Prix de la critique Italienne au cours du dernier festival de Venise,
Ciao Stefano arrive ces jours-ci sur nos écrans. Telle une glace Italienne, le dernier film de Gianni Zanasi se savoure sans déplaisir. Partant d’un simple retour à la campagne, le film dresse le portrait d’une famille Italienne où semble poindre un sentiment de dépression, mais toujours avec le sourire.
CIAO STEFANO (Non Pensarci) Un film de Gianni Zanas
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Avec Anita Caprioli, Guiseppe Battiston, Valério Mastandrea, Caterina Murino, Paolo Briguglia, Dino Abbrescia, Teco Celio, Gisella Burinato
Durée : 1h45
Date de sortie : 30 avril 2008Stefano Nardini, guitariste pour un groupe Punk, s’ennuie : son chanteur se jette de la scène sans personne pour le retenir, sa petite amie le trompe, sa voiture est un tacot… En tombant sur un bocal de cerises, il décide de se ressourcer dans un lieu qu’il n’a pas revu depuis longtemps : La famiglia. En voulant s’exiler de ses problèmes, il va se retrouver mêlé à ceux des autres : son père est à la retraite forcée, pendant que son frère n’arrive pas à maintenir l’entreprise familiale, sa sœur a abandonné ses études à la fac et sa mère cherche le bonheur dans un stage chamanique. Sans compter que son meilleur pote est dépressif, tandis que les dauphins vomissent. Quand on y pense, revenir à la campagne n’était peut-être pas une si bonne idée que ça.Il faut avouer que le cinéma Italien n’est pas très gâté de par chez nous. Sorties intimistes, peu de publicité… Et pourtant, ce n’est pas parce qu’on l’entend peu en France, qu’il n’a pas grand-chose à dire. En effet, sous les traits d’une comédie Italienne,
Ciao Stefano nous apporte son petit message social. A travers les tracas d’une famille rurale, le réalisateur s’attache à nous montrer l’Italie du deuxième gouvernement Berlusconi. Comme dit en introduction, le ton du film est assez dépressif : la société familiale est au bord du dépôt de bilan, le frère va divorcer, le père a eu un infarctus… Y’a aussi du vomi, des enterrements, un suicide, une patte cassée, un adultère et on insulte même un dauphin. Pourtant, le naturel des acteurs et les gags qui parsèment le film, aident à faire passer tous ces inconvénients à l’arrière-plan.
Il faut dire que le casting est pétillant, le rôle principal est joué par Valerio Mastandrea, que l’on avait déjà entraperçu dans
Le Caïman de Nanni Moretti. Il joue ici Stefano, ancienne star punk, qui ne porte que deux T-shirts sur lui. Il possède un vrai regard extérieur sur la famille, et nous montre que la vie ne reste qu’un jeu avant tout. Il semble traverser le film, portant les tracas de sa famille sur les épaules (sa famille et ses amis), et pourtant, il prend ça avec le sourire. Par exemple, lorsqu’il apprend que sa femme le trompe, la première phrase qu’il prononcera à l’encontre de l’amant sera : « j’aime beaucoup vos albums ».
Le reste du casting est dans le même ton : le frère Alberto (Guiseppe Battiston), avec sa carrure de gros nounours, essaye de maintenir l’entreprise à flot, tandis que sa femme le quitte. Pourtant, il s’amuse comme un fou sur une chenille de Luna Park et tombera amoureux d’une prostituée (Caterina Murino). La sœur (Anita Caprioli) abandonne les études pour s’amuser avec les dauphins, la mère (Gisella Burinato) est dans un cours chamanique pas très sérieux, tandis que le père (Paolo Briguglia) fait la course sur une voiture de golf.
Tous ces personnages traversent donc cette dépression avec un étrange rictus, s’amusant des plaisirs simples pendant que le monde s’écroule autour d’eux. Le titre original :
Non Pensarci peut d’ailleurs se traduire par : Ne pas y penser. Résultat, le public suit avec plaisir ces problèmes, qui, finiront sûrement par s’arranger d’eux-mêmes (dixit le paternel), et savoure le plaisir des vacances à l’Italienne.
Ces vacances sont d’ailleurs mises joliment en image, même lors des moments dramatiques. Certains de ces passages sont réalisés sous forme de clip, et on assiste par exemple au sabordage de l’usine, mixé avec des passages de bonheur familial, le tout sur une musique pop. Le résultat donne un effet assez poignant à la scène, où l’on est transvasé d’une émotion à une autre : peine de voir la production tomber en lambeau, sourire lorsque les enfants font la course avec un radar automatique. Sans compter que certains paysages sont vraiment magnifiques, comme les plans sur les collines environnantes, ou la somptueuse demeure du député local (qui ne doit son succès qu’à sa belle gueule, dit-il). Le tout est ponctué de passages musicaux, dans une ambiance Pop Rock avec des groupes tels qu’ Atomik Dog ou Les Fauves, qui réussissent à adoucir le ton du film.
Ciao Stefano est donc une très bonne satire sociale, où les Italiens résistent avec le sourire aux problèmes environnants. Ponctué par de beaux paysages et de jolies jeunes femmes (Caterina Murino, au hasard), qui se savoure comme un bon plat de pâtes. C’est copieux, c’est bon, et on y retourne souvent.
Damien Duvot