Que ce soit à travers le titre d'un de ses films (
Fist of Fury 91) qui finalement n'a rien à voir, ou des hommages bien appuyés comme dans son très beau mais très méconnu
King of Comedy (la pièce de théâtre vue dedans est justement
Fist of Fury), la scène finale
The Tricky Masters de Wong Jing, ou plus récemment dans
Shaolin Soccer et son goal drapé de jaune poussant des petits cris bien reconnaissables, Stephen Chow a toujours voué une admiration sans bornes à Bruce Lee. Quoi de plus normal alors que de le voir un jour réaliser son propre film dans la pure veine de ceux de la légende incontestée du kung-fu. C'est chose faite avec
Kung Fu Hustle, la comédie non-sensique évidemment en plus !
KUNG FU HUSTLE (Gong Fu) Un film de Stephen Chow
Avec Stephen Chow
Durée : 1h34
Sortie France : 08 Juin 2005Shanghai, 1940. Le gang des haches sème la terreur sur toute la ville. Seul un petit quartier pauvre résiste, quelques uns de ses habitants étant des maîtres kung-fu reclus. Sing (Stephen Chow), rêve pour sa part d’intégrer ce gang, de devenir un vrai méchant. Débarquant dans le village pour semer la terreur, il va se retrouver au milieu d'une guerre entre les habitants et le gang.Après le succès mondial de
Shaolin Soccer, on attendait Stephen Chow (Chow Sing-Chi pour les intimes) au tournant. Les rumeurs d'une suite vite avortées pour de sombres problèmes de droits, le voici avec
Kung Fu Hustle, sa première production sous l'égide d'un grand studio international, Columbia, déjà à l'origine de
Tigre et Dragon. Un détail financier qui se ressent dès les premières secondes du film :
Kung Fu Hustle présente soin esthétique inédit pour le réalisateur/comédien, porté par une photographie colorée et des moyens gigantesques.
Adepte de la comédie non-sensique autant que du Kung-Fu et de la violence, on aurait pu craindre que Chow ne sacrifie son goût pour les extrêmes dans chacun de ces domaines au profit d'une internationalisation mercantile de sa recette. Il n'en est rien. Ou du moins presque rien. La caricature de sa période post football aurait été une sorte de comédie avec des effets spéciaux partout, et très gentillette pour plaire à tout le monde. A la place,
Kung Fu Hustle opte pour une approche radicalement opposée, surprenant par sa violence sauvage, ses flots de sang, et son sadisme prononcé. Dans ce mélange, la comédie se noie un peu, mais reste largement présente ne serait-ce qu'à travers quelques personnages ou scènes purement cartoonesques, rendant hommage à l'esprit de Tex Avery et empruntant à l'imaginaire de Terry Gilliam. On citera entre autres une course-poursuite à pied hilarante empruntant à la fois à Bip-Bip, à la mise en scène de Tex Avery (mimiques et musique), et aux Aventures du Baron de Munchausen pour ses cadrages et effets spéciaux.
Le personnage principal, incarné par Stephen Chow lui-même, fait également plaisir à voir. Loin des poncifs mille fois usés du film de kung-fu, tel un "Jackie Chan Drunken Master élève maladroit qui rêve de devenir comme son maître ce qu'il fera en vengeant sa mort à la fin", Sing est un "bon" qui s'ignore et veut absolument devenir méchant. Cette sorte de petit gamin capricieux, fort en gueule et nul en kung-fu (du moins c'est ce que l'on croit) verra alors toute sa perfidie se retourner constamment contre lui, l'humiliant pour notre plus grand plaisir, par n'importe qui et surtout les plus faibles, dans des scènes à l'humour itératif propre au réalisateur toujours aussi efficace. Alors qu'il doit faire ses preuves en tuant quelqu'un, Sing connaîtra son heure de gloire en volant... une glace à la vanille à une pauvre muette sans défense, marquant son méfait d'un rire sadique irrésistible de méchanceté. Même si sa transformation finale en justicier (on ne gâche pas le suspense là...) reste l'un des détails les plus bâclés du film, le développement du personnage en reste l'un des points forts.

Mais
Kung Fu Hustle , c'est aussi et évidemment des scènes d'actions. Pour celles-ci, Stephen Chow délaisse le bricoleur fou de câblages Ching Tsiu Tung (chorégraphe de
Hero, réalisateur des
Histoires de Fantômes Chinois) qui signait la furie de
Shaolin Soccer, au profit de Sammo Hung et surtout Yuen Woo Ping (
Matrix,
Tigre et Dragons), le premier s'étant éclipsé vite fait au milieu du tournage. Le film est ainsi ponctué de nombreuses et longues scènes de combat jouant la surenchère d'effets les unes après les autres, et qui pourraient chacune constituer le final d'un film d'action classique. Pourtant force est de constater que ce que l'on gagne en technicité et effets spéciaux est un peu perdu en magie. Le joli petit foutoir hystérique euphorisant des précédents films de Chow laisse ici la place à des combats plus sages, plus linéaires... et au final plus mous.

Cette réserve n'est valable que pour une partie (déjà importante) du film, d'autant que l'imagination du réalisateur donne naissance à quelques scènes anthologiques. Hormis la destruction spectaculaire et complète d'un casino, vient marquer les esprits une scène où sont confrontés les trois maîtres kung-fu du quartier pauvre à deux assassins armés d'un instrument de musique pour le moins dévastateur. La mise en scène de ce passage en fait un véritable morceau d'anthologie, introduit par un travelling latéral suivant un des personnages et où il se "passe quelque chose" à l'écran d'inquiétant que l'on devine à peine. Le combat qui suit à coup de sabres géants mêle alors grâce, musique et brutalité, pour un résultat remarquable.
Bourré d'hommages à tout va - Matrix et ses agents Smiths, Spider-Man et sa morale sur la responsabilité, Shining et ses rivières de sang dans des couloirs inquiétants –, drôle quand il prend le temps de l'être et violent le reste du temps,
Kung Fu Hustle incarne le film typique sorti d'Hong Kong que l'on regarde avec un énorme plaisir sans hésiter à le revoir dans la foulée. Pourtant, et principalement de par le choix du chorégraphe (on en a marre de Yuen Woo Ping et ses chorégraphies radoteuses depuis Matrix),
Kung Fu Hustle laisse un petit goût d'inachevé que ses quelques scènes à jamais mémorables ne pourront pas faire oublier.
MONTAGE ET CENSUREA la vision de
Kung Fu Hustle, on est en droit de se demander si une version longue ne sortirait pas dans les prochains mois, à l'instar de Shaolin Soccer en 2001. En effet quelques passages obscurs dans la narration laissent deviner des coupes un peu regrettables, d'autant que si elles étaient absentes, on se prend à rêver que le rythme global serait plus soutenu.
Un des plans rajoutés dans cette version DVD
Un des plans rajoutés dans cette version DVDUne chose est certaine en attendant : la version présentée sur le DVD zone 3 est déjà différente de celle diffusée dans les salles chinoises, rajoutant un peu de violence sur le film à travers quelques plans alternatifs, et surtout beaucoup de jets de sang supplémentaires. Entre autres, on peut relever la chute d'un pot de fleur au début du film sur un crâne, qui laisse échapper dorénavant une petite flaque de sang. Vient ensuite le coup de poing que se prend Stephen Chow d'une fermière, agrémenté cette fois-ci d'un jet de sang venant éclabousser cette dernière. L'une des scènes les plus violentes du film, à savoir Stephen Chow se faisant défoncer le crâne à coup de poing, gagne également en intensité à travers là encore un jet de sang bien généreux supplémentaire, et un plan réinséré où l'on voit la main de son assaillant dégouliner de son sang.
Cette version non-censurée apporte donc son petit lot de rajouts sanguignolants bien violents à l'image, mais ne change absolument pas la durée du film.