1. >
  2. >
  3. >Critique Dante 01

Dante 01

La critique d'Excessif

0/5
dante01_cinefr L'HISTOIRE : Dante 01, prison spatiale, dérive dans l'atmosphère suffocante de Dante, planète hostile, son seul horizon. À l'intérieur, six des plus dangereux criminels des mondes environnants servent de cobayes à d'obscures expériences.
Une résistance s'organise autour de César, psychopathe manipulateur. Mais son autorité se voit remise en cause par l'arrivée de St Georges, mystérieux détenu, possédé par une force secrète, qu'il apprendra à maîtriser pour faire face à l'hostilité de ses co-détenus, et les libérer de l'attraction maléfique de Dante.
Comme c'est parfois (souvent) le cas à la rédac, nos vaillants critiques ne sont pas forcément d'accord sur la dernière pellicule visionnée. Cette semaine, il se trouve que le très attendu Dante 01, de Caro sans Jeunet, a créé de franches tensions entre l'inestimable David "monsieur séries" Brami et le cinéphile averti Romain Le Vern, qu'on ne présente plus. Par souci de neutralité, l'équipe a décidé de vous laisser départager nos deux plumes en vous exposant la critique "Pour" de David Brami et la critique "Contre" de Romain Le Vern. Le mieux restant évidemment d'aller voir le film en salles à sa sortie. A vous de juger !

DANTE 01
Un film de Marc Caro
Avec Lambert Wilson, Linh Dan Pham, Dominique Pinon
Durée : 1h28
Date de sortie : 02 janvier 2008


Histoire: Un homme (Lambert Wilson) arrive fraîchement dans un container cryogénique à la station pénitentiaire Dante 01. Un satellite artificiel justement nommé car en orbite géostationnaire autour de l’enfer volcanique que constitue la planète Dante damnée au fin fond de l’espace. Rapidement nommé Saint-Georges par l’un des prisonniers, l’illuminé Raspoutine qui le considère d’emblée comme un grand libérateur, le personnage est accueilli par un équipage restreint, la station se révélant être une base d’expérimentations médicales sur des condamnés à mort volontaires. 7 prisonniers, 3 gardes et 2 scientifiques. Voilà le compte d’âmes restreint qui va permettre d’instaurer rapidement un climat intimiste à l’aventure. Ou presque.

  • POUR (DAVID BRAMI)

  • CONTRE (ROMAIN LE VERN)
    POUR (DAVID BRAMI)
    "Un ovni appréciable dans la production française actuelle."


    C’est peu dire que l’on attendait beaucoup du premier long métrage de Marc Caro, l’autre moitié du couple Caro et Jeunet ayant accouché de chefs d’œuvre artistiques et publics incontestables (Delicatessen et La Cité des Enfants Perdus). En effet, alors que Jean-Pierre Jeunet est depuis longtemps parti s’imposer comme un réalisateur populaire, couchant sur la pellicule des films aussi beaux que naïfs explosant invariablement les cimes du box office depuis le mythique Amélie Poulain, Marc Caro a quant à lui préféré se consacrer à un domaine moins prisé des projecteurs : l’expérimentation et le design. Les connaisseurs ont ainsi pu déceler l’indiscutable patte de celui responsable de composantes torturées et sombres des métrages du duo dans diverses œuvres telles que Vidocq où il œuvra en tant que character design, ou encore lors de ses collaborations avec Ian Kounen pour Le Dernier Chaperon Rouge ou Blueberry. Mais hormis un court métrage X concept pour une campagne contre le Sida (Exercice de Steel), impossible pour le public de retrouver l’ami Caro sur les écrans, mijotant avec patience et minutie dans un projet underground tout personnel, un projet annoncé comme Dantesque.


    Et enfin, après avoir joué l’arlésienne pendant plus de 10 ans, voilà que déboule enfin ce long issu de l’esprit esthète et torturé du monsieur. Dante 01 avait ainsi pour lourde mission d’abreuver un public en manque d’images foudroyantes tapissant un scénario viscéral, jusqu’au-boutiste et nihiliste. Même s’il est dès l’ouverture plombé par une narration évidente et dirigiste, Dante 01 happe son spectateur par certaines fulgurances d’ambiances telles le réveil de Saint George, sorti d’un sommeil de 2 ans pour se retrouver hanté de visions dérangeantes et d’instincts voraces envers le mal qui habite les autres prisonniers. Son attitude évoque d’emblée celle d’un être éthéré ou démoniaque, enfermé dans un corps de chair qui peine à le contenir et dont lui-même cerne mal les mécanismes. La claustrophobie ressentie par Saint George est à ce titre un des plus intéressants éléments de l’œuvre, car inexpliquée et à la mise en place forte et intuitive, de plus doublée par une ambiance qui fleure bon les années 80.

    Qu’il s’agisse des designs ou de la distribution, tout rappelle un univers fantastique nostalgique, parfois kitch, adepte de l’expérimentation et souvent porteur d’envies novatrices et révolutionnaires dépassées par un manque de moyens manifeste (ce qui fait d’ailleurs leur charme). On se retrouve rapidement à penser avec une nostalgie coupable au Terminus de Pierre-William Glenn, aux effets du collectif Adrénaline, aux premières bandes dessinées de Denis Bajram, aux visuels du Hardware de Richard Stanley et aux clips de Adam Jones pour son groupe TOOL. On y pense et on frôle souvent cette ambiance torturée et impalpable, alors que le casting évoque pour sa part tout un pan du cinéma français lui aussi fortement évocateur. On y retrouve évidement l’inévitable Dominique Pinon, icone du duo Caro-Jeunet depuis son rôle dans Délicatessen ici chef des prisonniers, au même titre que François Hadji-Lazaro, tueur flippant de La citée des enfants perdus ici en monstre morfal. Dans un tel environnement, la présence de Yann Collette évoque quant à elle inévitablement les métrages de Enki Bilal tandis que le reste du casting, de François Levantal (Dobermann) à Gérald Laroche (Maléfique), achève de placer le film dans une filiation au genre tout bonnement jouissive.


    Autant la partie visuelle est évocatrice, autant scénaristiquement le film pêche par une ambition et une direction aussi déroutantes que vaines. Même si la station spatiale emplie de personnages tous chauves et d’une (trop) forte connotation religieuse ramène à un Alien 3 déjà bancal, on a du mal à percevoir le pourquoi de ce qui se révèle dès les premières secondes du film comme un désir scénaristique de prendre le spectateur par la main pour l’emmener sans grande surprise vers une fin aussi soudaine qu’inutile. On aurait préféré, quitte à jouer la carte du tout balisé, explorer un peu plus les origines du personnage de Saint Georges, le voir évoluer dans un environnement passé grâce à des flashbacks justifiants sa condition et son dilemme intérieur, ou à l’inverse rester dans un flou narratif porteur de réflexion. Marc Caro délivre donc une œuvre perfectible sous de nombreux aspects, mais toutefois empreinte d’une sous-culture aux références jouissives, au pouvoir évocateur certain et aux audaces salvatrices qui font d’elle un ovni appréciable dans la production française actuelle. On espère que les quelques fulgurances de cette œuvre, tant graphiques que scéniques, auront ainsi la chance d’être mieux canalisées dans un futur second film qu’on attendra avec autant d’impatience. DB said



    CONTRE (ROMAIN LE VERN)
    "Une oraison funèbre dans une cathédrale d’ennui."


    Dante 01 est un projet qui donnait envie d’être aimé et soutenu. Vraiment. Sincèrement. Ne serait-ce que pour la discrétion respectable de Marc Caro, coréalisateur doué de Delicatessen et La cité des enfants perdus. Depuis des années, à l’abri des tendances et sans Jeunet, il peaufine cet objet mystérieux tout seul comme un grand en divulguant peu d’informations et en suscitant des attentes monstrueuses. A l’arrivée? Une catastrophe. Tel quel, il s’agit d’un nanar simpliste qui ressemble à un Sunshine du pauvre avec des dialogues taillés à la serpe où ça disserte sur l’enfer humain (Sartre, si tu nous lis), des effets jamais spéciaux, des autocitations ratées et des acteurs pas crédibles une seconde. Pas sûr que les spectateurs curieux et les fans du grand Caro apprécieront cette blague de mauvais goût. Maintenant, faut-il en rire? Visiblement pas, car Dante 01 déroule ses bobines avec la solennité d’une leçon de catéchisme. Au premier degré, Caro rend compte de la déshumanisation du monde – ce qu’il appelle probablement son point de vue pessimiste sur l’Humanité («la terre n’est qu’une vaste tombe sur laquelle on peut poser une croix, amen»). En réalité et sans doute malgré lui, il signe un salmigondis douteux qui creuse les restes de spiritualité dans un monde de vilains criminels tendance Fortress dans la cave de Marie-Chantal à Neuilly éclairée avec des néons couleur vomi. Dominique Pinon joue le chef des méchants et Lambert Wilson se contente de froncer les sourcils pour faire comprendre qu’il se passe quelque chose d’intéressant. On aimerait y croire mais pendant près d’une heure vingt, il ne se passe strictement rien et le temps semble long comme un dimanche après-midi pluvieux.


    Mais il y a pire. Là où on attendait l’auteur français pour nous proposer une révélation apocalyptique – à savoir de quoi la science-fiction française sera faite –, voilà qu’il nous ramène aux pires heures du genre. Soit quelque part au début des années 90. Quelque part entre Bunker Palace Hotel d’Enki Bilal et Hardware de Richard Stanley. Quelque part entre le néant esthétisant et le nanar culte. Dernier point assez dérangeant: son monde prétendument dark et en réalité très geek croit fort en l’existence des mythes dans la vraie vie (les surnoms des personnages apôtres, alléluia). Et pourtant, sous la noirceur revendiquée du propos, se cache un cœur chrétien gros comme ça. Les enjeux ne fonctionnent pas selon les codes du genre (faute de moyens et d’ambitions pour le spectateur) mais avec le cœur d’enfant (un enfant de cœur, bien entendu). A côté, Shyamalan passe pour un athée blasphémateur. Dans le vaisseau en forme de croix, les conflits sont simples, symbolisés par les deux filles (Perséphéone – Simona Malcanescu et Elisa – Linh Dan Pham): l’une incarne le cœur, l’humain, les sentiments. L’autre, la science, la froideur, la déshumanisation. Conflit binaire plus lourd tu meurs avec au milieu un héros christique paumé. Amen? Amen, mes frères. Les dix dernières minutes psyché tendance Lambert Wilson apprend la tecktonik avec les Daft Punk n’arrangent rien. Au contraire. Bref, face aux promesses générées par un tel événement et malgré tout le respect pour Marc - René Manzor, sors de ce corps! - Caro, asséner que Dante 01 constitue une horrible déception relève de l’euphémisme le plus doux. Surtout quand Caro essaye de nous dire en une heure trente ce que l’on a compris dès la première minute. La faute à une voix-off paraphrasante et insupportable qui essaye de donner un ton gravissime au récit. En l'état, on dirait un sketch des Inconnus. RLV.



  • Mag : plus d'actu sur Dante 01

    Le verdict des internautes

    Total des votes : 0

    Les notes des internautes

    •  
      Scénario
    •  
      Réalisation
    •  
      Acteurs
    •  
      Musique

    Les meilleures critiques

    logAudience