Après s’être fait connaître en incarnant le célèbre Ross de la sitcom américaine culte Friends (dont il a d’ailleurs réalisé une dizaine d’épisodes), l’acteur David Schwimmer réalise aujourd’hui son premier long métrage ciné en s’attaquant à un genre moins aisé qu’il n’y paraît : la comédie romantique. Et autant le dire tout de suite, fort de son expérience sur la fameuse série et accompagné d’acteurs de premier plan dont l’excellent Simon Pegg, Il s’en sort avec les honneurs.
COURS TOUJOURS (Run, Fat boy, Run)Un film de David Scwhwimmer
Avec Simon Pegg, Thandie Newton, Hank Azaria, Dylan Moran, Harish Patel
Durée : 1h37
Date de sortie : 05 mars 2008Cinq ans après avoir laissé l’amour de sa vie seule et enceinte devant l’autel matrimonial, Dennis, toujours célibataire et amoureux de la belle Libby, vit dans un sous-sol aménagé de vieil ado et partage son temps entre la garde de son adorable marmot et son travail de vigile dans un magasin de lingerie. Empâté, fainéant et résigné, Dennis va cependant prendre comme un électrochoc l’arrivée dans la vie de son ancienne dulcinée de Whit, un golden boy ultrabrite sportif et plein aux as. Voyant dans le futur marathon londonien de 42 km une occasion de prouver à la douce qu’il a changé et qu’il vaut mieux que le lâche qu’il fût jadis, Dennis va prendre le pari de courir l’évènement jusqu’au bout. Débute alors un lourd apprentissage pour celui qui se fait distancer par des travelos en talons se payant sa tête…Après avoir ensoleillé nombre de sitcom anglaises (
Spaced en tête, mais aussi quelques apparitions savoureuses dans Dr Who ou encore
la ligue des gentlemen), le comique britannique Simon Pegg a imposé sa joie communicative et son jeu dynamique en explosant récemment les écrans avec le doublé
Shaun of the Dead/
Hot Fuzz, dont il a co-signé le scénario. Des œuvres aussi référentielles qu’intelligemment fun, respectant autant les spectateurs qu’elles les tordent de rire et qui lui apportèrent presque instantanément une horde de fans avides de ses performances. Autant dire qu’il est donc désormais inutile de prêcher des adeptes conquis pour qui désormais la présence de l’acteur dans quelque projet que ce soit est devenue un signe de qualité. Mais alors que la plupart de ses collaborations étaient jusqu'à présent réservées à un public averti, pour ne pas dire complètement geek (une comédie horrifique dégoulinante, un polar hautement référentiel, un trop court second rôle dans Mission : Impossible 3… une tendance qui ne va d’ailleurs pas s’arrêter de sitôt puisque l’acteur participera bientôt au futur
Star Trek de JJ Abrams…),
Cours Toujours semble bien parti pour faire connaître le trublion à un public plus large, le film s’imposant comme une comédie familiale aussi classique qu’elle est réussie.
Première réalisation d’une telle envergure pour David Schwimmer,
Cours Toujours va bénéficier de la grande expérience de l’acteur (10 ans tout de même dans la série Friends pour ne citer que cela) alors que celui-ci saura s’entourer dans un premier temps de collaborateurs avisés, qui décident tout d’abord de déplacer la comédie du New York pour laquelle elle était prévue à la capitale anglaise, Londres. Un certain décalage qui va non seulement permettre un œil neuf sur la ville (David Schwimmer étant américain), mais également une réécriture dirigée par Pegg (que Schwimmer rencontra précédemment sur le tournage du
Big Nothing de Jean-Baptiste
Dead End Andrea) afin d’adapter certains pans du script à la culture locale. Une transposition qui va permettre de perdre en gigantisme ce que les personnages vont gagner en intimité, d’autant qu’à ce niveau, le film ne souffre d’aucune erreur de casting.
On retrouve ainsi en plus de Simon Pegg, une Thandie Newton (
Collision,
Les Chroniques de Riddick,
Beloved) absolument craquante dans le rôle de Libby, une partition de mère célibataire surprenante et que l’actrice incarne avec sensibilité. Déjà apparu en guest dans Friends, Hank Azaria, plus connu pour ses participations à la version originale des Simpsons (où il personnifie de nombreux personnages tels que le chef Wiggum, Moe ou encore Cletus), endosse pour sa part le rôle du beau gosse riche et imbu de lui-même, avec cependant une certaine retenue qui permet de rendre son personnage plus subtil en première partie que les habituels canons caricaturaux du genre. Mais le pompon reviendra sans conteste à Dylan Moran. Rouspéteur insupportable dans
Shaun of the Dead et surtout libraire asocial et désinvolte dans la série
Black Books, l’acteur reprend son flegme légendaire pour incarner avec délice le cousin de Libby et surtout meilleur ami de Dennis, le poussant au train dès que l’occasion se présente, sans oublier de se balader à moitié à poil la cloppe au bec. On n’oubliera évidement pas de mentionner la partition d’Harish Patel en proprio/voisin indien hautement décalé et sympathique.

Incarnant un parfait avatar de loser, Pegg campe donc Dennis, un vieil adolescent ayant gâché sa vie sur un coup de tête et vivant dans un éternel après-coup douloureux entre un job sans avenir, une culture de vieil ado et un sous-sol qu’il loue à une famille hindoue et dont il oublie constamment les clés. Seul soleil de son existence, son fils Jake avec qui il peut se permettre de rester un grand enfant, et qui lui permet également de rester dans la vie de celle qu’il désire toujours mais à qui il a causé un tort insurmontable. Classique dans sa structure, le film va donc narrer sans trop de surprises dans son déroulement et ses évènements la remontée de ce personnage sortant des égouts pour s’élever en héros afin de reconquérir celle qu’il aime. Mais tandis que l’histoire en elle-même ne restera pas dans les annales, son traitement et ses spécificités en font une œuvre hautement appréciable. Les gags, tant de situations que visuels, pullulent (avec un ton parfois irrévérencieux toujours assumé) et il est réellement difficile de s’ennuyer devant le métrage tant le rythme est travaillé au millimètre. Mais outre les gags, c’est donc dans la peinture des personnages que le film va se révéler attachant. Ainsi, les drames vécus par les personnages (Libby se voit livrée à elle-même le jour de son mariage, Dennis vit un drame permanent amplifié par l’arrivée du golden boy…) s’inscrivent dans une logique sociale touchante et dépeinte avec intelligence, rendant ainsi les situations encore plus drôles car portées par une véracité décalée, lointaine des délires incompréhensibles de comédies poussives. Et c’est cette véracité, tout d’abord hilarante et fraîche, qui va également véhiculer tout au long du film une émotion puissante qui balayera le spectateur à son apogée.

Au final,
Cours Toujours se révèle être un véritable bol d’air frais, léger et sucré. Un film mariant à merveille les codes classiques de la comédie et le dynamisme moderne d’une nouvelle génération de comiques toujours aussi décapante, idéal pour se déconnecter totalement et passer un agréable moment tendre et fendard. Difficile de faire al fine bouche devant pareil festin !
Note : 8/10David Brami