Attendu comme le messie par les uns, et avec méfiance par les autres,
Constantine se montrait plutôt discret, avare sur sa vraie nature, ne dévoilant que quelques images dressant un bref synopsis prometteur où anges et démons maintiennent l'équilibre de la Terre et où les humains seraient leurs pions. Keanu Reeves au générique, la mignonne Rachel Weisz comme second couteau, et un réalisateur inconnu du nom de Francis Lawrence, pour la première fois derrière une caméra de cinéma, mais habitué du monde du vidéo-clip où il fit ses preuves au service de Garbage, Janet Jackson, Sarah McLachlan, Will Smith, Aerosmith ou encore Britney Spears. De ce petit monde de la TV nous sont venus quelques génies : David Fincher, Mark Romanek (Photo Obsession) ou Alex Proyas en sont des exemples. En sont également issus un nombre incroyable de tâcherons, persuadés que le cinéma pouvait se résumer à une surenchère graphique jetée à la gueule du spectateur. Mais où se situe donc
Constantine ?
La critique suivante révèle quelques éléments de l'histoire, tout en prenant soin de laisser le plaisir de la découverte le plus intact possible.
CONSTANTINEUn film de Francis Lawrence
Avec Keanu Reeves, Rachel Weisz, Djimon Hounsou, Tilda Swinton, Peter Stormare
Durée : 2h01
Sortie : 16 Février 2005John Constantine (Keanu Reeves) est mort l'espace de quelques secondes il y a vingt ans. Revenu à la vie, il comprend que le paradis et l'enfer existent vraiment, et que anges et démons avaient passé un accord : aucun n'a le droit d'apparaître sur Terre, mais chacun peut influencer les humains. Si les voir l'effrayait depuis son enfance, John Constantine va utiliser ce don pour traquer les démons violant cet accord, les réexpédiant tout droit en enfer. Mais certains semblent depuis quelques jours se réincarner sur Terre...
En plus d’être adapté de la bande-dessinée Hellblazer et de proposer un pitch prometteur,
Constantine est habité par des personnages étonnamment sombres pour un film de cette envergure. John Constantine est ainsi un être blasé, solitaire, fumeur invétéré depuis l'âge de quinze ans, ce qui lui vaut à sa quarantaine un cancer des poumons en phase terminale. N'ayant plus que quelques mois à vivre, continuant à fumer comme un pompier, mais surtout étant blasé car connaissant l'au-delà et sachant ce que "être mort" signifie, il traîne derrière lui une noirceur et un désespoir pour le moins inquiétants. Si les premières images du film annonçaient un
Matrix-Like dans son esthétique, il n'en est au final rien. Keanu Reeves incarne un personnage à mille lieues du très propre-sur-lui Neo, paraissant même empâté et physiquement peu au point. A partir de ces éléments, Francis Lawrence balade sa caméra de manière certes parfois conventionnelle, mais fétichisant au détour de nombreux plans des détails d'un décor, d'un personnage, à l'aide de travellings et cadrages habités. C'est là la principale qualité de Constantine : receler une véritable touche personnelle parfois dérangeante dans ses recoins.
Malheureusement l'histoire veut que les producteurs demandèrent à Lawrence de retourner certaines scènes pour alléger le côté sombre du film, valant au film un certain retard de sortie (Février 2005 au lieu de Novembre 2004). Cette touche personnelle est alors noyée dans une suite de scènes à la fois linéaires dans leur narration, mais déstructurées dans les émotions qu'elles dégagent. Un certain Akiva Goldsman est en effet passé par là, retouchant le scénario comme il a si bien su le faire avec
I, Robot par exemple, c'est à dire atténuant la noirceur par des gags ou gimmicks un peu lourdingues. Le résultat amène entre autres quelques problèmes de raccord bien visibles dans le montage, par exemple enchaînant un plan où un personnage est sérieux, le second rapproché où il rit, et le troisième à nouveau large où il semble soudainement tirer la gueule. On trouve aussi quelques personnages qui ne servent à rien, comme l'assistant de Constantine, une jeune tête à claque interprétée par Shia LeBeouf que l'on trouvait justement déjà comme faire valoir gratuit dans
I, Robot aux côtés de Will Smith.
Mais cet énorme défaut de
Constantine handicape dans ce cas non pas un cinéaste confirmé comme Alex Proyas, mais un débutant ayant déjà du mal à diriger ses comédiens. Outre les poses un peu ridicules de Keanu Reeves (il faut le voir s'allumer une clope comme un cow-boy), les deux personnages principaux devaient visiblement sur le papier entretenir une alchimie particulière. Celle-ci est bien présente dans les dialogues et le scénario, mais ne passe pas un instant en émotion sur les visages et la diction des acteurs. Cela concerne Keanu, Rachel Weisz, mais aussi presque tous les autres comme Djimoun Houssou peu crédible en sorcier millénaire semblant plutôt sortir de son ghetto, ou encore (le ponpon) un Lucifer sous les traits de Peter Stormare encore plus racoleur et ridicule que dans
Minority Report (la seule scène pitoyable du film de Spielberg, c'était lui).
Du côté esthétique,
Constantine tire ses faiblesses de ses ambitions. Les décors sont riches mais sans grande signification dès lors qu'il ne s'agit pas que d'un tableau religieux accroché à un mur. Comme si pour enrichir certains plans larges le réalisateur s'était contenté de les surcharger. Le décor de l'enfer est harmonieusement composé de maquettes et effets générés par ordinateur, mais là encore surchargé au point que l'on ne prend pas le temps de l'apprécier.
Il serait facile de dire que
Constantine est raté. Bourré de trouvailles et concepts sur le papier intéressants, ce blockbuster ambitieux s'avère malade, bancal et finalement aseptisé par ses tares. On sort de là sans ne plus trop savoir de quoi ça parlait, se remémorant peu après l'excellente bande-annonce et fantasmant le
Constantine dont elle aurait dû provenir.
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