L'HISTOIRE : Dans une Amérique futuriste, les prisonniers sont contraints de participer à de très violentes courses automobiles dans des arènes fermées. C'est dans ce contexte qu'un homme qui doit être libéré dans quelques semaines se voit assigné à participer à l'une de ces courses. Celle-ci est une course à la mort ! Il devient alors l'un des favoris du public qui le connaît sous le nom de Frankenstein...
Combien d’entre nous avaient plus d’une fois protesté contre la réelle légitimité qu’un gars comme Anderson puisse s’atteler à des films aux budgets pleins à craquer mais surtout à des franchises qu’il aurait été regrettable d’écorcher alors que tant d‘autres ramaient dans leurs coins pour quémander quelques copecks salvateurs ? Combien d’entre nous ont haït le type qui réalisait ses rêves en foutant en l’air ceux des autres ? Pas la peine de chercher bien loin : tous ! Nous avons tous jeté la pierre sur la trogne de ce grand benêt qui balançait de la techno sur un peu tout et n’importe quoi et qui réinventait la mythologie Predator à grands coups de pyramides Mayas… Pourtant, quelques uns, restés encore lucides malgré l’animosité naturelle ambiante, avaient eu la chance d’être surpris par le passé : s’il ne s’était pas révélé sous ses meilleurs jours avec Shopping en 1994 et le plaisir -très- coupable Mortal Kombat et s’il s’était carrément grillé dès les années suivantes avec Resident Evil ou AVP, il avait néanmoins eu quelques élans révélateurs. Event Horizon le vaisseau de l’au-delà, par exemple, fait partie de ces films aux concepts fascinants et ayant tout pour eux mais qui se voient gentiment esquinter par le manque de maturité de leur auteur : malgré la réelle volonté de bien faire, le chien fou se perdait dans la recherche de lui-même et d’un style propre entre un académisme indispensable et la démence tromboscopique vers laquelle il penchait inévitablement. La vraie révélation se fera cependant l’année suivante : sa collaboration avec sieur Kurt Russell fut tel un électrochoc prometteur, les deux construisant main dans la main une série B de science fiction à la fois totalement dans la tradition instaurée par Heinlein et radicalement encline à se montrer paradoxalement percutante et bouleversante. Le temps d’un film mal exploité et mal vendu, pris dans la tourmente d’une réputation en chute libre, les aventures de Todd se retrouvèrent directement exilées dans les sombres rayons des vidéoclubs les plus miteux. Empreint d’une étrange poésie et fort surtout d’une vision d’auteur, Soldier annonçait la possibilité, un jour, de découvrir un Anderson adulte…
Ne nous enflammons tout de même pas puisque, oui, la crise de l’adolescence semble bien s’être conclue chez lui mais, bizarrement, pas comme on pouvait s’y attendre. Il semble évident qu’il s’est passé quelques choses dans la tête du réalisateur pour que, du jour au lendemain, il décide de s’atteler au remake d’un classique alors même qu’il en détenait les droits depuis plusieurs années sans oser y toucher : il semble enfin avoir assumé le fait d’avoir été -et d’être encore- un vieux gamin que trois explosions éclatent et que l’arrivée de bombes sexuelles excite. Il semble totalement admettre que l’adrénaline que lui procurent des bastons viriles peut être transmissible au public et qu’il n’y a rien de honteux à choyer la série B burnée à condition de le faire avec respect mais sans pour autant crier au génie... C’est donc dans cette intégrité surprenante qu’Anderson se place en général de son défilé de bolides de l’enfer, avec toujours l’énergie qu’on lui connaît mais surtout avec un recul incroyable sur ses œuvres précédentes. Ainsi, il semble avoir assurément assimilé la dimension « pétard mouillé » de l’ensemble de son œuvre et, sans doute rassasié -et rassuré- par l’excessif et jouissif Doomsday de Neil Marshall, il s’aventure en chef d’orchestre d’une fanfare amenée à perdre un à un ses instruments. Comprenant enfin les attentes extérieures et ne répondant plus uniquement à ses désirs personnels, il propose un divertissement à l’étonnante efficacité durant lequel le metteur en scène se pliera en quatre pour réinventer chaque rebondissement pourtant assez prévisibles. Prévisibles non pas par un défaut de mise en scène -au contraire, elle risque d’en surprendre plus d’un- mais par un scénario qui tient écrit sur un ticket de cinéma. « La course à la Mort » : ça causera donc de compétition extrême… Mais encore une fois, les choix d’Anderson surprendront les plus exigeants !
Ne comprenant sans doute pas toutes les provocations et les dénonciations du film produit par Corman, Paul n’aura gardé en mémoire que les sentiments primaires lors de la projection du film : un type nommé Frankenstein porte un masque énigmatique et est pris dans une course automobile cruelle et sans limite… Démarche intéressante et plutôt honorable finalement de s’appliquer à travailler son matériau pour procurer les mêmes ressentis du passé au spectateur qui, bien évidemment, en aura pour son grade. Car passées les quelques minutes introductives, inutilement épileptiques mais agréablement sidérantes puisque osant montrer un type avec un masque horrible portant le nom du savant terrible, on se laisse bientôt aller aux joies que peuvent procurer un divertissement qui s’annonçait comme estampillé « raté » et qui bizarrement passionne. Bourrin, excessif, sexy quand il faut et testostéroné en permanence, le film surprend par la maestria improbable du metteur en scène dans la réalisation de ses courses : insistant pour que les cascades et les effets pyrotechniques soient faits à l’ancienne, il prouve un soudain potentiel qu’il avait déjà esquissé au détour de quelques plans ici et là dans le reste de son œuvre et plus précisément dans Soldier. A la différence près que pour son dernier bébé, il refusera de frustrer son public.
Plus encore que les palpitantes compétitions et la faculté que possède Anderson à rendre le spectacle ludique (les conditions pour déclencher les armes sur les véhicules rappellent génialement Mario Kart !), c’est la présence de Statham au volant qui réjouira : non seulement il semble incarner, de mieux en mieux et rôle après rôle, l’icône de l’anti-héros sympathique, mais surtout, par son étonnante puissance physique et sa morphologie de plus en plus robuste et athlétique, il se présente comme postulant le plus respectueux et le plus crédible des anciens colosses qu’étaient Sly, Schwarzy et autres Willis… Sans scrupules, jusqu’au-boutiste et méchamment impressionnant, il se rappelle à nous, bien décidé à occuper le trône d’action man de l’année : en témoigne sa prestation musclée chez Anderson à laquelle s’ajouteront celles de Le Transporteur 3 en novembre et Hyper tension 2 prochainement. Usant en plus de son humour muet et pince-sans-rire habituel, il s’intègre finalement à merveille dans le cynisme ambiant que déploie très discrètement le réalisateur : la critique acerbe d’un système tout entier étant sans doute trop lourde pour lui, il se contentera que du microcosme de la télé-réalité, n’hésitant pas à appuyer avec humour sa déviance et les risques démesurés qu’elle peut entraîner. Associant à fond sa mise en scène et rétablissant enfin le bon ordre (il avait tendance à plier le film à sa réalisation !), Paul W.S. Anderson semble enfin en adéquation avec son sujet et ses désirs premiers. Aussi si la surprise provient avant tout du fait que nous n’attendions rien du projet, c’est surtout la soudaine maîtrise du monsieur qui réjouit… Jason Statham est à l'affiche du film Expendables : unité spéciale. C'est donc une occasion de se pencher sur sa carrière au travers d'un top 10 box-office.