L'HISTOIRE : Angleterre, 1934. Dans un pensionnat de filles isolé sur une île, Miss G est une vraie idole pour ses élèves. Belle et charismatique, ce professeur de plongée fascine les jeunes filles par sa liberté de ton et son culot. Entre deux bouffées de cigarette, elle leur raconte ses fabuleux voyages à travers le monde. Mais cet équilibre est bouleversé le jour où une nouvelle élève débarque sur l'île. Aristocrate venue d'Italie, la gracieuse Fiamma vole la vedette à Di, l'ex-préférée de Miss G.
Un drame psychologique prévisible et corseté, au sein d’un pensionnat féminin.
Pour son premier long-métrage, Jordan Scott (fille de Ridley, nièce de Tony et sœur de Jake) adapte un roman de Sheila Kohler (Cracks, 1999). Déplaçant le récit initial de l'Afrique du Sud des années 1960 vers l'Angleterre des années 1930, la réalisatrice s'inscrit dans la tradition d'un sous-genre cinématographique, le drame en pensionnat féminin.
Même si officiellement, Miss G (Eva Green) n'est qu'une prof de natation, elle est un peu la star du pensionnat. Parée comme une gravure de mode 30's, clope au bec et rouge aux lèvres, la vamp hypnotise ses jeunes élèves avec d'incroyables histoires de voyages en Inde ou en Afrique. Sa puissance de fascination sur les adolescentes, au sein d'un lieu dédié à la discipline, la hisse au rang de gourou. Ainsi, sur une trame libertaire proche du Cercle des poètes disparus, Jordan Scott tente d'agréger le décorum onirico-funèbre hérité d'un autre film de Peter Weir, Picnic at hanging rock (splendide film qui a inspiré à Sofia Coppola son Virgin Suicides).
Descente aux enfers
Dans Cracks aussi, donc, le pensionnat féminin sera désigné comme théâtre de la fin de l'innocence. Car la divine idylle entre Miss G, Di et ses copines, s'assombrit le jour où une nouvelle débarque dans leur paradis confiné. Fière, belle et rebelle, Fiamma plait à Miss G, qui voit en elle son idéal de liberté : Fiamma a beaucoup voyagé, Fiamma fait de beaux sauts sur le plongeoir, etc. Mais la jeune aristocrate italienne horripile les autres filles, forcément jalouses, et en particulier Di, l'ex-préférée de la prof de natation. Objet de désir d'un côté et de haine de l'autre, l'étrangère va devenir l'épicentre d'un épisode tragique, craquelant progressivement le vernis d'une communauté plus frustrée qu'elle ne veut bien l'avouer. Sagement, Cracks déroule alors le fil d'une intrigue déjà vue ailleurs, notamment dans La Rumeur de William Wyler (1961) : une progressive descente aux enfers dans un univers exclusivement féminin, sur fond de lynchage, de mensonges et de saphisme.
Amidonné
N'évitant pas les clichés, Jordan Scott échoue à donner vie à ce thriller psychologique corseté : censée être ambiguë et choquante, l'intrigue prévisible n'est pas même sauvée par ses pachydermiques trouées « oniriques », platement illustratives (Ex : le bain de minuit au ralenti). John Mathieson, le directeur de la photo officiel du « camp Scott » (Gladiator de Ridley, Ennemi d'Etat de Tony, Guns 1748 de Jake), a beau assaisonner l'image de spectaculaires clairs obscurs vaporeux (pour le côté huis clos funèbre) et d'élégants contre-jours mystiques (pour l'aspect insaisissable de l'adolescence), le film dégage une impression d'artifice illustratif et amidonné. Dans son dernier mouvement, malgré les efforts d'Eva Green pour noircir son personnage (en faisant les gros yeux), le film atteint des sommets de balourdise avec sa coda positive, archi-consensuelle. « Cracks » veut dire fêlures, lézardes. Lisse et lustré comme une pub pour un parfum Dior, le premier film de Jordan Scott manque pourtant cruellement d'aspérités.
Eric VERNAY
Parcours d'une actrice au charme fascinant qui a su imposer la profondeur de son regard et son charisme exceptionnel, même au sein des plus grosses productions.