1. >
  2. >
  3. >Critique Chicken Little

Chicken Little

La critique d'Excessif

2/5
chicken_little_z2 L'HISTOIRE :
Chicken Little marque une triste date dans la longue histoire des studios d'animation Disney, ainsi que dans l'histoire du cinéma d'animation tout court. Sa sortie correspond à la fermeture des studios de Burbank, qui assuraient jusque là la conception des films en animation traditionnelle de la firme, et stigmatise le début d'une ère nouvelle : celle de la 3D. Tous les films Disney à venir pour le cinéma vont en effet utiliser cette technologie, l'animation sur celluloïdes restant réservée aux produits destinés à la vidéo comme Bambi 2 (qui sortira tout de même en salles en France en 2006...).

CHICKEN LITTLE
Un film de Mark Dindal
Avec les voix (V.O.) de Zach Braff, Joan Cusack, Gary Marshall, Steve Zahn, Patrick Stewart… (V.F.) de Lorànt Deutsch, Claire Keim…
Durée : 1h17
Sortie : 7 Décembre 2005

Du jour où Chicken Little, un poussin malingre et peu sûr de lui, provoque la panique générale en criant partout que le ciel est en train de tomber, rien ne va plus pour lui. Il est la risée de la ville et le souffre-douleur de sa classe, sans compter qu'il accumule catastrophe sur catastrophe. Même son père, ancien joueur de base-ball, ne cherche plus à le comprendre et se contente de limiter les dégâts qu'il occasionne. Mais Chicken Little est d'un naturel opiniâtre, et compte bien regagner l'estime de son père –et si possible de la ville entière.- son plan : se distinguer à un match de base-ball. Ses atouts : ses amis ; à savoir une cane aux dents proéminentes, un cochon qui se fait trop de lard et un poisson dans un bocal-scaphandre.


À l'origine de cette décision drastique de passer à la 3D, un brainstorming d'exécutifs que l'on ne peut que reconstituer : les parts des films Disney n'ont fait que diminuer ces dernières années, au profit de leurs confrères de chez Dreamworks et Pixar. Les formules eurent beau évoluer, la cravate se dénouer, ils semblerait que les extraterrestres bleus hyperactifs ne fassent pas le poids face aux poissons clowns ; pas plus que de sympathiques grizzlies ne puissent battre en combat singulier des ogres pétomanes. Un constat qui en appelle un autre : force est de constater que la firme aux grandes oreilles a perdu sa position dominante dans le domaine de l'animation mondiale, et ne fait plus figure de référence incontournable. Ce qui nous ramène à nos exécutifs, et à la conclusion d'apparence logique à laquelle ils semblent être parvenus : "les films Disney, qui sont en 2D, ne rassemblent plus les foules" (une assertion toute relative), "alors que les films Pixar et Dreamworks, qui sont en 3D, moissonnent plus large que jamais. Mettons-nous donc à la 3D, puisque c'est ce que les gens ont envie de voir." Puis ils mirent la clé sous la porte des studios de Burbank, tournant ainsi le dos à 80 années d'animation traditionnelle, et virent que cela était bon.


A aucun moment il ne semble leur être venu à l'idée que si Shrek, Toy Story ou Les Indestructibles, par exemple, avaient été de si grands succès, ils ne le devaient pas tant à leur forme hi-tech qu'à leur scénario décalé, frais et inventif.


Ça ne rate pas : la forme a beau changer, la caméra pirouetter dans tous les sens comme pour bien nous signifier que "ça y est ; Disney est entré dans le troisième millénaire", le cahier des charges est bel et bien là, fidèle au poste, et le scénario ne nous épargne aucun poncif ou passage obligé de la maison. Le jeune héros que tout le monde rejette et dénigre mais qui peut accomplir de grandes choses s'il a foi en lui, les relations difficiles entre un fils avide de reconnaissance et un père dépassé par les évènements, les personnages secondaires déjantés et farfelus… Une vraie check-list. Nous avons même droit au thème rebattu de la famille éclatée : ici c'est la mère qui a trépassé, sans doute pour faire un contrepoint au père de La Planète au Trésor et aux deux parents de Lilo & Stitch (on peut encore rajouter le père de Simba dans Le Roi Lion, la mère de Bambi, ou les 400 frères et soeurs et la mère de Nemo ! Ndlr). Des thèmes qui pourraient être audacieux ou intéressants si leur traitement déviait un tant soit peu de la normale : comme souvent chez Disney, les relations entre le père et le fils se réduisent à un festival de hochements de tête. Au rayon des vieilles recettes dans de jeunes pots, on retrouve aussi les chansons qui accompagnent l'action en soulignant au marqueur fluo ce qui passait déjà très bien par l'image, ainsi que les gags convenus souvent marqués par un moment de pause des protagonistes, comme pour nous signifier le moment où on doit trouver ça drôle (un procédé lui aussi usé jusqu'à la corde.)


Du côté des nouveautés, car il y en a, on constate une très nette influence de l'ogre de Dreamworks sur la B.O. : vous aurez ainsi droit en guise de coup de coude dans les côtes à une bonne demi-douzaine de chansonnettes, toutes poussées par les héros (dans un karaoké, a capella…) et toutes archi-connues et fédératrices bien sûr (Gloria Gaynor, les Spice Girls…). Quitte à emprunter quelques procédés à leurs concurrents, on aurait préféré qu'il ne s'agisse pas des plus détestables de part leur facilité et leur vision à court terme.

A ce stade, on se demande ce qui reste à sauver de ce film, qui tout occupé qu'il est à se démarquer visuellement des productions Disney précédentes, en oublie que son scénario tombe dans tous les travers qui ont causé la fin de leur suprématie. Pourtant, bon an mal an, le film se laisse suivre, et s'avère même assez sympathique malgré tous les défauts énoncés précédemment. Quelques pointes d'audace et d'inventivité parviennent en effet à le hisser au dessus du tout-venant, et à assurer ainsi tout juste le quota de rires nécessaire à la satisfaction du spectateur. Les caractéristiques animales des habitants de la ville par exemple sont exploitées à plein (le caméléon qui fait office de feu de signalisation, l'oiseau qui se cogne aux vitres…) et le film n'est pas avare de trouvailles visuelles. Vous aurez également droit à deux références très explicites à Steven Spielberg : l'une au début du film, aussi audacieuse visuellement que savoureuse ; l'autre dans sa deuxième moitié, tellement évidente que nous vous laissons la découvrir par vous-mêmes.


Mais Chicken Little ne fonctionne pas que dans un rapport référentiel : alors que l'on pensait s'acheminer vers une comédie familiale à base de dépassement de soi, de sport ‘ricain et de bons sentiments, et au moment où l'impression de pouvoir raconter la fin du film avant qu'elle n'arrive commence à se faire très forte, Mark Dindal et ses scénaristes se paient le luxe de changer complètement d'orientation à la moitié de leur métrage, et font basculer le film dans un genre complètement différent que même la bande annonce a eu l'intelligence de ne pas dévoiler. Nous allons l'imiter et vous laisser découvrir par vous-mêmes de quoi il retourne, et nous contenterons de dire qu'à partir de ce point, le film parvient à tenir la plupart de ses promesses. La principale, et non des moindres, étant de nous faire passer un bon moment durant l'heure et quart de projection.



Entendons-nous bien : l'histoire conserve son côté "édifiant et formateur", le petit Chicken Little regagnera la confiance et l'amour de son papa après que ce dernier ait compris qu'il avait un fils formidable, tout s'arrangera pour tout le monde et les copains rejetés du héros seront plus sympas que jamais… Rien de nouveau sous le soleil disneyen, donc. De ce point de vue, la révolution 3D n'aura sans doute pas lieu. D'ailleurs, le film aurait très bien pu être réalisé en animation 2D sans en pâtir. Disons simplement que le show arrive à garder suffisamment de surprises et de gags efficaces sous la pédale pour maintenir l'attention de son audience et lui laisser une agréable impression. Certes, elle ne s'étendra guère au-delà du temps de projection, mais c'est déjà pas mal. On attend tout de même avec impatience le moment où le studio recommencera à produire des films dont le message humaniste n'était pas souligné à gros traits, des films divertissants mais ne tombant pas dans le piège confortable de la facilité. Bref, des films dont l'ambition était d'être un peu plus que simplement efficaces. La réponse sera-t-elle dans la 3D ? Nous n'en savons rien, mais nous sommes de tout cœur avec eux.

Retrouvez une galerie photo dans les pages suivantes.

Mag : plus d'actu sur Chicken Little

Le verdict des internautes

Total des votes : 0

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience