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Death Note Le Film

La critique d'Excessif

0/5
death_note_cinefr L'HISTOIRE : Le Cahier de la Mort. Il suffit d'y apposer le nom de la personne à châtier et d'avoir en tête son visage pour que cette dernière meure d'une crise cardiaque. Quand ce cahier tombe entre les mains de Light, brillant lycéen au tempérament assez taciturne, il décide d'exploiter le Death Note pour appliquer sa propre justice et devenir l'égal de la mort.
Ainsi, Ligth note soigneusement les noms des meurtriers les plus recherchés par la police, restés impunis jusqu'à présent. Cette vague de morts mystérieuses alerte Interpol, qui, dépassé par la situation, confie l'affaire à Lind L. Tailor, plus communément appelé L. Personne ne connaît son véritable nom, ni son visage, mais il résout n'importe quelle affaire, même celles où la mort est impliquée.
Une traque infernale s'engage alors entre les deux hommes, sous le regard amusé de Ryûk, le Dieu de la mort à l'origine de ce carnage.
Le death note est un cahier maléfique volontairement égaré par Ryuuku, un dieu de la mort désoeuvré. Pour quiconque tombe dessus, c’est une joie et une souffrance. Les règles, simples, évoquent l’univers de Lovecraft: il suffit d’écrire sur ses pages le nom d'une personne que l’on souhaite liquider pour que celle-ci disparaisse en quarante secondes, le plus souvent par crise cardiaque. En exploitant un fantasme collectif inavouable, les créateurs Takeshi Obata et Ôba Tsugumi ont ouvert la porte à toutes les divagations possibles et créé un univers excitant en 12 tomes et 108 chapitres. Depuis une parution il y a trois ans dans le magazine Shônen Jump édité par Shueisha, le manga est devenu un succès colossal: il s’est vendu à des dizaines de millions d’exemplaires au Japon. Une bonne nouvelle qui a autorisé plusieurs variations: une série animée, des jeux vidéo et surtout deux adaptations cinématographiques dont la première débarque dans l’Hexagone avec du retard par rapport à sa sortie Japonaise. Le phénomène Death Note s’est remarquablement exporté: aujourd’hui il ne se résume pas à un événement au pays du Soleil Levant. En France, il a contaminé des lecteurs passionnés – plus de 400 000 exemplaires déjà soldés – qui découvrent les tomes de manière décalée (le septième ne sort qu’en décembre, toujours aux éditions Manga Kana). En Belgique, la petite histoire veut qu'un tueur toqué du manga ait déposé dans un parc un tronc humain avec deux cuisses en ayant pris le soin de déposer un message sans équivoque: «Watashi wa Kira dess» (Je suis Kira). Entre temps, le premier film live produit par Warner Entertainment Japan a eu le temps de faire le tour des festivals (BIFFF, Sitges) et de connaître de sacrées déceptions de la part des fans hardcore. Pour peu qu’on connaisse l’univers, la transposition du manga au cinéma n’est pas des plus convaincante. Pour peu qu’on ne le connaisse pas, difficile de tout comprendre.

DEATH NOTE
Un film de Shusuke Kaneko
Avec Tatsuya Fujiwara, Kenichi Matsuyama, Asaka Seto, Shigeki Hosokawa, Shunji Fujimura, Takeshi Kaga, Shidô Nakamura, Norman England, Michiko Godai, Sota Aoyama
Durée : 2h06
Date de sortie : 09 janvier 2008


Avant de ressembler à du cinéma, cette première version live de Death Note, qui peut s’enorgueillir d’avoir dépassé le Da Vinci Code de Ron Howard au box-office japonais, évoque surtout une série télé fragmentée en épisodes plus ou moins addictifs selon l’humeur. A l’origine, un manga à base d’enquête policière, de thriller urbain, d’ambivalence morale, d’énigme sibylline et de fantastique discret qui prend la forme d’une partie d’échecs entre le bien et le mal. L’objectif: démasquer des identités et raconter comment un jeune homme élitiste réussit à contrôler le monde selon ses volontés avant de subir des déconvenues. Tout le plaisir de la découverte du manga réside dans l’impression que plus on pénètre dans cet univers sombre et torturé, plus on a envie de connaître les réelles motivations de chaque personnage. En terme de narration, les enjeux dramatiques sont habilement soutenus par des rebondissements qui donnent toujours envie d’en savoir plus. Quitte à devenir fou. Le manga a été mis sur pied par l’illustrateur Takeshi Obata (Hikaru no Go) et la scénariste Ôba Tsugumi. L’ambiguïté identitaire existe d’emblée ne serait-ce que dans l’identité trouble de Tsugumi. Certaines rumeurs soutiennent qu’il s’agit d’un pseudonyme utilisé par un autre auteur voire d’un collectif. Encore aujourd’hui, impossible de savoir de qui il s’agit. Au point même qu’on vient à se demander s’il s’agit d’une femme.


Le film prend pour héros le jeune Light Yagami que l’on connaîtra aussi sous le nom de Kira, pseudonyme meurtrier attribué par la population nippone. En Japonais, Kira signifie «tueur». Il s’agit d’un lycéen surdoué de 17 ans interprété par Tatsuya Fujiwara (vu dans les deux Battle Royale) dont le quotidien est bouleversé par la découverte d’un livre qui selon les termes rédigés en anglais (The human whose name is written in this note shall die) donne la possibilité à celui qui le possède de tuer une personne. Pour cela, il suffit de connaître son nom et son visage. L’étudiant va l’utiliser pour tuer toute sorte de criminels (violeurs, assassins, preneurs d’otages, hommes politiques mafieux) et accessoirement pirater les informations secrètes de la police. Jusqu’à ce que le gouvernement s’en mêle et demande à L (Ken’ichi Matsuyama, fascinant), un détective mystérieux envoyé par Interpol de se mettre sur le chemin du prodige. Naît une émulation entre les deux personnages qui vont se traquer sans fin ou presque. L’intérêt de Death Note version manga vient de ses richesses insoupçonnées qui ne se révèlent qu’au gré des tomes et la confrontation entre deux visions dissemblables de la justice à travers deux personnages charismatiques. Kira va utiliser son «black book» dans un premier temps pour faire sa propre justice et dans un second pour se défendre et protéger sa double identité. Cette adaptation live au cinéma est réalisée par Shusuke Kaneko, cinéaste connu pour la trilogie Gamera, dont l’inspiration et la folie semblent écrasés par le cahier des charges. Comme si, au sens littéral, on lui avait refilé une malédiction en lui demandant d’adapter visuellement un projet difficile, le cul entre les attentes des puristes et les peurs des béotiens. En montrant les répercussions des meurtres sur la population, il étaye sans conviction une réflexion sur l’être et le paraître, exploite sans génie l’idée même de cette transgression (ce ne sont plus des criminels mais des innocents qui deviennent des cibles potentielles) et retranscrit partiellement un climat suspicieux. Kira au même titre que L passe de Dieu à Démon et à l’écran, ce vertige moral n’a rien de vertigineux.


A la base, l’intrigue est extrêmement complexe. A tel point que sous la forme manga, elle donne envie d’être disséquée pour voir si des indices subliminaux n’ont pas été dissimulés. Les caractères sont extrêmement travaillés (la manière érudite dont le personnage de L utilise des techniques d’investigation sophistiquées). Par souci d’explicitation (il doit résumer en un temps réduit), Kaneko s’octroie des libertés d’adaptation qui pourrait paraître discutables, ne serait-ce que dans un pré-générique imprécateur ne laissant pas au spectateur le temps de distinguer ce qui se passe. Tout, jusque dans les passages les plus fidèles au manga (les caméras de surveillance), est surligné pour atteindre le public adolescent. Le réalisateur ne cherche même pas à reproduire le découpage de Takeshi Obata qui avait tout pensé à l’avance jusqu’au moindre détail – la réussite du manga ne venait pas seulement de l’ingéniosité de son intrigue mais aussi de son obsession maniaque des petits riens, de la propreté du trait et le sens précis du cadrage. A contrario, Kaneko évite le copié collé et oublie un peu la profondeur et la richesse du matériau originel pour proposer sa version allégée. C’est la limite de son processus audacieux: malgré la multiplication des rebondissements, il stagne en surface et tombe dans la superficialité en usant d’effets tarabiscotés. Le Shinigami gothico-grotesque est modélisé en images de synthèse pour un rendu technique assez curieux là où, auparavant, on ne pouvait le concevoir qu'en animation. La bande-son de Kenji Kawai essaye de se mettre au diapason en respectant le rythme du récit. Des questions demeurent sans réponses à l’issue de la projection. Pourquoi infliger un traitement consensuel et faussement décapant à un manga subversif? Pourquoi mettre autant de temps avant d’introduire le dieu de la mort alors qu'il apparaît au début du premier tome? Pourquoi donner autant d’importance à un personnage féminin totalement anecdotique?


Sans être une trahison, le film ne respecte pas le ton sérieux du manga. Les modifications qui découlent de telles décisions artistiques comme la dernière partie totalement réécrite et le rôle moins important de L – sans doute pour annoncer le spin-off The Last 21 Days of L, qui sera réalisé par Hideo Nakata – ressemblent à des compromissions pour élargir l’attrait commercial. Le cinéaste semble plus intéressé par la personnalité ambiguë de son jeune tueur et a renforcé le rôle de la petite amie pour qu'elle l’amène à se poser des questions sur le sens de la justice (un procédé d’élagage et de raccourcis similaires à l’adaptation de V pour Vendetta). D'autres artifices, qui relèvent de la dramaturgie classique, étendent le pouvoir d'attraction de cette aventure exotique au-delà du seul cercle des spécialistes. Avec un budget de 17 millions de dollars, c’était le minimum syndical. Les producteurs aimeraient certainement que ce premier Death Note serve de pilote à de futurs épisodes. Avec ces changements opportunistes (donner plus d’importance au personnage féminin pour stimuler une émotivité, utiliser un morceau des Red Hot Chilli Peppers), ils peuvent séduire un marché international mais pas nécessairement les aficionados de la première heure. La qualité de cette adaptation cinématographique, c’est finalement de donner envie de découvrir tout ce qui a été fait autour de Death Note, de lire le manga ou de découvrir la série animée, d’une facture supérieure. On attend toutefois de voir le second volet (Death Note: The Last Name) pour se prononcer sur l’utilité de l’entreprise. Il devrait surgir incessamment sous peu.


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