A force de voir de nombreux blockbusters et autres films de monstres, ne vous est–il jamais arrivé de vous demander ce que vous feriez si vous étiez plongé au cœur de l’action, entre folie destructrice d’un coté et réponse armée désespérée de l’autre ? Réjouissez-vous, c’est ce que Cloverfield va vous proposer de vivre dans le confort d’une salle de cinéma. Mais que cela ne vous rassure pas pour autant.
Désireux de créer un pendant américain original au célèbre Godzilla, ce après une visite au pays du soleil levant, le producteur JJ Abrams (bien connu pour avoir été l’instigateur des séries Lost et Alias), a mis en chantier en Février 2007 un nouveau film de monstre avec un concept un peu particulier et inédit pour le genre : contrairement aux récents blockbusters que sont King Kong et Godzilla, le métrage devra cette fois se concentrer, via l’œil d’un cameraman amateur, non pas sur la créature et les « héros » la mettant à mal, mais plutôt sur le quidam subissant l’attaque et sur les drames en résultant. Annoncé depuis le mois de Juillet dernier comme LE nouveau projet du monsieur, les diverses images et rumeurs ne laissaient cependant pas filtrer grand-chose ni sur la bestiole ni sur la direction que devait prendre le projet.

C’est donc avec des yeux neufs que l’on découvre le métrage, et autant dire que le choc en est d’autant plus grand. Le film débute ainsi avec un avertissement du gouvernement américain stipulant que les images projetées font partie d’une cassette DV retrouvée sur un lieu dévasté auparavant dénommé Central Park. Un avant goût apocalyptique, donc, alors que la tendresse des premiers plans (un couple au réveil), fera vite place à la frénésie d’images prises par un manchot de la camera, supposé filmer le déroulement de la soirée. Passé le mal de crane occasionné par des images mal cadrées, un montage erratique et les préoccupations personnelles de celui-ci (également intéressé par une donzelle présente à la fameuse soirée), le cataclysme s’enclenche et l’on plonge tout entier dans une catastrophe à l’échelle gargantuesque. Une descente aux enfers immersive s’il en est, étant donné que le concept de départ (on ne visionnera que le contenu de la caméra perdue, sans autres inserts ou plans d’ensembles) est respecté de bout en bout.
Film concept remarquable,
Cloverfield suivra donc un groupe d’amis de plus en plus réduit alors que celui-ci tentera d’échapper à la créature avant de recadrer ses priorités sur une aventure personnelle et humaine relativement touchante. Propre aux autres productions de JJ Abrams (Lost avant tout), le premier film du scénariste et producteur Matt Reeves (Felicity) se concentre ainsi avant tout sur l’aventure humaine du petit groupe, et sur un point de vue intimiste novateur pour ce type de métrage. Là où les autres films du genre dévoilent généralement la créature à grand renforts de caméra impersonnelle virevoltante et d’effets spéciaux esbroufe, ne seront présent ici que ce que les personnages craignant pour leur vie auront le courage de filmer. On ne découvre ainsi l’énorme monstre (au design bien plus crédible et flippant qu’à l’accoutumée, inspiré par tout un pan de l’univers du jeu vidéo, de ALone in the Dark 4 à Half Life 2) que très tard.

Mais loin d’arnaquer son audience (le film étant tout de même marketté comme un blockbuster, certes concept, mais un blockbuster tout de même),
Cloverfield proposera nombre de séquences aussi impressionnantes que terrifiantes (scènes de destruction massives bluffantes, apparitions finalement nombreuses et imposantes, peuplées d’images furtives mais marquantes) tandis que le bestiaire du film, référentiel à souhait (on pense également à la série des Alien) se révèle plus intéressant qu’un simple ennemi unique. Dans le soucis de perdre le spectateur, le film propose de plus un casting d’inconnus du grand écran, la majeure partie des interprètes étant issus de l’univers télévisuel (le plus connu d’entre eux étant Michael Stahl David dont le seul fait d’armes se révèle être sa participation à un Black Donnelys de courte durée). Un autre parti pris qui aura pour effet de ne donner aucune indication au spectateur quand à la suite des évènements, celui-ci apprenant à connaître les personnages lors de diverses séquences de huis-clos à l’issue incertaine. On excusera ainsi la bonhommie de Hub, ce point précis étant parfois énervant (remarques imbéciles et dirigistes) mais justifiant parfaitement l’intérêt qu’il porte à l’objet nous permettant d’accéder à l’aventure. Et même si certaines réactions peuvent sembler aberrantes pour un européen moyen, elles restent crédibles pour une population New-Yorkaise ayant vécu les affres du 11 Septembre, entre solidarité et priorités recadrées quand ce qui compte se résume à l’essentiel.

Ecrit par un Drew Goddard ayant également travaillé sur
Alias et
Lost, et étant donc déjà rompu au traitement et préoccupations si particulière de Bad Robot Productions (la boite de production de JJ Abrams),
Cloverfield, loin de décevoir, se révèle comme un blockbuster certes atypique mais incroyablement brut, éreintant et immersif, parsemé de plan chocs (la tête de la statut de la liberté volant dans les airs, la mort de certains personnages, certains plans d’ensembles hautement cinématographiques), et d’un désespoir ambiant parsemé d’une poésie tragique (la soirée est filmée sur une ancienne cassette dont les souvenirs heureux filtrent par moment). A n’en pas douter une réussite à voir et revoir, et une œuvre à marquer une pierre blanche dans l’histoire du genre.
Note: 8/10David Brami
Nous sortons tout juste de la tornade
Cloverfield, et god damn, c'est furieusement bon. Ce qui frappe rapidement pour ce blockbuster américain, c'est bien son parti-pri sans concession d'une caméra subjective portée type mini DV. Ce choix nous permet de vivre de l'intérieur la moindre péripétie catastrophe de notre petit groupe et ce point de vue (forcément restreint) communique pour une bonne part la force du film ; c'est bien-connu, la terreur la plus efficace provient de l'inconnu, l'indicible, et ici c'est simple, personne ne sait rien sur le comment ou le pourquoi de cet apocalypse new-yorkais.
Mais ne nous méprenons pas, c'est bien d'un blockbuster qu'il s'agit, et soyons clair à ce niveau,
Cloverfield répond sans problème au cahier des charges du film de destruction massive (anciennement dit film-catastrophe) et du film de monstres (entendre par là, un Godzilla-like). Entre des pans complets d'immeubles qui s'écroulent, la détresse humaine qui s'amoncèle, des mini-bestioles voraces et teigneuses (avis aux amateurs, on pense à nos chèrs zerglins du jeu Starcraft), une fin de Manhattan orchestrée par une chose inconnue, on comprendra facilement le surmenage continuel des péripéties à l'écran et avouons-le, l'exercice est particulièrement jouissif parce que justement l'instantané renforce le capital sympathie avec le spectateur en supprimant les distances habituelles générées par le 7ème art.
On pestera sur les coïncidences heureuses (ou malheureuses) se passant sous l'oeil de la caméra. On regrettera des réactions trop codifiées (les personnages nous paraissent parfois trop "virtuel", tout le contraire de
[.REC]). On rigolera après coup au sujet de la caméra "incassable" de notre petit groupe (sans oublier son autonomie record, c'est quelle marque ? J'en veux une !). Mais ces quelques bizarreries n'arrivent pas à supprimer l'enthousiasme qu'on a pour ce film. L'ère du catastrophe passe aujoud'hui au niveau local, au niveau humain, avec l'avènement des vidéos instantanées (Téléphone portable, caméra ...) et cet efficace
Cloverfield en fait une divertissante démonstration.
Note: 7/10Vincent Martini
Cloverfield est plutôt une bonne surprise d’une belle efficacité et maîtrisée de bout en bout. L’exercice de style visant à témoigner d’une catastrophe à la première personne ne perd jamais de vue son but premier : divertir le spectateur. Nous passerons sur les aberrations scénaristiques de mise dans ce type de productions, mais il faut cependant noter que le produit est purement calibré. Personnages types, dialogues très écrits et situations manquant très souvent d’originalité, les défauts ne sont pas minces. Il est en effet dommage de remarquer que l’effort de singularité de la mise en scène ne trouve pas d’écho dans un scénario qui nous ressert invariablement des séquences déjà vues et revues auparavant. D’ailleurs, ce film qui n’a rien voulu montrer pendant si longtemps rattrape ici son retard et semble ne jamais soutenir la théorie du « en montrer le moins pour signifier un maximum ». Dommage... Mais en se laissant quelque peu aller on trouvera très facilement un malin plaisir à se faire peur et à chercher la petite bête (on en dit pas plus). New York n’a décidément pas de chance ces derniers temps ! Après les créatures de
Je suis une légende, voici les... Ah bah oui, tiens ! Qu’est ce que c’est ?
Note: 6/10Kevin Dutot
Seulement quelques jours après s’être pris une baffe monumentale avec
[.REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza, nous voilà devant Cloverfield autre rejeton du « film de genre vérité ». Au final
Cloverfield s’en sort très bien et réussit à survivre à son incroyable buzz. Après 20 longues minutes ressemblant à un épisode de Dawson mal cadré, le spectateur est embarqué dans un gigantesque train fantôme (comprendre par là que les évènements semblent se déclencher dès que les héros arrivent quelque part) à travers New York pour un résultat pas aussi révolutionnaire que prévu, mais franchement réjouissant. Suivant une trame archi éculée du film catastrophe,
Cloverfield pêche par son manque d’originalité scénaristique (beaucoup de
Godzilla et pas mal de
Guerre des Mondes), des dialogues et situations trop écrites pour la forme choisie, mais trouve l’adhésion du spectateur grâce à ses scènes spectaculaires vécues de l’intérieur et des effets spéciaux hallucinants.
Note: 7/10Stanislas Bernard
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