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Che - 2ème partie : Guerilla

La critique d'Excessif

2/5
che_2emepartie L'HISTOIRE : Après la Révolution Cubaine, la gloire et la puissance du Che sont au plus haut. En témoigne sa harangue enflammée aux Nations Unies, réitérant son engagement dans le combat du tiers-monde contre l'impérialisme américain. Plus qu'un soldat, le Che est devenu une figure glamour de la scène internationale. Mais, soudain, voilà qu'il disparaît. Pourquoi a t-il quitté Cuba ? Vers quelle destination ? Est-il seulement en vie ? Le Che réapparaît en Bolivie, incognito et méconnaissable, oeuvrant clandestinement à la constitution d'un petit groupe de camarades cubains et de recrues boliviennes censé amorcer la grande Révolution Latino-américaine. La campagne bolivienne est une ode à sa tenacité et à son sens du sacrifice. Elle nous permet de comprendre pourquoi le Che reste un symbole universel d'héroïsme et d'idéalisme. Son échec entraînera la mort du Che.

Tandis que Fidel Castro savoure la victoire à Cuba, le Che tente de construire sa légende, ailleurs, deux ans plus tard. Après l’ascension, Soderbergh relate dans cette seconde partie la chute vertigineuse du Che, parti en Bolivie pour répandre son modèle révolutionnaire dans d’autres pays d’Amérique Latine...

  

 

"Buñuel made in Hollywood."
Comme convenu, Che – 2ème partie : guerilla se charge d’apporter un contrepoint douloureux aux événements racontés dans une première partie aussi prometteuse que bancale. Du succès, on passe à l'échec. Le mot d’ordre pour Steven Soderbergh, c’est de rester neutre face à ce qu'il raconte, tout en utilisant une forme d'expression lyrique. En l'occurence, il raconte la déliquescence du Che ; ce qui équivaut à une succession d’erreurs politiques et militaires (sa lutte n’est pas soutenue par les Boliviens). Le récit est linéaire, moins ludique que le précédent et peut-être plus convaincant, en dévoilant sur une période limitée (un an seulement) comment le héros a tout perdu (son éloquence, ses partenaires, sa vie). De bout en bout, il reste sa foi inextinguible qui lui a donné les moyens de se surpasser. L’ensemble se suit comme une élégie funèbre où les idéaux se désagrègent.

 

Les événements défilent à la manière d’un compte-à-rebours tragique. Alors que la première partie partait du clos au plus vaste pour célébrer un mouvement d’espoir utopique, la seconde évolue dans le sens inverse pour répondre à la désillusion, la perte et la détresse. Ce qui est mis en avant, c’est la souffrance physique du Che. A priori, seules ses crises d’asthme peuvent l’atteindre. Finalement, les balles de l’armée bolivienne, entraînée par les Etats-Unis, auront raison de lui. Son chemin de croix a quelque chose de christique et le mystique redore la dimension mythique qui était occultée dans la première partie. Au-delà des faits historiques, de manière purement cinématographique, Soderbergh raconte la disparition d’une figure écrasée par son émancipation. Pour cela, il la gomme progressivement du cadre pour n’en retenir qu’une ombre.

 

Le combat du Che, au départ gonflé d’espoir, est réduit à une poussière qu’il finit par mordre. C’est le physique qui prend le pas sur la raison. Pour être totalement convaincant, Soderbergh aurait dû aller encore plus loin dans l’exploration du personnage (ce n’est pas le temps qui manque) en tentant d’être plus subversif et moins superficiel dans son approche (la reconstitution des faits passe avant la réflexion). En restant impartial, il n’a manifestement pas eu envie de bousculer le culte engendré par Che Guevara. Peut-être parce qu’il est lui-même dépassé par un sujet brûlant (malgré l’engagement de certaines de ses productions, Soderbergh n’a jamais été un grand cinéaste politique). C’est la compromission d’une œuvre imparfaite (il lui manque un point de vue) mais intense (elle ne manque pas de cinéma).

Romain Le Vern

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