La critique d'Excessif

4/5
Affiche Ame en stock L'HISTOIRE : Un acteur new-yorkais en pleine crise existentielle décide d'aller dans un laboratoire privé qui lui propose de le soulager du poid de son âme.
Il y a une âme dans ce film, et elle vous regarde.
Votre âme vous pèse ? Débarrassez-vous en ! Le premier film en compétition du 35ème festival du cinéma américain de Deauville propose une variation douce amère sur le métier d’acteur. Cold Souls est l’œuvre de Sophie Barthes (d’après son propre scénario), une réalisatrice née en France et dont c’est le premier long-métrage. Elle orchestre une comédie dramatique osée et pleine de conflits internes, entièrement portée par Paul Giamatti dans son propre rôle.


Un peu comme Dans la peau de John Malkovich il y a dix ans, Cold Souls propose une mise en abyme déroutante et singulière dont les chemins sinueux permettent d’entrer dans les affres d’un cerveau créatif, rongé par le doute. C’est Paul Giamatti qui s’y colle et qui prête son physique débonnaire à un concept loufoque centré sur un acteur en train de perdre pied. A dire vrai, le comédien incarne un homme incapable de sortir de son rôle dans la pièce du maître russe (Oncle Varnia). C’est ce désespoir, celui d’être bloqué dans l’esprit d’un autre sans pouvoir lui donner corps (magnifiques séquences de répétition où Paul Giamatti révèle toute sa palette d’interprétation en essayant plusieurs tonalités de jeu sans pouvoir en saisir une qui convient). Libéré de son âme (« un organe comme le cœur ou le foie » prévient le Dr Flinstein), la star américaine, si elle arrive finalement à jouer sur scène, va pourtant rapidement ressentir le vide existentiel et l’ennui de vivre sans la pièce maîtresse de son essence. Voulant récupérer son âme (une sorte de pois chiche…), il va s’apercevoir que la banque des âmes s’est fait cambrioler. On vous épargnera les détails de la suite qui se joue en grande partie en Russie et où une jeune actrice de soap-opera se fait greffer l’âme de Paul Giamatti en pensant qu’il s’agit de celle d’Al Pacino



Le long-métrage révèle des scènes légères et graves à la fois, toujours chargées d’humour et de philosophie. A la recherche de son âme perdue, Paul Giamatti se régale de tant d’attention et semble s’oublier pour mieux se réinventer. Seule la location d’un autre esprit que le sien (avec la banque des âmes, tout est possible !) rend l’œuvre opaque en proposant les visions de la donneuse anonyme à notre héros qui devient malade. Pourtant, même dans cette partie moins bien traitée, Sophie Barthes trouve des formules visuelles intrigantes et oniriques. Elle parvient à nous faire accepter un jeu de pistes déluré et presque nonsensique en variant les effets de style et les situations dramatiques. Et lorsque l’acteur trouve enfin le courage de sonder son âme pour retrouver le contact avec elle, le spectateur se prendra peut-être à aller puiser dans la sienne. Au final, on gobe tout sans temps mort, épris de cet univers ultra réaliste qui prend des contours science-fictionnels et métaphysiques. Drôle, décalé et empreint de poésie, Cold Souls est le genre d’œuvre intemporelle et bercée par une vision unique du cinéma.

 

Critique de NICOLAS SCHIAVI

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