L'HISTOIRE : Parce que sa fille refuse de l'inviter à son propre mariage (de peur d'avoir honte), Babou décide de se ressaisir. Elle, qui jusqu'à présent n'a jamais pris la vie au sérieux, tente finalement d'accéder à une situation un peu plus équilibrée... La voilà désormais prête à tout pour reconquérir son statut de « Mère ».
Un face à face aussi drôle que poignant, intense et redoutable d'efficacité
On se souvient de La vie d'artiste, sorti en 2007 et dans lequel Marc Fitoussi exploitait la folie douce d'une Sandrine Kiberlain alors au paroxysme de son Art. Cette semaine, le réalisateur s'intéresse à un autre cas, celui d'Isabelle Huppert, et bien plus encore. Une réussite totale, qui nous comble de bonheur.
Huppert, mère et fille
On pensait tout connaître d'elle. Mais non. Elle est une artiste parmi les plus illustres, continuant de nous surprendre, encore et toujours. Elle, c'est Isabelle Huppert. Près de quarante années de carrière. Divers classiques, drames, historiques et autres comédies. Un César. Onze nominations. Cinq aux Molière. Deux prix d'interprétation à Cannes... On pourrait en somme évoquer cette comédienne des heures entières. Car malgré cette « distance » qui lui est définitivement propre, Isabelle Huppert, aussi rare qu'inaccessible (tout du moins, en apparence), correspond à la définition-même de ce que doit être l'Acteur, à savoir un perpétuel renouvellement. Elle le prouve une fois de plus avec ce magistral Copacabana, où elle arbore un sens du délire et de l'humour comme jamais. Vive et surprenante, elle (ou plutôt son personnage) se démène de bout en bout, excentrique au possible, par nature d'une part, mais aussi dans l'espoir de reconquérir l'Amour de son enfant, aujourd'hui jeune adulte. Entre humour et détresse, Huppert conserve donc cette image de « clown triste », dans la continuité directe des Soeurs fâchées et de Huit femmes, à laquelle s'ajoute toutefois ici une émotion supplémentaire. L'explication repose sur l'unique présence de Lolita Chammah, fille d'Isabelle Huppert, à l'écran comme à la ville. Dès lors, elles livrent un face à face des plus poignants, intense et redoutable d'efficacité. La fiction n'y change rien. A l'instar du long métrage réalisé par Jacob Berger, Aime ton père (opposant Guillaume et Gérard Depardieu), on ne peut s'empêcher de penser à la réalité. Bien que peu médiatiques, leur existence (et les divers rapports qui en découlent inévitablement) trouve au sein de cette oeuvre un incroyable écho, ne serait-ce qu'en raison du jeu et de la mise en situation imposés par l'intrigue.
Isabelle Huppert y confirme son immense talent (ce qui devrait sans nul doute raffermir ses inconditionnels et lui permettre d'en obtenir de nouveaux), Lolita Chammah, quant à elle, le démontre. Ce n'est pas la première fois qu'elle se retrouve face à sa mère (Une affaire de femmes, Malina, La vie moderne...), et suite à diverses expériences, malheureuses ou enrichissantes (18 ans après, Les Bureaux de Dieu, La femme invisible...), elle se révèle enfin avec magnificence. Peu importe sa parenté avec Isabelle, la voilà entrée dans la cour des Grands. On peut d'ores et déjà compter sur elle dans les années à venir. Un espoir à suivre de très très près...
Cerises sur le gâteau
Au delà, Copacabana regorge de surprises et innombrables merveilles. Si l'on a insisté sur la performance des deux héroïnes principales, on se doit également de mentionner une pléiade de seconds rôles, tous aussi incontournables les uns que les autres, tels Aure Atika (il serait temps de la remarquer, ici brillante à souhait), Noémie Lvovsky (dont on ne veut plus se passer), sans oublier Luis Rego, fidèle à lui-même, et par conséquent épatant. Chacun s'avère être à sa place, dirigé de main de maitre par un Marc Fitoussi à l'inspiration grandissante. Il les sublime ainsi tour à tour, au même titre que la ville d'Ostende, décidément au coeur de la production cinématographique française, actuelle et passée (Armaguedon, Place Vendôme, Les Parrains, Rapt, Trésor...).
Pour conclure, on ne saurait trop vous recommander ce petit bijou, sensible, profond, et néanmoins divertissant. Une future référence...
Gilles BOTINEAU
Retour sur quarante années de cinéma avec Isabelle Huppert, à l'occasion de la sortie en salles cette semaine du fascinant Copacabana, réalisé par Marc Fitoussi.