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Cocaine Cowboys

La critique d'Excessif

4/5
cocaine_cowboysok L'HISTOIRE : Le commerce de la cocaïne durant les années 70 et 80 a laissé une empreinte indélébile sur la ville de Miami. Les trafiquants et les dealers ont transformé à jamais cette cité endormie en un des lieux les plus branchés au monde, qui rapportait chaque année 20 milliards de dollars au cartel colombien de Medellin ...
Une réussite.

« Passionnant et digne des productions documentaires les plus réussies du genre, Cocaïne Cowboys est un film à voir absolument. […]Parce que l’on y retrouve le sel des meilleures fictions mafieuses des Coppola, Gray, Scorsese et consorts mais aussi la peur sidérante et profondément documentaire qui se lit dans le visage d’une époque gangrénée par la drogue, l’argent et la fureur. »

 

En donnant la parole à ceux qui ont fait de Miami, la plaque tournante de la drogue aux Etats-Unis dans les années 1980, Billy Corben nous donne à voir l’envers d’un décor trop souvent limité à Scarface et Miami Vice. Ainsi, entraîné dans le sillage de ceux qui organisèrent le trafic de cocaïne et les règlements de compte qui suivirent et prospérèrent alors, on se laisse happer par ce documentaire aussi étonnant que sidérant.

Miami à l’époque de la cocaïne ou l’envers du décor
Billy Corben avec son acolyte producteur Alfred Spellman se propose avec Cocaïne cowboys de révéler ce que fut la ville de Miami de la fin des années 1970 jusqu’au début des années 1990. Ainsi, nous entrainent-ils à la suite des principaux acteurs de l’époque pour nous raconter comment la drogue arrivait sur les côtes de Floride, comment on la vendait et surtout ce qu’elle provoqua à tous points de vue, sur le paysage et dans le quotidien de ceux qui vécurent au Miami d’alors. De fait, au cours des trois parties qui composent le film, voit-on à la suite et avec force détails, l’élaboration technique et logistique d’un trafic d’ampleur inégalé et les conséquences financières puis intensément meurtrières de ce dernier.
En effet, d’abord artisanaux et réservés aux rares personnes qui s’y adonnaient, le transport et la vente de cocaïne ne concernaient que peu de monde sur les plages faisant face à Cuba. Jusqu’au moment où venus des quatre-coins des Etats-Unis et d’Amérique du sud, les truands et autres apprentis gangsters voulurent concilier la perspective de montagnes d’argent facile avec l’envie de distribuer une drogue abondante qui allait peu à peu devenir aussi populaire qu’accessible. Initialement dévolue au trafic de marijuana provenant d’Amérique du Sud, la Miami floridienne allait donc inévitablement changer sous l’effet d’une drogue nouvelle et de plus en plus hégémonique : la cocaïne.
Acheminée par des colombiens issus des cartels les plus hargneux parmi lesquels se trouvait au premier rang celui de Medellin, cette dernière allait en quelques années supplanter la traditionnelle marijuana et s’imposer dans les soirées, les dîners et autres lieux de plaisir au point de faire de Miami la première porte d’entrée de ce trafic en Amérique du Nord. Et plus encore, son premier lieu de consommation. Amenée, transportée et répartie par ceux que l’on appellerait les Cocaïne cowboys, elle allait alors devenir incontournable, provoquant dans son sillage deux phénomènes joints que Billy Corben souligne avec soin : une colossale accumulation d’argent sale et une vague de violence sans précédent.

 

En effet, Cocaïne cowboys nous raconte avec un luxe infini, la sordide et profitable dérive de Miami à l’époque où la cocaïne s’imposa sans partage. Et c’est en mêlant archives, séquences reconstituées et interviews exclusives des repentis et autres acteurs incontournables d’alors que le cinéaste construit son propos documentaire de manière plus qu’approfondie. Ce qui a deux mérites : tout d’abord de captiver comme jamais son spectateur alors que le film atteint presque deux heures et plus encore de le passionner puis de l’effrayer par la confrontation faite entre la réalité de ces années et ce qu’en a fait et dit le cinéma par la suite. Car Miami au coeur de ces années n’avait que peu à envier aux plus grandes épopées sanguinaires que connut l’humanité ... Pour ne pas dire qu’elle fut pire et donc plus qu’attirante pour un cinéma avide d’action, de personnages charismatiques et de machiavéliques opérations.


Cocaïne cowboys : une réalité de cinéma
Cocaïne cowboys est effectivement un film plus que documenté sur la drogue à Miami, opérant dans le documentaire la même plongée que Traffic pour la fiction mais en filigrane, il raconte également à sa manière comment le cinéma et la télévision se sont servis de cette décennie d’outrances pour dénoncer et récupérer le phénomène.
Considérée en son temps comme la ville la plus dangereuse du monde, Miami était manifestement devenue celle dans laquelle circulait le plus d’argent facile. Ainsi, entre constructions pharaoniques, développement économique insensé et destruction sanguinaire, celle qui jusqu’alors se réservait aux touristes et aux retraités devint sous l’emprise de la cocaïne, le centre de modernité d’une Amérique qui s’enfonçait dans la récession. Dès lors, outre son récit édifiant et digne des meilleurs films de mafia, Cocaïne Cowboys expose l’arrière plan sordide de films cultes comme Scarface et consorts, tout en relativisant la réinterprétation qu’ont pu en faire le cinéma et la télévision. En effet, en faisant découvrir la veuve noire qu’était Griselda Blanco et son homme de main, Jorge « Vivi » Ayala, on ne sait plus qui de la fiction ou de la réalité a supplanté l’autre. Et en même temps, au travers des années de folie que le cinéaste démonte, ce métrage documentaire a le mérite de reconsidérer l’exagération généralisée et répandue notamment par la série Miami Vice dans laquelle Don Johnson rayonnait.

 

Par conséquent, passionnant et digne des productions documentaires les plus réussies du genre, Cocaïne cowboys est un film à voir absolument. Pour comprendre la Miami de l’époque, en cerner toutes les vilainies et les outrances. Mais aussi parce qu’il lève le voile sur la situation d’une ville devenue emblématique au cinéma et dans laquelle se déroulèrent quantité de meurtres et de règlements de compte que le cinéma lui-même n’aurait pas osé. Comparable en qualité à Mr Untouchable de Marc Levin et étonnamment révélateur de cette ambiance qui inspira Oliver Stone, Cocaïne Cowboys malgré son esthétique trop clipesque et exubérante par instants s’avère un film intense, prodigieusement instructif et surtout étonnamment captivant. A la hauteur de son sujet et appelant une suite (Cocaïne Cowboys II) se penchant sur certains des personnages les plus hauts en couleur d’alors, ce documentaire est assurément à ne pas manquer. Parce que l’on y retrouve le sel des meilleures fictions mafieuses des Coppola, Gray, Scorsese et consorts mais aussi la peur sidérante et profondément documentaire qui se lit dans le visage d’une époque gangrénée par la drogue, l’argent et la fureur.

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