Merci Jerry ! Le teenage movie au féminin a été ré-inventé et l’on remplace les grosses voitures rutilantes par des petits escarpins made in Italy, les courses de bagnoles se transforment en combats de bottes pendant les soldes et Bruce Willis devient une petite rousse délurée qui ne sauve pas le monde en allant exploser des astéroïdes mais en rédigeant le mode d’emploi de la parfaite acheteuse. Oui. Bon. Et alors, le résultat ? Comme toute production Bruckheimer, on se tâte à descendre le film mais il y a toujours ce petit élément jouissif, ce plaisir coupable qui nous fait dire que le producteur est un sacré faiseur et ici, ce plaisir ne mesure pas plus d’1m60, s’agite comme un ouragan et s’appelle Isla Fisher. Attention, vous allez vite devenir accro.

Un beau jour, à l’heure habituelle de son réveil, autour de 4h24 du matin, Jerry Bruckheimer s’est dit que son empire manquait cruellement d’un élément simple et pourtant primordial : la spectatrice un peu plus portée sur la chose (le sac à main) que la moyenne. Producteur du film bourrin par excellence, jonglant entre récits de guerre, voitures en furie, sauvetage de l’humanité et autres films peuplés de pirates métrosexuels, le monstre d’Hollywood a compris qu’il fallait désormais se tourner vers un public plus sensible, raffiné, délicat afin d’ouvrir le monde merveilleux de Bruckheimer aux jeunes fanatiques de Prada, Sex and the City,
Gossip Girl et tout ce qui s’en suit...

Si vous dégainez votre carte bleue ou votre chéquier plus vite que votre ombre, si vous connaissez les adresses de tous les H&M parisiens et que votre télé est branchée 7j/7 sur Fashion TV, alors ce film est pour vous. Si vous ne faites pas la différence entre un caleçon et un boxer, si vous faites faire vos ourlets par votre mère et que la simple idée de passer plus de dix minutes dans un grand magasin de prêt-à-porter vous donne de l’urticaire, ce film est aussi pour vous (bon peut-être un peu moins...). Voilà, vous l’avez compris, Confessions d’une accro au shopping brasse large pour mieux cibler. Certes le public féminin est en ligne de mire mais toute la bonne volonté de cette fameuse accro réussit à rameuter le public masculin, pour le simple plaisir de la voir se déchaîner ! Corps et âme.
Car le film, qui ne déborde pas d’idées fracassantes de mise en scène (les mannequins qui s’animent en vitrine rappellent
Tout le monde dit I Love you...) et nous sert une photographie des plus épuisantes, mettant en valeur les roses et les jaunes jusqu’à extinction des pupilles, n’existe que par sa comédienne principale, Isla Fisher, une petite boule de nerfs et d’energie qui sait capter la caméra comme peu de comédiennes le font et rappelle les premiers pas de Julia Roberts dans ses meilleurs moments. Fugace, folle, faisant de l’humour et la légèreté ses raisons d’être, l’actrice mène le navire de bout en bout et laisse peu de place à ses compagnons de jeu, faire-valoir sans grand intérêt qui tentent parfois de crier plus fort qu’elle, histoire de faire comprendre qu’ils sont là. Magnant le burlesque avec brio, sachant grimacer comme personne, Fisher nous rappelle son rôle de petite bourgeoise en rut dans
Serial Noceurs et permet d’affronter Confessions d’une accro au shopping sans sourciller.

Et pourtant, il y aurait de quoi... Entre un scénario ahurissant nous laissant croire qu’un unique et simple micro-papier publié dans un magazine élève au rang de grande journaliste cette jeune candide, une bande-originale aussi éphèmere qu’outrancière et une amourette sans grands ressorts, la recette ne fait pas de miracles. On appréciera donc la prestation de Kristin Scott Thomas en reine de la mode et, surtout, les allocutions de la jeune rousse, sa spontanéité, sa fraîcheur et cette séquence, franchement hilarante, où Isla Fisher tente par tous les moyens de récuperer une lettre envoyée à un mauvais destinataire !

Bref, vous l’avez compris, Confessions pioche un peu partout... de Bridget Jones au Diable s’habille en Prada, en passant par Working Girl, Sex and the City, Ugly Betty ou Gossip Girl, Bruckheimer sait ce qui fonctionne et ce qui plaît. Il ne cherche pas la nouveauté mais plutôt le recyclé mais dans cet amas de choses déjà vues et entendues, il y a cette petite perle au sourire dévastateur qui vaut le déplacement. Promis !