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Chrysalis

La critique d'Excessif

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chrysalis_fr L'HISTOIRE : Parce qu'il s'agit de l'assassin de sa femme, David Hoffmann, lieutenant à la police européenne, accepte de reprendre du service pour traquer un dangereux trafiquant soupçonné d'une série de meurtres. Une enquête qui le mènera vers une clinique à la pointe de la technologie, dirigée d'une main de fer par le professeur Brügen. Quand la vérité se loge au coeur du souvenir, la mémoire se révèle un bien précieux, objet de toutes les convoitises. Pourtant, certains souvenirs ne s'effacent jamais...
Une fois n'est pas coutume, une production hexagonale prend le risque du cinéma d'anticipation. Un genre pourtant casse gueule et joliment exigeant...

CHRYSALIS
Un film de Julien LeclercqAlbert Dupontel, Marie Guillard, Marthe Keller
Avec
Durée : 1h45
Date de sortie : 31 octobre 2007

Chysalis ou la SF à la française en quête de rédemption


Chrysalis relève de la gageure à plus d'un titre. Non comptant de proposer un projet aussi atypique qu’une France en 2025, il se pare d'une galerie d'acteurs émérites, ainsi que d'une esthétique générale ambitieuse appuyée par de nombreux et minutieux effet numériques. Le film se situe donc dans notre bonne vieille capitale un brin futuriste, confondant un réalisme ordinaire et quelques touches avant-gardistes. Pas de voitures volantes ou tous les oripeaux SF qui pullulent dans l'inconscient collectif. Le choix du réalisateur en collaboration avec son chef décorateur Jean-Philippe Moreaux était d'ancrer la ville de Paris dans un quotidien certes ultra esthétisé, mais sans l'esbroufe d'une surenchère de gadgets futuristes. Chrysalis à ce titre peut se rapprocher, par un traitement similaire, des Fils De l'Homme et de Bienvenue à Gattaca. Toute proportion budgétaire gardée bien entendu, le métrage de Julien Leclercq n'excédant pas les 10 millions d'euros, ce qui est une broutille face aux 36 millions de Bienvenue à Gattaca et aux 70 millions de dollars des Fils de L'homme. Le réalisateur n'est pas en reste, cherchant à optimiser au maximum le budget alloué au film par une maîtrise visuelle de tous les instants.

Car le film nous plonge dès les premières minutes dans une séquence de fusillade survoltée dans les égouts parisiens, où s'opposent flics et gangsters puissamment armés. Leclercq exploite la trame d'une enquête policière (le spectre de Blade Runner est toujours aussi tenace, mais qui s'en plaindra) On suit un flic bouru, David Hoffman campé par le sculptural Albert Dupontel, qui pourchasse un dangereux trafiquant, l'excellent Alain Figlarz, soupçonné d'une série de meurtres inexpliqués. Hélas, l'enquête prend une toute autre direction lorsque Hoffman perd sa coéquipière qui était aussi sa femme. Elle meurt sous ses yeux des mains du truand sans qu'il puisse la sauver. Sa vie bascule. On va lui imposer une nouvelle recrue en la personne de Marie Becker (la pétillante Marie Guillard). Tous deux vont plonger sans le savoir dans les méandres d'une affaire qui met en cause un institut médical à la pointe de la technologie qui, sans vergogne, se permet de manipuler les souvenirs humains avec une machine : la Chrysalis ; et ceci à la manière de savants fous impliquant cobayes humains, trafic de corps etc.


Les amateurs de scènes d'action musclées ne serons pas en reste, surtout lors des affrontements qui opposent Dupontel à Figlarz, bien badass et non édulcorés, mélangeant le style combat de rue à l'esthétique des arts martiaux asiatiques. Le tout est le plus souvent mis en scène dans des endroits exigus, ce qui dynamise encore davantage la puissance des combats et fait inévitablement monter l'adrénaline chez le spectateur. On ressent l'implication prégnante des acteurs qui vont chercher au fond d'eux-mêmes.


Le réalisateur prend pourtant à contre-pied les attentes du spectateur avides d'actionneurs futuristes survitaminés pour asseoir plutôt son film dans un registre plus ténu, accentuant la dramaturgie psychologique de ses personnages au détriment d'envolés pyrotechniques. Il va mettre en parallèle deux univers antithétiques qui vont se rejoindre inéluctablement dans un dénouement riche en rebondissements et en symbolismes exacerbés propres à l'imaginaire du métrage. Certains plans à cet égard vont se tinter d'un lyrisme audacieux, soutenu par une mise en scène sonore extrêmement travaillée. L'ensemble du métrage bénéficie d'un travail sonore fruit d'un labeur indiscutable qui permet d'amplifier un jeu jusqu'au-boutiste des acteurs. C'est en partie pour ces choix audacieux qu'il fallait des acteurs charismatiques pour incarner les protagonistes très emblématiques de l'histoire. On retrouve l'écrasant Dupontel à la plastique d'athlète et au regard d'ancre. Le visage toujours aussi inquiétant, prenant avec l'âge une gueule d'acteur grave et dérangeante. Face à lui, l'impeccable bad guy : Alain Figlarz, bientôt à l'affiche de Babylon AD.


Le réalisateur a su avec brio contrebalancer la virilité exacerbée de ces deux personnages par une présence féminine non négligeable. Tout d'abord, la superbe Mélanie Thierry a une gueule d'ange dans son rôle de traumatisée de la route, cloîtrée dans l'institut médical où elle cherche soi-disant à reconstruire sa mémoire perdue. Sa mère, le professeur Brügen, est interprétée par Marthe Keller, glacial à souhait : une véritable Elisabeth Bathorry post-moderne possédant de lourds secrets. On retrouve en contre point à ce personnage dans le rôle du commissaire en chef, l'éternelle compagne des réalisations de Dupontel : Claude Perron dans un registre tout aussi glaciale et qui, a contrario des films précédents, tient un rôle qui n'exploite pas sa féminité. Et c'est sans oublier Marie Guillard, la coéquipière de Dupontel, qui apporte une pointe de fraîcheur et de féminité dans ce monde morne et aseptisé.

Julien Leclercq cherche à mettre avant tout en avant cette belle brochette d'acteurs pour exploiter les diverses facettes des personnages afin de développer les différentes intrigues qui traversent tout le film. Il tisse un étrange puzzle qui prend peu à peu forme à l'approche du dénouement. Cependant, derrière ce portrait se cachent certaines fêlures, inhérentes aux premières réalisations et déséquilibrant un tantinet la magie du film, comme par exemple les faux raccords.

En apparence, le principal reproche viendrait d'une direction d'acteurs timorée qui amoindrit l'ambiance et le crédit général. Pourtant, cela contribue à asseoir le film dans une ouateur particulière, entre lourdeur et légèreté, qui rythme le film. C'est ainsi que la redondance des lieux et des mouvements de caméra saute aux yeux. Cela ne dessert pas le film ; au contraire, ces partis pris esthétiques accentuent l'atmosphère aseptisée et claustrophobe du film, proche d'un The Fountain, et d'un Ghost in the Shell qui utilisaient tous deux pareils procédés en surexploitant les mêmes décors, les mêmes mouvements d'appareils. Une répétition voulue qui contribue à exprimer symboliquement par l'image l'enfermement des personnages dans leur quotidien, enfermement dont il est impossible de sortir en apparence. Telle une chape de plomb, ils sont tous contraints à suivre les mêmes gestes, comme dans une mécanique bien huilée sans notion existentielle de libre arbitre. Le déterminisme journalier prend toute sa force grâce à ce choix de mise en scène qui paraît bancale et qui pourtant fonctionne parfaitement. L'exiguïté des couloirs et des pièces est tout autant symbolique et marque bien l'aliénation de chaque personnage dans l'image que chacun a de lui-même.


Au final, Chrysalis s'avère déroutant, convoquant un vaste esprit de pugnacité pour une œuvre atypique dans l'univers cinématographique français bien trop policé. Il ne laissera inévitablement pas indifférent. Loin d'être un film d’action bourrin et décérébré, Chrysalis relève plus de l’oeuvre d'anticipation ambitieuse avec ses partis pris esthétiques qui diviseront le public mais qui pourtant sont terriblement empreints d'onirisme.

Gwenael Tison



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