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Chop Shop

La critique d'Excessif

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chop_shop L'HISTOIRE :

Alejandro a 12 ans. C'est un gamin des rues d'origine latino-américaine, un pré adolescent endurci et ambitieux. Il vit et travaille dans un garage dans un quartier surnommé "Le Triangle de Fer", au fin fond du Queens, la banlieue new-yorkaise. Alejandro passé ses journées à essayer de convaincre les clients de venir se fournir dans son garage plutôt que dans celui des concurrents. Il apprend aussi à repeindre et réparer les voitures. Il vit seul jusqu'à l'arrivée de sa soeur, Isamar, 16 ans, qui s'installe avec lui dans la petite pièce qu'il occupe dans les décombres du garage. Alejandro lui trouve un travail dans un snack installé dans un camion. De son côté, il économise pour s'acheter à son tour un véhicule et monter sa petite entreprise de restauration avec sa soeur. Quand leur rêve et même leur relation fraternelle sont menacés par la réalité qui les rattrape, les enfants vont être obligés de prendre des décisions que la plupart des adultes n'auraient pas à prendre.

Après Man push cart, Ramin Bahrani nous revient pour suivre le destin d’un jeune garçon, Alejandro et de sa sœur, Isamar, dans les ruelles interlopes et désespérées de Willet’s Point dans le Queens. Chop shop documente ainsi le sort de ces enfants abandonnés par l’Etat américain à une vie faite d’expédients et d’emplois précaires, livrant un métrage fort et inoubliable.

CHOP SHOP
Un film de Ramin Bahrani
Avec Alejandro Polanco, Isamar Gonzales, Rob Sowulski, Carlos Zapata
Durée : 1h24
Date de sortie : 15 octobre 2008

Les cinéastes qui méritent que l’on s’intéresse durablement à eux sont rares de nos jours. Pourtant, Ramin Bahrani fait partie de ceux qui doivent recueillir de notre part, plus qu’une cérémonieuse attention. En effet, en l’espace de seulement deux métrages, notre homme fait déjà preuve d’une belle maturité et se construit une filmographie qui puise aux meilleures sources, celle du cinéma-vérité et celle d’une cinématographie à la fois insidieusement politique et volontairement humaniste.

En effet, en inscrivant à l’écran, le devenir sans espoir de deux jeunes enfants, Ramin Bahrani raconte tout d’abord une belle mais douloureuse histoire, celle qui verra Alejandro et sa grande sœur, croire à leurs rêves pour mieux les voir s’éteindre. Ces derniers cherchent effectivement à s’échapper du triangle de fer où s’amoncellent les pièces de rechange et autres carcasses de voitures que l’on désosse sans prêter le moindre intérêt à la chose publique. Et leur objectif passait par l’acquisition d’un camion de restauration, camion qui les fait rêver enfin à une vie faite de normalité et d’indépendance. Une vie éloignée de fait de la triste mezzanine qui leur sert de logis et qui échoue à devenir une véritable maison, engoncée qu’elle est dans un garage de fortune.

Hélas, abusés par un vendeur du cru, ils se sont font avoir et la promesse d’une vie meilleure s’évanouira, non sans mal. En effet, outre la souffrance de perdre le seul espoir qui les faisait trimer, une révélation plus sordide et malheureusement attendue va se faire jour, au point de séparer quelques minutes à l’écran, les deux enfants… Mais Chop shop va plus loin que cela et sait dépasser sa seule histoire brute pour échapper à tout pathos facile et conquérir de loin, le statut d’œuvre fictionnelle de belle facture en se nourrissant d’une esthétique documentaire la plus vériste qui soit. Et cela sans toutefois prendre et se perdre dans une distanciation trop grande.

Ramin Bahrani, le cinéaste de Goodbye Solo, son dernier film réalisé en 2008, parvient en effet avec Chop shop à construire un récit à la fois attachant et impressionnant où domine sans afféteries, misérabilisme outré ou faiblesses larmoyantes, le quotidien de deux êtres perdus et délaissés par leurs proches, proches que remplacent assurément ceux de l’immense décharge d’acier et de métal qu’est le triangle de fer dans le Queens. Aventure humaine et sensible où dureté et âpreté de l’existence règnent en maître, Chop shop s’impose donc d’emblée comme un métrage social au vérisme soigné et respectueux de ce qu’il montre. S’immisçant dans le quartier qui sert de toile de fond à l’histoire et immergeant ses acteurs en son sein, Ramin Bahrani a su manifestement tirer pleinement profit de ce type de filmage « embarqué » et cela, sans paraître ni trop intrusif, ni trop contraint de forcer le réel pour mieux le croquer, le dépeindre et in fine, le mettre en questions. Car Chop shop reste du cinéma et ne s’arroge pas le droit de juger. Loin d’être moral, il se contente d’enregistrer sous couvert d’une réalité subtilement réorchestrée par la fiction, ces deux enfants qui sont presque laissés à eux-mêmes… Néanmoins, il ne cesse de filmer et donc d’interroger la réalité recomposée qu’il expose au travers de l’histoire qu’il instruit, histoire qui s’aventure d’ailleurs vers une dramatique issue avant d’être rattrapée par un sourire final radieux et sauvée par un moment de grâce urbaine sur fond d’envol de pigeons affamés et de retrouvailles entre Alejandro et Isamar, tous deux réconciliés. Avec eux-mêmes comme avec l’espoir d’un autre lendemain…

Par conséquent, impressionnant de densité filmique, vibrionnant de sensibilité et surprenant quant à l’impression de réalité qu’il parvient à composer, Chop Shop est une heureuse surprise. Pleine d’intelligence et construite avec une rare subtilité, on ne saurait donc trop conseiller l’avant dernier film de Ramin Bahrani, l’un des rares auteurs américains qui présagent une heureuse jonction entre le Ken Loach de Navigators et le Bunuel de Los Olvidados.

Jean-Baptiste Guégan

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    Scénario
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    Réalisation
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