On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Enfin jusqu’à un certain point… Avec
Coco, Gad Elmaleh s’offre sa première comédie en tant qu'acteur réalisateur. Et, à l’instar de
Chouchou, met en scène la réplique ciné d’un autre de ses personnages de one Man show. Le très volubile Coco, businessman « bling-bling » et roi de la démesure apparut en 2001 dans le spectacle
La vie normale. Une nouvelle comédie six ans après son triomphal succès « Chouchouesque », que l’humoriste tente visiblement de rééditer avec
Coco. Via un pari de 15 millions d’euros de budget et un Gad Elmaleh très actif, devant et derrière la caméra… Ou comment faire d’un sketch marrant d’une dizaine de minutes une comédie à succès d’une 1h35 … Vous avez dit mission impossible ?

S’il est bien des idées reçues dont il faut aujourd’hui se départir, c’est que l’argent ne fait pas le bonheur. Non seulement il le fait. Mais en plus, l’argent permet même de l’afficher sans retenue… Son bonheur ! À l’image de Coco, homme d’affaires parvenu, habitué à dilapider des fortunes pour satisfaire son propre ego. Et obtenir l’impensable… Comme le stade de France pour la communion de son fiston ou « fériériser » le lendemain pour prolonger la fête ! Avec Coco, on ne dit pas « ce n’est pas concevable ». On lui dit combien et lui il paie ! À grand renfort de cash, de flouze, de pognon, Coco nous rappelle que tout devient possible. Une amoralité ambiante, inscrite dans l’air du temps, où peu importe l’éthique pour peu que l’on soit dans l’esbroufe.

Mais que l’on ne s’y trompe pas. Coco se veut une critique acerbe de ce matérialisme « m’as-tu vu » dont Elmaleh se fait le pourfendeur à travers cette comédie. La précision est utile car pas vraiment flagrante. Tant Coco apparaît comme une succession de gags ou de situations pas vraiment drôles mais toujours prétexte à la vision d’un luxe tapageur. Au moins, à défaut de nous faire rire, Gad a joint l’utile à l’agréable au regard des lieux somptueux qu’il traverse et des engins grand luxe (4x4 surdimensionné, hors-bord démesuré…) qu’il utilise (souvent gratuitement) tout au long du film.
Tout ça pour ça ? Fort d’un rouleau compresseur promotionnel « à l’Américaine », la déferlante
Coco apparaît donc comme inexorable. Et tant pis si le film, pour lequel les meilleurs moments sont regroupés dans la bande-annonce, fait l’effet d’une coquille vide. D’autant que techniquement parlant, le film n’a pas non plus grande saveur. Le monde politique aurait pu le lui souffler : vouloir tout faire et tout contrôler n’est pas forcément gage d’efficacité… Même si pour l’occasion, Elmaleh, pas ingrat, s’entoure depuis l’équipe technique jusqu’à la distribution, de proches, fruits de ses précédentes rencontres artistiques. Rien n’y fait. Le résultat reste plus que mitigé.

Chronique d’un succès annoncé,
Coco mise donc davantage sur le capital « sympathie » de son auteur plus que sur une quelconque originalité filmique. Le scénario, infini décimal se contente pour sa part de reprendre en filigrane le thème de la paternité présent dans l’œuvre de l’humoriste. Idem pour les quelques bons mots des dialogues pour la plupart déjà égrenés dans ses spectacles. Le tout à la sauce « too much » juif séfarade qui n’est pas non plus sans rappeler La vérité si je mens 2 (carton au box-office en 2001 et point de départ de l’envolée médiatique du Sieur Elmaleh…).
À la différence d’un
Chouchou où Gad partageait la vedette avec d’autres ténors de la comédie, Chabat en tête,
Coco dans sa mégalomanie reste désespérément seul à l’écran. Et ce ne sont pas les compositions extrêmement fades d’un Manu Payet (définitivement désespérant) ou d’un Jean Benguigui (le méchant du film ?) totalement absent qui changeront la donne.
Coco laisse un goût de ratage absolu. Le film tourne très vite en rond et n’apporte qu’une succession fade de gags prévisibles uniquement capables de combler les fans inconditionnels et (forcément) magnanimes de l’artiste.

Au final, fort de ses succès précédents, Gad Elmaleh joue avec
Coco, la sécurité. Celle d’un pari sans risque pour le gagman le plus populaire de l’hexagone qui tente avec ce film, un « Chouchou au carré » et le jackpot financier qui va avec. « La maison n’accepte pas l’échec » nous rappelle complaisamment la devise du business Man Coco. À l’instar de son comptable géniteur, qui au prix d’une promo tous azimuts, devrait connaître en toute logique avec ce film, gloire et consécration. Un succès commercial annoncé qui sera pourtant davantage à mettre sur le compte de la popularité de l’humoriste que sur la réelle qualité du film de Gad fait par Gad pour… Gad ? Ou pour son public ? Ce qui revient finalement au même. Comme l’annonce à loisir la catchline « Coco, va vous éclater ! ». Ou pas…