Les regards concupiscents des quatre acteurs sur l’affiche ne trompent point. Cérébral et excitant, jubilatoire et chaud, drôle et triste,
Entre adultes consentants est un petit film indépendant qui donne à voir (et surtout à réfléchir) sur les difficultés du couple, la séduction, la tentation. Attention les yeux.
CLOSER : ENTRE ADULTES CONSENTANTS
Un film de Mike Nichols
Avec Julia Roberts, Jude Law, Natalie Portman, Clive Owen
Durée : 1h45
Site officiel :
http://www.columbiatristar.fr/k/closerSortie : 19 Janvier 2005Larry, médecin, aime Anna, photographe, qui le trompe avec Dan. Alice, stripteaseuse, aime Dan, écrivain et manipulateur, mais le trompe quand même avec Larry. A un niveau extrême, deux hommes et deux femmes vont jouer le jeu pervers de la séduction et du désir. Alternant manipulations et trahisons, ils entament un diabolique chassé-croisé amoureux dont personne ne sortira indemne. Nombreux sont les films sur l’usure du couple mais plus rares sont ceux qui traitent la chose avec subtilité.
Closer, Entre adultes consentants est une œuvre intelligente qui doit essentiellement à ses dialogues (très bien écrits) et ses quatre acteurs (excellents). Point barre. Les spectateurs qui recherchent de la mise en scène ingénieuse et du scénario gonflé aux rebondissements spectaculaires peuvent aller voir ailleurs. Ici, on prend le temps d’introduire des personnages et bien sûr de causer du sujet qui préoccupe à peu près tout le monde: le sexe. Le sexe sous toutes ses formes parce qu’à travers ce rituel se profilent des histoires d’amour pas finies et/ou qui ne peuvent pas commencer car unissant deux individus non célibataires. Fidélité, pulsion, séduction.
Sommairement, on a tendance à présenter le film (tiré d’une pièce de théâtre de Patrick Marber) comme les chassés-croisés amoureux de deux couples. Ce qu’il est, évidemment. Mais
Closer n’est pas une invitation orgiaque ni même à la tentation adultérine. Ou du moins pas que ça. Sous la verdeur des dialogues, se dessine en filigrane une réflexion sur l’érosion du couple qui pointe du doigt là où ça fait mal, en appuyant fort sur les blessures de personnages qui, délicieuse nouvelle, n’appartiennent pas aux figures imposées du genre (on est strip-teaseuse comme photographe déprimée ou écrivain raté).
Tous, sans exception, bénéficient d’un traitement particulièrement soigné : Anna (Julia Roberts) est une photographe meurtrie qui ne croit plus en l’amour et passe son temps à prendre en photo des visages tristes pour oublier sa propre tristesse ; Dan (Jude Law) est un journaliste qui cache sous son cynisme apparent une sensibilité qui lui crève le cœur ; Alice (Natalie Portman) est une jeune femme à peine sortie de l’adolescence qui simule la franchise pour mieux masquer son manque de confiance en elle ; Larry (Clive Owen) est un docteur qui va se trouver pris aux pièges des dures lois du désir.
Cinéaste ressuscité du
Lauréat, Mike Nichols est plus un réalisateur qui travaille le fond que la forme. Soit. Il n’a pas besoin de surligner au feutre fluo toutes les meurtrissures de ces bipèdes en plein questionnement existentiel et se contente d’enregistrer les foultitudes d’expressions qui s’agitent dans leurs regards et leurs visages. A ce sujet, rien ne sont plus jouissives que leurs premières interactions : celles entre les personnages interprétés par Jude Law et Natalie Portman et de re-Jude Law et Julia Roberts où tout passe par l’art de l’ellipse, de l’attirance trouble et du tumulte charnel. Le film, s’il n’invente rien (ce n’est point sa prétention), n’en reste pas moins riche et dense dans ce qu’il assène : des vérités brutales qui font mal à entendre. Ces rôles fouillés dans ce film (provocant et bien moins frivole qu’on peut le penser) représentent une aubaine pour les acteurs qui peuvent ainsi changer de registre (Jude Law et Julia Roberts, en particulier).

Quelques audaces pimentent le récit comme cette conversation hot et très drôle sur Internet entre Dan et Larry. Si, certes,
Closer met beaucoup de I dans le Q, il n’en reste pas moins - et c'est ici que réside la seconde bonne surprise - un film vraiment chaud qui maintient une tension érotique d’un bout à l’autre. Une tension qui explose lors d'un morceau de bravoure sensuellement exécuté par Natalie Portman et qui dure dix bonnes minutes. Preuve que ce film (qui donne bizarrement envie de croiser le regard ravageur de Natalie en sortant de la projection) peut concilier à la fois le plaisir des méninges et des mirettes…