L'HISTOIRE : Paris 1913, Coco Chanel est toute dévouée à son travail et vit une grande histoire d’amour avec le fortuné Boy Capel. Au Théâtre des Champs-Élysées, Igor Stravinsky présente le Sacre du Printemps. Coco est subjuguée. Mais l’œuvre, jugée anticonformiste, est conspuée par une salle au bord de l’émeute. 7 ans plus tard, Coco, couronnée de succès, est dévastée par la mort de Boy. Igor, réfugié à Paris suite à la révolution russe, fait alors sa connaissance. La rencontre est électrique. Coco propose à Igor de l’héberger dans sa villa à Garches, pour qu'il puisse travailler. Igor s’y installe, avec ses enfants et sa femme. Commence alors une liaison passionnée entre les deux créateurs... Une scène d’ouverture majestueuse, portée par la musique de Stravinsky
Présent sur la Croisette en 2005 pour y présenter Darshan, Jan Kounen se tourne ici, avec ce biopic centré sur une parenthèse passionnelle survenue dans la vie de Coco Chanel, vers une nouvelle forme de narration. Un univers décalé par rapport à son propre style, après une première rupture amorcée avec 99 francs et apporte ainsi à cette histoire une note onirique qui lui est propre.
Une scène d’ouverture majestueuse, portée par la musique de Stravinsky, un hommage exalté au compositeur, un épisode houleux dénonçant la morale d’une bourgeoisie étriquée, une tension introduisant avec fougue l’histoire d’amour qui en découlera quelques années plus tard, le désir de Coco pour cet homme découlant de l’admiration qu’elle ressent pour lui, des vibrations de sa musique, de l’envie de l’aider à s’exprimer. On se retrouve immédiatement emporté par le rythme de ces premières minutes nous propulsant dans les confins d’une passion dont la ferveur retombe malheureusement très vite. Si le cinéaste a su en saisir les prémices, il s’enfonce ensuite dans une sorte de torpeur esthétique pesante venant alourdir le déroulement de cette histoire. Si les décors sont magnifiques, d’une beauté, d’une pureté étonnante, si les robes portées avec élégance par Anna Mouglalis sont sublimes et rendent un hommage lumineux à la créatrice de mode dont on ressent ici la sensibilité, la finesse et la modernité, au-delà de leurs échanges physiques, on ne ressent aucunement le côté brûlant, urgent et salvateur de cette liaison.
Jan Kounen, qui sait pourtant prendre des risques, reste beaucoup trop lisse, consensuel, scolaire dans sa mise en scène, ce qui coupe l’émotion qui aurait dû porter ce récit. Plus que Chanel, c’est Coco qu’il fallait ici évoquer en évitant de trop s’appesantir sur certains détails venant parfois plomber le déroulement de l’histoire et le scénario dans son approche reste en ce sens beaucoup trop démonstratif. Heureusement il est rehaussé par la prestation de deux comédiennes d’une touchante sincérité, la maîtresse enflammée, indépendante et libre, l’épouse douce, discrète, entravée dans des convenances religieuses qui lui sont chères. Anna Mouglalis apporte au rôle de Coco une réelle contenance et Elena Morozova éclaire de manière saisissante le rôle de Catherine. C’est de leur face à face que ressort toute la puissance de cette histoire, c’est cet échange entre ces deux femmes, différentes mais animées par une même générosité intérieure, qui tient le film.
Lors de notre rencontre il y a quelques mois avec Bertrand Blier, il a désigné Jan Kounen comme un metteur en scène qu'il admirait pour sa folie, cette manière d'avoir une « caméra à la place du ...