Si ses « Petites Annonces » ont su trouver un public toujours aussi friand de personnages atypiques généralement irrésistibles, cela ne suffisait pas à notre ami Elie Semoun qui ressentait ce besoin, souvent inexplicable, qu'ont tous les humoristes, celui de faire carrière au cinéma. En ce sens, nous comprenons parfaitement la démarche de cet homme. La plupart de ses collègues ont d'ores et déjà franchi le cap. Il ne pouvait donc en rester là. Après quelques participations en tête d'affiche de longs-métrages plus ou moins comiques et aujourd'hui complètement oubliés (
Tout doit disparaître,
Le clone,
Charité Biz'ness...), il se devait de "réaliser" SON film, dont il serait, à l'instar de Franck Dubosc, Jean Dujardin ou bien encore Jean-Marie Bigard, l'auteur et le comédien principal. Comme on ne change pas une recette qui marche, Elie choisit donc d'adapter sur grand écran les aventures de Cyprien, célèbre personnage créé à l'occasion des « Petites Annonces », et dont les principales caractéristiques se résument en une énorme paire de lunettes, les cheveux gras, et les dents pourries... Son objectif est de connaître l'Amour.
Jusqu'ici, rien d'inquiétant. D'autant que cette comédie prévoyait une bonne dose de fantastique, le tout saupoudré de satire sociale. En résumé, un savant mélange entre
Docteur Jerry et Mister Love et
Steak. Cependant, le résultat est hélas tout autre.

La principale réussite de
Cyprien repose sur son casting. En effet, les auteurs ont eu cette charmante idée de faire appel à des comédiens venus d'horizons différents. Ainsi donc, on y retrouve Jean-Michel Lahmi (
Poltergay,
Mensonges et trahisons et plus si affinités) ou bien encore Vincent Desagnat (ex-complice de Michael Youn, vu dans
La Beuze,
Le carton et
Les dents de la nuit), sans oublier Mouloud Achour, tout droit sorti du Grand Journal sur Canal +, et enfin Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie Française, principale révélation du film
Ensemble c'est tout en 2007. Les trois premiers demeurent fidèles à leur réputation ; ils appartiennent à cette « famille » d'acteurs que l'on croise régulièrement dans ce genre de comédie populaire, sans y prêter une grande attention. Quant à Stocker, il agace, purement et simplement, par un jeu excessif continu. Sa crédibilité en palie et l'acteur atteint donc un niveau de ridicule souvent gênant. Il sombre rapidement dans les pires clichés propres au "méchant de service", affublé d'un costume ridicule, et promenant un air vaniteux tout au long du métrage. Il n'est donc pas difficile d'imaginer le sort qui lui sera réservé à la fin. En somme, un personnage sans saveur, ni surprise. Dommage. La production espère alors nous gâter en nous offrant, telle une cerise sur le gâteau, la grande Catherine Deneuve dans l'un des rôles les plus importants du film, celui de la rédactrice en chef. Elle n'exécute ici, hélas, que son numéro habituel, celui d’une "femme du monde" plutôt autoritaire, à laquelle le spectateur ne s'attache jamais, la faute à un développement relativement mince. Nous n'insisterons pas sur la performance d'Elie Semoun, certes réduite, mais qui reste proche du héros d'origine. Son seul défaut, finalement, est d'être plus efficace le temps d'un sketch que sur 90 minutes de pellicule. Par ailleurs, Cyprien est ici beaucoup trop caricatural, et donc peu crédible. Le personnage n'amuse plus et n'émeut à aucun moment, malgré de nombreux efforts accomplis par les scénaristes, qui ont cherché à le rendre plus humain. En vain.

L'écriture semble être la faille principale de ce long-métrage, et de nombreuses lacunes viennent l’illustrer, comme le mélange des genres qui n'est ni suffisamment développé, ni assumé et du coup l’élément « fantastique » se révèle rapidement n’être qu'un vulgaire prétexte. Cyprien reçoit à domicile un étrange déodorant qui va lui permettre de changer physiquement. Qui lui envoie ? Quelle en est la raison ? On ne le saura jamais. Pour l'anecdote, l'objet lui est livré par une sorte de cosmonaute, sorti de nulle part et respirant à la manière de Darth Vader. Cela n'étonne d'ailleurs en rien notre héros qui le range très vite dans sa salle de bain. En outre, le sens caché de cette séquence reste assez douteux. Si l'on résume, pour qu'un geek soit beau, il doit d'abord commencer par se désodoriser... On a connu plus fin. Mais tel est l'esprit du film qui, dans son ensemble, ne propose qu'une succession de gags poussifs, souvent gratuits. Ainsi, la séquence où l'on voit Vincent Desagnat parcourir la France entière en vélib' est à peine exploitée, tout comme celle de l'affrontement entre deux groupes de « geeks », l'un d'origine européenne, l'autre asiatique, chacun sur son trottoir, et dont la « bataille » se limite à une simple attaque verbale, beaucoup trop proche des « casses » façon
Brice de Nice pour paraître originale.
A contrario, la mise en scène semble avoir été davantage réfléchie, mais se révèle finalement inadéquate à l'histoire racontée. La réalisation de David Charhon tente de garder un esprit « jeune » par le biais d'un montage rapide et des transitions osées. En conséquence, le film ressemble beaucoup plus à un mauvais clip qu'à un vrai long-métrage. La bande « originale », constituée principalement de tubes datant des années 70-80, le prouve parfaitement. Dès lors, l'oeuvre perd très vite de sa personnalité et se transforme alors en une sorte de best-of dont on se désintéresse complètement. De la même façon, les références cinématographiques ne manquent pas. Elles se limitent cependant à de simples affiches, parsemées tout au long du film dès qu'un décor s'y prête, que l'on soit chez Cyprien, dans son bureau ou bien chez sa dulcinée. Et rien n'est oublié :
Indiana Jones,
Star Wars,
Les Goonies,
Retour vers le futur,
Dirty Dancing... Si les premières citations amusent, on s'agace très vite devant ce manque d'inspiration. Toutefois, on préfère de très loin ce genre d'idées à un très gros plan de Cyprien cadré en-dessous de la ceinture, et affublé d'un horrible maillot de bain rouge avec lequel il prend régulièrement sa douche. Malgré la laideur d'une telle image, le monteur a quand même crû bon de la réutiliser plus de trois fois. Et dire que de jeunes artistes peinent encore à faire leur premier film...

Le mauvais goût atteint son summum lors d'une scène finale où le personnage interprété par Elie Semoun prend la parole et insulte littéralement tous les geeks. Selon lui, il s'agirait de « pauvres types », sans avenir et plutôt laids, mais qui, malgré cela, sont fiers de l'être car ils ont fait ce choix. On a beau ne pas se sentir concerné, une certaine gêne nous envahit. Comment peut-on proclamer de telles sottises ? C'est comme si Franck Dubosc avait osé dire du mal des campeurs... Au contraire, derrière la moquerie se cachait un réel hommage. Ici, ce n'est point le cas et le film se termine donc sur une note de méchanceté gratuite, peut-être néanmoins involontaire.

Au final,
Cyprien se révèle être une oeuvre navrante, au service d'un scénario classique, accumulant clichés sur clichés. Ce qui s'annonçait comme l'une des comédies françaises les plus prometteuses de l'année 2009 n'était en fait qu'un pétard mouillé. Espérons que
Safari,
Coco ou bien encore
OSS 117 : Rio ne répond plus ravivent la flamme... Quant à Elie Semoun, notre sympathie envers lui nous invite à espérer un avenir cinématographique plus glorieux.