A la manière d’un Michou d’Auber récemment,
Comme ton père raconte les souvenirs d’enfance d’un fils d’immigrés israelo-tunisiens, leur arrivée en France dans les années 60-70, à Marseille puis à Paris, avec tout ce que cela comporte de difficultés et de désillusions. Une histoire sombre sous ses dehors candides, qui tire essentiellement sa force de l’interprétation inspirée des acteurs.
COMME TON PERE Un film de Marco Carmel
Avec Richard Berry, Gad Elmaleh, Yaël Abecassis,Jules-Angelo Bigarnet
Durée : 1h35
Date de sortie : 12 décembre 2007Michel nous conte ses souvenirs d’enfance. L’arrivée de sa famille à Marseille, puis Paris, les petits boulots de son père adoré, sa cachette secrète, son amour pour le cinéma… Un regard d’enfant pas si innocent sur les évènements importants de l’histoire d’une famille et de l’Histoire tout court.Si la vérité sort de la bouche des enfants, il faut bien admettre que ces derniers ont une conception de la réalité souvent biaisée par des parents protecteurs ou un monde des adultes généralement opaque. Difficile du coup de trier le vrai du fantasmé dans le récit de Michel, mais c’est aussi ce qui fait le charme du film. Peut-on faire confiance au regard tendre et admiratif d’un gosse sur son père ? Si certains faits sont racontés avec précision, d’autres passages laissent entrevoir des zones d’ombre qui finalement ne desservent pas le film car porteuses d’un mystère intrigant. La nature exacte des relations entre la mère et Serge (Richard Berry), l’ami de la famille, demeure ainsi ambiguë.

Le film montre en tous les cas plutôt intelligemment ce qui peut amener un père de famille à glisser dans le grand banditisme. Les problèmes d’argent ne suffisent pas, il faut rencontrer les bonnes (ou plutôt les mauvaises) personnes. Félix, joué par un étonnant Gad Elmaleh, n’est certes pas un citoyen modèle au départ, mais sa rencontre avec Serge le pousse à commettre des actes qui dépassent largement ses petites combines.
Par-dessus cette mini fresque familiale, Marco Carmel a la bonne idée de mettre en perspective l’histoire personnelle des Maïmon avec les évènements marquant le conflit israelo-palestinien de l’époque, avec comme point d’orgue la guerre du Kippour. Le réalisateur, l’air de rien, distille les conséquences haineuses d’un conflit qui se ressource perpétuellement par le mimétisme des enfants, victimes de l’influence néfaste des adultes. Un vrai sujet de réflexion au beau milieu d’un drame familial, lui-même caché derrière le regard souvent candide de Michel.
Comme ton père désigne un certain nombre de drames, semblant raconter à travers l’histoire d’une famille le sort de bien des immigrés pour qui le rêve français a tourné au cauchemar. Etrangement, ce constat d’échec donne lieu à un happy end, le retour au pays étant présenté comme tel. Simplement, le film adopte là encore la naïveté d’un regard d’enfant plutôt que la cruelle lucidité d’un adulte. Un choix porteur d’espoir…
Laurent Tity