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Collision

La critique d'Excessif

4/5
collision_z2 L'HISTOIRE : Deux voleurs de voitures. Un serrurier mexicain. Deux inspecteurs de police qui sont aussi amants. Une femme au foyer et son mari, procureur. Tous vivent à Los Angeles. Eux et beaucoup d'autres ne se connaissent pas, leurs vies n'auraient jamais dû se croiser. Pourtant, dans les prochaines trente-six heures, leurs destins vont se rencontrer, révélant ce que chacun voulait cacher ou ne pas voir... Oscar 2006 du Meilleur Film, meilleur scénario, meilleur montage.
Premier long-métrage de Paul Haggis, Collision, chronique polyphonique, regroupe huit personnages dont les destins vont s’enchevêtrer pendant 24 heures dans l’anonymat de Los Angeles. Sur un bon filon (les problèmes raciaux), le scénariste de Million Dollar Baby signe un mélodrame moralisateur et très relevé en pathos.

COLLISION
Un film de Paul Haggis
Avec Sandra Bullock, Don Cheadle, Matt Dillon…
Durée : 1h 52
Sortie : 14 Septembre 2005

Les destins entrecroisés de huit personnages dans les rues de Los Angeles, 24 heures avant qu'on ne retrouve le corps d'un homme sauvagement assassiné.



Crash (Collision, en français) est le premier long-métrage de Paul Haggis, scénariste de Million Dollar Baby, et n’a comme point commun avec l’opus Cronenbergien que l’accident de voiture. Sur le papier, un projet pareil (des personnages perdus dans L. A. se remettent en question etc.) fait envie d’autant que la profusion d’acteurs hétéroclites assure au film une certaine tenue et confère ainsi une singularité évidente. A l’écran, le résultat n'est pas aussi enthousiasmant que prévu même s'il soulève des problématiques intéressantes sur la nature humaine.



Le premier problème de Collision tient dans sa structure même de chronique polyphonique où Haggis brasse beaucoup (trop) de sujets et de personnages. Il reste en surface et n'exploite pas tous les potentiels. En filigrane, à travers ses accidents de voiture et autres accrocs sociaux où le thriller ne devient qu’un prétexte pour brosser un "grand" drame humain, le récit sous-tend qu’une mégalopole (ici, Los Angeles) favorise le repliement des gens sur eux-mêmes, avec leurs idées toutes faites. Il aboutit à la conclusion selon laquelle les relations humaines sont principalement basées sur le racisme et par extension la dégradation de l’homme par l’homme lui-même. Or, le surévalué Paul Haggis prend ces exceptions pour en faire des généralités et tombe dans les écueils qu’il tentait d’éluder, avec cette envie maladroite voire outrecuidante d’asséner quelque chose d’inédit alors qu’il ne recycle que des ficelles connues. En revanche, il autopsie assez bien un monde violent, le nôtre, en proie à la haine, à l'insécurité, à la paranoïa, et retranscrit un climat de peur très actuel où la menace est susceptible de cueillir à chaque instant. Ceci explique son succès surprise aux Etats-Unis. Les répercussions de cette angoisse latente se manifestent de manière explicite chez tous les personnages sans exception, prisonniers de leurs conditions et d'une société gangrenée par les préjugés. Ceux, féminins, campés par Sandra Bullock et Tandie Newton, incarnent cette prise de conscience et subissent un traitement particulier : un événement, brutal et inattendu comme une collision, va surgir dans leur vie tranquille et progressivement les singulariser du système. Dans la fausse indifférence ou la compassion muette de leurs conjoints désarmés.




Tout ce petit monde manque terriblement d'amour et court après une humanité disparue. Radiographie d'une société en manque de contact ? Assurément. Mais ces passages touchants, où chacun se trouve confronté à la terrible dictature des apparences ou alors exprime un mal-être, un besoin d'aimer, sont partiellement gâchés par le film dans son unité, très mode (on pense à Short Cuts, Lantana, 11h14, surtout Magnolia et 21 grammes) et opportuniste dans sa démarche. Il se déroule en 24 heures, à Los Angeles, entrecroise les destins et tente par intermittences des velléités auteurisantes sous une apparence commerciale. Seulement, à chaque segment, l'ombre tutélaire de Paul Thomas Anderson (ou d'un autre virtuose du brassage des sous-intrigues) entache ce récit assez moralisateur et lelouchien sur les clivages sociaux, la disparité des classes et le prétendu civisme. Ce que paradoxalement Michael Haneke, pourtant adepte de la dissertation filmique, a su fuir dans son beau Caché (le 5 octobre prochain dans les salles) qui parle lui aussi – mais de façon plus intrigante et subtile – de maux sociaux, du problème d’intégration, de la peur d’autrui et de l’étranger...



On ne parle pas d’hypocrisie parce que le film ne renie pas un sujet qu’il traite à fond, mais de lourdeurs pesantes, de résolutions faciles. En somme, d'une boursouflure rélevée en pathos, d'un objet consensuel malgré lui tant il cligne ostensiblement à l’œil du spectateur. L'interprétation de bonne facture (mention spéciale pour l'excellent Michael Pena) et certains détails comme le cameo de Tony Danza (qui apparaît dans un rôle d’acteur has-been de sitcom) ne sauvent pas la lourde démonstration qui afflige bon nombre des personnages et de situations. En jouant moins la carte du chantage émotionnel – débordement lacrymal comme pour éviter les sujets épineux et toute forme d’ambiguïté –, le film aurait certainement montré ce qu’il avait au fond des tripes. Or, on assiste à un film choral qui n’atteint pas son dessein tant recherché : la quête du "film coup de poing". Et si la vraie subversion de Collision résidait finalement dans son envie de faire un mélo geignard dans - et pour - une société déshumanisée ?

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