Annoncé comme un OFNI depuis presque deux ans maintenant,
Danny the dog pointe enfin le bout de sa pellicule en France avant même son aventure américaine. Louis Leterrier nous avait joliment refroidis avec son premier film sous la baguette Besson,
Le Transporteur. Réussira t’il à éponger la dette envers ses spectateurs avec son nouveau long-métrage ? Rien n’était moins sûr à la vue de la bande annonce qui panache sans vergogne
Bloodsport et
La Leçon de Piano. Mais le résultat est heureusement ailleurs…
DANNY THE DOGUn film de Louis Leterrier
Avec Jet Li, Morgan Freeman, Bob Hoskins, Kerry Condon
Durée : 1h47
Site officiel/bande-annonce :
http://www.dannythedog-lefilm.comSortie : 02 Février 2005
Morgan Freeman et Jet Li dans DANNY THE DOG Véritable machine à broyer ses adversaires, Danny (Jet Li) est retenu en esclavage par Bart (Bob Hoskins) l’utilisant pour "convaincre" ses mauvais clients de le payer, et également à travers des combats à morts illégaux. Traité comme un chien (le mot est faible) avec tout l’attirail qui va avec (la cage, le collier..), il s’enfuit lors d’une altercation, laissant ses maîtres pour mort. Recueilli par Sam (Morgan Freeman), un accordeur de piano aveugle (ça fait beaucoup pour un seul homme) et sa fille adoptive Victoria (Kerry Condon), il va retrouver son humanité perdue.
On se lève tous pour Danny ! (ou presque)
Un pitch ambitieusement ridicule mixant sans complexe
BloodSport pour les combats,
La leçon de piano pour l’éveil et
La Mémoire dans la Peau pour l’amnésie bien pratique qui frappe notre héros, cela fait un peu trop pour être honnête. Surtout si l’on considère que le même Louis Leterrier avait réussi à plomber son précédent film purement d'action et donc aux prétentions bien moindres. Et là réside la première surprise de taille de ce chien de Danny : le côté sirupeux lorgnant vers Jane Campion dévoilé par la bande annonce se montre au final tout à fait digeste et ne constitue pas le ventre mou annoncé d’un film qui peut s’enorgueillir au contraire de jolis abdos.
Jet Li dans DANNY THE DOGCertes l’entreprise titube souvent sur la fine frontière qui tente de délimiter le grotesque de l’émouvant, et se sent obligée d’utiliser le second degré pour désamorcer des situations joliment cruches. L’équilibre est donc parfois hésitant et de grosses béquilles font souvent irruption en plein milieu d’une scène pour éviter à
Danny The Dog de sombrer dans le pénible. Ce que l’on perd en finesse est alors gagné en efficacité – une qualité que nous n'attendions pas il est vrai en premier lieu du dernier Jet Li.
Même la partie dramatique de
Danny The Dog se révèle suffisamment fluide pour être intéressante. Le mérite en revient aux acteurs qui restent crédibles même au niveau des petits rôles, pourtant souvent en défaut dans ce genre de production : ici les seconds couteaux sont affûtés à souhait et ne plombent pas l’ensemble et nous nous trouvons loin de la prestation incommensurablement désastreuse d'un Tchéky Karyo dans
Le Baiser Mortel du Dragon. Si on ne lui demande pas grand chose, Jet Li s’en sort plutôt honorablement dans les séquences de comédies. Rassurez-vous toutefois, il joue toujours aussi mal au piano à la fin du film ! Quant à Bob Hoskins et Morgan Freeman, ils s'avèrent quasiment parfaits tout du long, enfermés dans leurs personnages caricaturaux à l’extrême.
Jet Li dans DANNY THE DOGContrairement à de très nombreuses productions hybrides HK/occidents où le scénario ne sert que de fil rouge à un enchaînement de combats menant à la baston/partouze finale (un film d'action, c'est un peu comme un film X : on attend les scènes qui bougent et on se fout du reste),
Danny The Dog peut se vanter d’avoir un semblant d’histoire se contentant d'amener en douceur les petits affrontements parsemant le film. Les rares émotions dégagées sont donc suffisantes pour donner un véritable enjeu aux démembrements en tous genres, la règle d’or prônée par Jackie Chan – intéresser les séquences d’action par des enjeux dramatiques suffisamment forts – étant ici parfaitement respectée.
bob Hoskins dans DANNY THE DOGEt niveau combats, c'est le bonheur. Non pas au moyen de la démesure des chorégraphies, mais plutôt par la véritable violence graphique dans lequel baigne ce film presque sans compromis. Le ton est donné dès la première scène où notre Danny est lâché contre les hommes de main d’un mauvais client. Les coups fusent et font mal. Certes nous sommes loin des sublimes chorégraphies d’un Ching Tsiu Tung (par exemple) mais on ne perd pas au change. Les combats sont nerveux, souvent montés à l’aide de longues séquences (pas ou peu de surdécoupage) et pour la plupart vraiment soignés, rappelant du Corey Yuen grand cru, celui du sublime
Righting Wrongs et de quelque éclairs du
Baiser Mortel. Yuen Yoo Ping nous surprend positivement et semble s’être mieux entendu avec Leterrier que Corey Yuen sur
Le Transporteur !
L’influence de son récent travail sur
Kill Bill (spécialement le
vol.2) se ressent dans l’approche du chorégraphe. Les différents environnements sont particulièrement bien utilisés, et l'on assiste par exemple à un lattage en règle dans un cabinet de toilette ridiculement étroit rappelant le duel opposant The Bride à Elle Driver dans la caravane. Quant au côté nerveux de l’ensemble, il est assuré par une utilisation minimale et toujours judicieuse de câbles.
Jet Li, Kerry Condon et Morgan Freeman dans DANNY THE DOGLe combat dans l’arène à un contre quatre est à ce titre gentiment représentatif de la direction prise par le film. Graphiquement sobres et volontairement méchants, les coups procurent un réel plaisir de visionnage. Le spectateur se sent dans l’action et l’envie à moitié consciente de démonter la tête de son voisin nous gagne assez rapidement (Nd Kevin Prin : sympa, j'étais assis à côté...). Le pari est à ce niveau là totalement réussi …
Artistiquement, la photo est relativement soignée alternant joliment entre plans sales (les combats) et plus chaleureux (Morgan Freeman). A un détail près : le réalisateur ne sait toujours pas filmer les acteurs asiatiques. Après avoir rendu Shu Qi simplement quelconque dans son
Transporteur, sa caméra caricature la seule chinoise du film, et parvient à nous offrir la pire image de Jet Li jamais vu sur un écran, l’acteur étant souvent méconnaissable.
Jet Li dans DANNY THE DOGSi l'on reconnaît tout de même dans
Danny The Dog tous les tics du cinéma made in Europa Corp, ils s'avèrent ici minimisés par la sincérité et la naïveté du propos. On se retrouve devant certaines séquences qui auraient très bien pu figurer dans
Le Baiser Mortel du Dragon tant la mise en forme est souvent semblable. Ainsi la course finale à base de rabattage au Danny reprend le concept vidéoludesque de l’avant-final de la précédente collaboration Li/Besson, à savoir plein de bras cassés pour remplir l’écran et des boss de fin de niveau plus vindicatifs et surtout plus résistants. Certains raccourcis scénaristiques peuvent toutefois énerver et si de nombreux clichés nous sont épargnés, d'autres surgissent à l'écran. Mais dans l’ensemble,
Danny The Dog reste cohérent, le spectacle violemment assuré. Rajoutons à cela pour l'emballage une jolie partition signée Massive Attack, des notes de piano bien choisies et mises en valeur (la symphonie n°11 de Mozart), et nous n’en demandions finalement pas autant…

Après un parcours décevant à Hollywood, clôt dernièrement par le catastrophique
En Sursis, Jet Li revient sur les écrans français avec
Danny The Dog, seconde collaboration avec le producteur Luc Besson après
Le Baiser Mortel du Dragon. Cette fois c’est Louis Leterrier, réalisateur du
Transporteur, qui est aux commandes, et si son précédent film ne brillait pas par sa subtilité, le jeune réalisateur revient avec un film original qui nous fait découvrir la star chinoise sous un autre jour.
Jet Li et Morgan Freeman dans DANNY THE DOG Danny The Dog fait le pari risqué de jouer la carte du drame dans un film d’action, tout en partant sur un postulat qui a de quoi surprendre : Jet Li, connu dans son pays natal pour des rôles de héros mythiques, interprète ici Danny, un homme coupé du monde et élevé comme un chien ! Dès l’ouverture, l’idée est pleinement assumée puisque Bart, brillamment interprété par Bob Hoskins, retire le collier de Danny et lui donne l’ordre de se battre en prononçant le mot "attaque !". Dès lors, son esclave passe d’un état de quasi autisme à celui d’une rage qui semble incontrôlable, ce qui donne lieu à une première scène d’action d’une violence rarement vue ces dernières années dans une production destinée à un large public. Ce premier combat annonce la couleur :
Danny The Dog n’est pas un film destiné à nous faire planer avec des acteurs câblés et filmés au ralenti.
Jet Li et Bob Hoskins dans DANNY THE DOGMis à part l’emploi de quelques effets de changement de vitesse un peu abusifs, Yuen Woo Ping (
Matrix,
Tigre et Dragon) signe des chorégraphies impressionnantes et nous offre des combats brutaux où Jet déploie une fureur qu’on ne lui connaissait plus depuis longtemps puisqu’il faut remonter jusqu’à 1988 avec
Born To Defend pour le voir dans un état comparable. Le résultat est non seulement étonnant de rapidité mais aussi d’une fluidité qui rappelle les meilleurs moments du cinéma d’arts martiaux chinois. Finies les coupures intempestives après chaque mouvement, comme c’est trop souvent le cas dans les productions occidentales intégrant des arts martiaux. Le montage est ici efficace et percutant mais laisse l’opportunité aux combattants d’enchaîner jusqu’à dix mouvements sur un même plan, ce qui devrait ravir les amateurs du genre.
Mais
Danny The Dog est aussi une aventure humaine, l’histoire d’un homme reclus qui va redécouvrir des sentiments enfouis depuis des années. Sans rentrer dans des subtilités freudiennes, le personnage est traité avec force et émotion du début à la fin. La violence des combats trouve son sens en contrastant avec la chaleur humaine dégagée par les scènes réunissant Danny et le duo Sam (Morgan Freeman) / Victoria (Kerry Condon), qui va lui faire découvrir le monde. Alors que Danny change d’univers, l’image précédemment dominée par des tons de couleurs froids glisse vers des tons chauds. La réalisation adopte un style tout en sobriété et en douceur, s’opposant de façon saisissante au découpage serré des scènes d’action, pour mettre l’accent sur la découverte des sens à travers les choses les plus élémentaires de la vie.
Jet Li dans DANNY THE DOGPlus connu pour ses qualités d’artiste martial, Jet Li nous montre ici une facette inattendue de son jeu et son interprétation est sans doute l’une des meilleures surprises du film. La star chinoise se révèle impeccable dans son portrait d’un personnage perdu et tiraillé entre deux extrêmes, capable de dégager une innocence désarmante comme de se déchaîner dans la violence la plus destructrice. Et l’acteur surprend par ses expressions enfantines, très bien exploitées dans le film, et par son jeu sensible.
L’alchimie entre Jet Li et ses deux partenaires est d’ailleurs parfaite : Morgan Freeman, formidable dans son rôle de musicien tranquille qui prend Danny sous son aile comme un père, et Kerry Condon en jeune fille fraîche et malicieuse apportent tous deux une générosité grâce à laquelle l’évolution du personnage de Danny reste crédible jusqu’au bout.
Jet Li et Morgan Freeman dans DANNY THE DOG Danny The Dog est un film atypique, l’histoire de cet homme élevé dans la violence qui cherche à retrouver des bases affectives fonctionne très bien et allie habilement le drame et l’humour, tout en dépassant haut la main nos espérances en termes d’action. Ajoutons à cela une magnifique bande originale composée par Massive Attack, qui renforce à la fois le rythme et l’ambiance intimiste du film.
Danny The Dog est un film d’action surprenant et émouvant, servi par une réalisation fluide et par une grande qualité d’interprétation, et marque le grand retour de Jet Li, qui nous fait oublier son récent parcours à Hollywood.