle devient Patience Phillips), sans doute effectué afin de se trouver une excuse pour la trahison vis à vis du personnage originel. Car il ne faut pas oublier que Catwoman est à la base un « super-vilain » oeuvrant au sein de Gotham City, voleuse de diamants (qui ici s’excuse de voler) et rivale de Batman.


Les anciennes Catwoman de la série téléviséeLes trois compères ne rentrent jamais dans les détails psychologiques du personnage et ne cherchent à aucun moment à savoir ce que cela peut faire de devenir une « femme-chat ». Ici, on se limite à deux ou trois coups de langue, quelques miaulements, un plat de sushis (on évite de peu la scène de litière) ,mais jamais il n’est question, comme c’est le cas avec le Peter Parker de Sam Raimi, d’état intérieur du personnage et du questionnement quant aux changements brutaux que cette métamorphose peut engendrer sur la vie privée de Patience. Quant à l’intrigue à proprement parler, celle-ci est inexistante et jamais le suspense, ni l’action, n’ont d’impact et d’influence sur le spectateur : on reste bêtement témoins (prisonnier ?) d’un show visuel de bas étage.
En terme de distribution, Pitof devrait également revoir sa copie. Non pas que Halle Berry constitue une grossière erreur. L'actrice paie de sa sublime personne pour défendre au mieux son personnage mais ne parvient jamais, faute de matériau le lui permettant, à atteindre les performances tant physiques qu’artistiques de Michelle Pfeiffer. Mais elle n’incarne peut-être pas le meilleur choix pour le personnage. On pense notamment à Jennifer Gardner (
Alias) joliment Elektra ou à Angelina Jolie (Lara Croft for ever ?).
Concernant les « Vilains », ici incarnés par Sharon Stone et Lambert Wilson, ces derniers sont plats et bien peu charismatiques. Ils possèdent toutefois un indénibale intérêt : mettre en valuer l'héroine. Dommage que cela s'opère par un drastique nivellement par le bas.
Un coup de griffe pour rien, donc...
Pitof est à
Catwoman ce que Joël Schumacher fut à
Batman (le fluo en moins) :
un fossoyeur !.