L'HISTOIRE : Catherine Metzer soupçonne l'infidélité de son mari, un professeur de musique. Pour mettre fin à ses doutes, elle engage une call-girl nommée Chloé pour séduire David. En mettant son couple et sa famille en danger, Catherine va partir à la découverte de sa sensualité et laisser ses pulsions la dévorer.
Ironique et sensuel
Atom Egoyan nous a habitués à des films exigeants, marqués par leur narration morcelée et des thématiques sulfureuses. Ces dernières années, le cinéaste canadien d'origine arménienne peinait pourtant à convaincre, continuant à travailler au corps ses sujets fétiches (la famille, le sexe, le mensonge, l'apparence dans les relations humaines) sans retrouver l'originalité et la force expressive d'Exotica ou De beaux lendemains. Avec Chloé, remake de Nathalie d'Anne Fontaine, il abandonne pour un temps le rôle de scénariste pour se concentrer uniquement sur la réalisation et retrouver ses motifs habituels.
La métamorphose de la femme trompée
Il n'est pas étonnant de voir le réalisateur aux manettes d'une telle histoire, lui qui s'est si souvent interrogé sur les rapports familiaux et le regard d'un proche sur soi, à travers l'évocation réaliste ou onirique de la sexualité. Pour Catherine (Julianne Moore), gynécologue de son état, le sexe est une entreprise mécanique, un acte faussement salvateur. Au contact de Chloé (Amanda Seyfried), prostituée de luxe aux grands yeux de braise, elle va redécouvrir son corps et laisser libre cours à ses pulsions. Dans un premier temps, cette femme d'âge mûr vit son désir par procuration, au fil des récits érotiques de la jeune fille de joie piégant David, le mari de la première, dans un jeu de séduction pervers. L'intérêt du film réside dans ce basculement progressif de Catherine et dans sa renaissance physique. Le scénario provoque cette métamorphose en usant des fantasmes du personnage, imaginant son mari briser les liens sacrés en forniquant avec une jeune femme. Dommage que la réalité des relations entre Chloé et David ne soit qu'un attrape nigaud vite découvert par le spectateur. Par ailleurs, le cinéaste tente timidement de juxtaposer un autre personnage à cette trame principale : Michael, le fils du couple (la gueule d'ange de Max Thieriot). Alors que ses parents se mentent et se déchirent, le jeune homme rompt par l'intermédiaire d'un chat vidéo. Deux générations, les mêmes problèmes : les frontières de l'intimité, l'angoisse de la solitude, l'usure des sentiments.
Retour sur le mois de mars 2010 au cinéma : The Ghost Writer, Bad Lieutenant, Chloé, Valhalla Rising, le guerrier silencieux...