Le nouveau film d'Elie Chouraqui, la comédie Celle que j'aime, a tellement divisé les rédacteurs l'ayant vu, que nous avons décidé de publier les deux avis totalement opposés. En tout cas, ce long-métrage ne laisse pas indifférent... et c'est déjà unebonne nouvelle.
POUR - GILLES BOTINEAU
Elie Chouraqui est un cinéaste décidemment touche-à-tout. Après avoir signé des drames tels que Harrison's Flowers et O Jérusalem, il s'attaque aujourd'hui au genre « comique ». A cette occasion, il fait appel à la charmante Barbara Schulz, et à deux acteurs phares du film , Marc Lavoine et Gérard Darmon.
Mais l'essence-même du film repose également sur un petit garçon du nom d'Anton Balekdjian, déjà vu dans Big City. L'histoire nous est ainsi racontée de son point de vue. Le long-métrage débute d'ailleurs par la voix off d'un jeune homme adulte, se remémorant une enfance plutôt mouvementée.

Pour être franc et honnête,
Celle que j'aime ne révolutionnera certainement pas l'Histoire du Septième Art, ni même celui de la comédie sentimentale voire dramatique. Pourtant, on se laisse curieusement séduire par ce film certes sans prétention mais rudement efficace. La qualité principale se trouve en grande partie dans le casting. Il est vrai qu'Elie Chouraqui ne prend pas énormément de risques. Le duo Lavoine/Darmon n'est pas nouveau et a déjà séduit quelques millions de spectateurs. Quoi qu'il en soit, il fonctionne ici à plein régime et se révèle même encore plus drôle de par leur « fonction » respective, l'un étant l'ex-mari, l'autre le nouvel amant. Ainsi donc, Darmon joue l'ironie avec beaucoup de classe, face à Lavoine, touchant d'innocence. Ils forment ensemble un couple d'antagonistes un peu classique, mais à la truculence rare. En outre, chacun possède un charisme aussi bien d'un point de vue physique que vocal, auquel on ne saurait résister. Leur apparition se révèle alors être un véritable régal dont on ne se lasse à aucun moment. Face à eux, la jeune et toujours aussi belle Barbara Schulz illumine l'écran, de par ses nombreuses scènes de nu (filmées avec délicatesse et pudeur), mais également en interprétant un personnage fort en gueule particulièrement irrésistible. Tour à tour croqueuse d'hommes et grand manager, aucun ne semble lui résister. L'actrice porte son rôle avec beaucoup de convictions, en évitant toutes lourdeurs abusives, aidée par une grâce rayonnante.

Même son « petit garçon » en est fou. Du haut de sa dizaine d'années, Anton Balekdjian réussit à s'imposer au milieu de ces « monstres sacrés », et offre une justesse dans le jeu, bien au delà de ses nombreux « camarades » vedettes de productions concurrentes. Il n'est pas l'attrait essentiel, mais ajoute à la qualité de l'ensemble. Ainsi, il passe avec aisance de la tendresse à la drôlerie, et de la malice à la cruauté. Un jeune acteur étonnant comme on aimerait en voir plus souvent.
Elie Chouraqui signe donc un nouveau long-métrage extrêmement divertissant, avec un scénario peut-être banal, mais l'auteur réserve suffisamment de gags et de surprises pour conserver pleinement notre intérêt du début jusqu'à la fin. Quant à la mise en scène, parfois trop expressive (des ralentis inutiles, une musique redondante), elle permet tout de même une mise en valeur des comédiens très attrayante. Un joli rayon de soleil prévu pour le Printemps...
CONTRE - Kevin Dutot
Le film annonce la couleur très vite... Celle que j’aime sera branché, le film sera dans l’air du temps, empruntant aux comédies sentimentales américaines leurs décors (la rédaction d’un magazine et un atelier de graphisme, ca le fait bien ça en ce moment !), leurs bandes originales (petite musique folk indé in english please, tip top), leurs schémas (un couple heureux avec des obstacles à leur amour vraiment insurmontables, la comédie marche main dans la main avec le drame) et quelques éléments de mise en scène révolutionnaires comme des ralentis ou des situations jamais vues auparavant (la scène de l’anniversaire... pour ne citer que celle-ci).

Mais derrière cette recette souvent efficace se cache un cruel manque d’imagination et Celle que j’aime, le dernier film d’Elie Chouraqui, ressemble de bout en bout à une commande télévisuelle, un téléfilm où de bons comédiens sont venus se fourvoyer dans un récit balisé, pétri de sentiments sirupeux et parfois à la limite de la vulgarité (notamment « l’annonce » erronnée des médecins à l’hôpital...). Des gens très riches, beaux, heureux, à qui la vie sourit perpetuellement et qui entretiennent des relations saines et faussement sophistiquées entre eux, voici les protagonistes du film de Chouraqui. Des personnages qui n’existent que sur pellicule mais qui, malheureusement, en ont également l’épaisseur... La faute à une écriture tragiquement plate, d’un premier degré coupable et dont les ressorts comiques ne sont qu’enchaînements de lieux communs et de situations fournies en kit. Le fils qui n’aime pas son beau-père, qui lui en fait baver, la mère qui tente de réconcilier les deux hommes de sa vie, le conflit, la crise, l’intervention du vrai père, la compréhension du fils, le dénouement, le bonheur... Voilà, et on emballe le tout avec des couleurs chaudes, une musique un peu lounge, une garde-robe qui claque, une Barbara Schulz toute nue, un Marc Lavoine vraiment super sympa dans le rôle du beau-papa, un petit ruban, un ballon, des confettis et trois seconds rôles qui passent leur temps à ricaner bêtement.

Une comédie qu’on vous déconseille fortement... Vous seriez susceptible de vous en vouloir car débourser neuf euros pour le télefilm du dimanche après-midi sur M6, c’est cher payé. Et ce malgré Barbara Schulz qui, on l’espère, retrouvera bien vite des chemins plus appropriés au talent que nous lui connaissons.