Sorti en 2004 dans l’ex Union Soviétique,
Night Watch, adaptation du premier roman de fantasy moderne éponyme de la trilogie du romancier Sergei Loukianenko, était tout simplement le premier Blockbuster à jamais sortir des maisons de production cinématographiques russes. Toujours réalisé par Timur Bekmambetov et tourné presque simultanément,
Day Watch, second volet de cette même trilogie, nous replonge avec délice dans cette réinvention du monde des mages et sorciers. La balance entre les mondes de l’ombre et de la lumière sera t’elle définitivement bouleversée ?
DAY WATCHUn film de Timur Bekmambetov
Avec Konstantin Khabenski, Maria Porochina, Vladimir Menchov, Galina Tiounina, Viktor Verjbitski, Janna Friske...
Durée: 2h05 minutes
Date de sortie : 23 janvier 2008Plusieurs mois après les évènements ayant poussé son fils Egor à rejoindre les forces de la nuit, le mage de la lumière Anton Gorodetski est chargé de former la jeune Svetlana, nouvelle « autre » aux pouvoirs et à la destinée lumineuse hors du commun. Tiraillé entre sa loyauté pour le camp de la lumière et son instinct paternel, Anton permet un soir à Egor d’échapper aux forces du contrôle de la nuit, et infiltre les archives afin de faire disparaître les preuves qui inculperaient le rejeton. Mais alors qu’une haute personnalité du contrôle du jour est assassinée, c’est évidement sur lui que se portent les soupçons. Une fausse accusation qui pourrait bien jouer en faveur de Zavulon, le chef du contrôle du jour, qui cherche à briser la frêle trêve qui permet à la paix de régner depuis plusieurs siècles. Le seul espoir d’Anton réside alors dans une légendaire craie du destin, capable de réécrire l’histoire de ceux qui la possèdent…Après le climax hautement émotionnel de
Night Watch, on mourait bien évidemment d’envie de voir comment les choses allaient évoluer entre le conseil du jour et celui de la nuit, les deux entités millénaristes étant chacune soudainement dotées d’un mage au potentiel dévastateur. Mais pour bien apprécier l’atmosphère et le scénario de l’œuvre dans toute sa subtilité, il était nécessaire pour les curieux de se rabattre sur le montage russe original du premier métrage, la version distribuée ici bas tant en salles qu’en DVD, étant issue des ateliers de remontages américains par lesquels le film était déjà passé. Vidé de nombreuses références et d’une intrigue secondaire qui évite les fortes relations entre certains personnages, le film avait en effet, par ce procédé, perdu beaucoup de sa substance. On espérait que les pontes de la 20th Century Fox auraient la gentillesse de ne pas proposer un remontage de cette suite, l’expérience ayant poussé la firme à éditer celui-ci, sorti au cinéma aux US en Juillet 2007, dans sa version unrated lors de la récente édition DVD.

Hélas, trois fois hélas, le montage cinéma qui imprimera nos rétines dans nos chères salles obscures habituelles est également victime d’un recut sauvage. Raccourci de vingt bonnes minutes afin d’entrer dans la case programmation d’un film de 2 heures, le film se voit ainsi amputé une nouvelle fois de scènes qui, si elles ne sont pas toujours indispensables à la compréhension de l’intrigue, donnaient à l’œuvre un cachet bien plus profond, permettant d’explorer plus en amont l’univers dépeint tout en appuyant sa cohérence. De plans perdus d’une violence inouïe (Anton essayant de passer vainement outre un garde du contrôle du jour) à certains passages émotionnels désormais invisibles mettant en avant les pouvoirs des fameux "autres" , ces êtres dotés de pouvoirs magiques appartenant à l’un des deux conseils » (comme cette scène où Alissa rend visite à la fille de sa défunte sœur, effaçant les souvenirs de son passage grâce à ses pouvoirs de suggestion), le métrage se voit de plus augmenté d’une introduction de 3 minutes aussi bêtement didactique que sabordant littéralement le concept de base de l’œuvre. Un concept que le scénariste/romancier et le réalisateur ne cesseront pourtant de ciseler à leur corps défendant.
En effet, là où la bêtise des distributeurs voudra nous faire croire que le contrôle du jour et le contrôle de la nuit sont de simples représentations manichéennes de concepts aussi bateau que le bien et le mal,
Day Watch, tout comme l’opus précédent, met en réalité face à face les adeptes de l’ordre contre ceux de la liberté. Deux concepts pas si opposés que cela tandis que Anton, adepte de la lumière, agit souvent comme un membre de l’ombre, son besoin de justice donnant la réplique à des rapports conflictuels pour un fils aussi impulsif qu’assoiffé de pouvoir et promis à une destinée dangereuse. Un thème de la paternité d’ailleurs très présent dans ce second film, tandis qu’un vieux vampire sera prêt à tout pour que sa descendance échappe à l’influence de la soif d’hémoglobine.
Des préoccupations toutes humaines, donc, pour une faune qui pourrait pourtant sembler au delà de telles préoccupations,
Day Watch continuant ainsi d’opposer deux conseils composés d’un ensemble de créatures familières des adeptes d’héroïc-fantasy : Mage aux pouvoirs terrifiants, vampires et autres thériantropes en tous genres (loups-garous, hommes-ours, femmes-chouettes, hommes-perroquets,...)… Tout un monde régi par des règles aussi nombreuses que strictes, redéfinissant avec bonheur une mythologie populaire à plus d’un titre. Ainsi, de nouveaux concepts sont intelligemment utilisés comme la possibilité pour la majorité d’entre eux d’entrer dans une zone dénommée la pénombre, sorte de couche de réalité à plusieurs niveaux inaccessible aux humains, et où se mélangent moustiques et âmes damnées prisonnières de l’obscurité, revitalisant un genre que seule une élite avait jusqu'à présent réussi à rendre intéressant.
Outre un apport scénaristique indéniable, ces êtres et leurs capacités permettent à Timur Bekmambetov d’exploser l’écran grâce à des scènes d’action aussi barrées que spectaculaires. Qu’Alissa conduise de colère sur la façade d’un immeuble, qu’Anton échappe dans un autre corps à l’attaque de Zavulon où encore que tous subissent le déchaînement littéralement apocalyptique des pouvoirs de Egor lors d’un final aussi intense qu’impressionnant, tout est mis en œuvre pour faire de
Day Watch une œuvre dynamique au rythme haletant, là ou
Night Watch se posait certes comme un film éprouvant, mais jouant principalement sur l’introduction posée de personnages clés, tels les pions d’un échiquier électrisant.
Prenant de nombreuses libertés avec le second livre de la trilogie dont il est issu (
Day Watch, le livre, se focalisant principalement sur le conseil du jour en laissant un temps Anton et ses amis de côté)
Day Watch, le film, en reprend cependant certaines scènes, ainsi que la substantifique moelle, à savoir un univers original traversé par un scénario adapté à celui-ci, et en utilisant toute sa potentialité. Le film est ainsi un spectacle de tous les instants, parfaitement adapté à ce nouveau format, et usant d’une structure aussi riche que complexe alors que la dernière demi-heure se pose comme une suite de résolutions aussi fascinantes qu’exténuantes. Timur Bekmambetov ayant par la suite réalisé l’adaptation du comic-book
Wanted avec Angelina Jolie, James McAvoy et Morgan Freeman, on retrouvera rapidement la frénésie visuelle et scénaristique du monsieur. De quoi patienter avant la mise en chantier du troisième et dernier opus de la saga, qui sera cette fois tourné en anglais au pays de l’oncle Sam.
Malgré le charcutage opéré par la Fox et visant à devenir plus user-friendly vis-à-vis d’une audience prenant le train en court de route,
Day Watch reste une œuvre aussi rafraîchissante qu’unique, regorgeant d’idées tant scénaristiques que scéniques, qui pourra certes sembler bien obscure et déroutante aux nouveaux venus (regardez le premier opus, lisez les livres !), mais qui se pose comme une alternative totalement réjouissante face au formatage structurel et visuel qui hante actuellement bon nombre de grandes productions américaines.
Note: 7/10David Brami