Nick Hume est un homme sans histoire dont le quotidien se résume à une réussite à la fois familiale mais aussi professionnelle. Père de deux garçons, sa vie va bientôt être bouleversée lorsque son fils aîné se fait assassiner sous ses yeux. Entre le deuil et une haine grandissante pour le meurtrier que la justice a libéré, ce monsieur « tout le monde » va très vite se révéler plus sauvage et impartial que son ennemi…DEATH SENTENCEUn film de James Wan
Avec Kevin Bacon, Garrett Hedlund, Kelly Preston, Aisha Tyler, John Goodman
Durée : 1h45
Date de sortie : 16 janvier 2008Certains lecteurs se diront sans doute en voyant la note accordée à
Death Sentence (
7/10) « quelque chose ne tourne pas rond dans la tête du rédacteur »… En effet, le film ne mérite peut-être pas un 7… Sachez cependant que le point qui lui a été attribué en plus a été longuement médité et fait figure de protestation. Beaucoup l’auront remarqué, le cinéma de genre ne s’est jamais aussi bien porté depuis les années 70 : une sorte de retour aux sources semble s’accomplir et un nombre impressionnant de bandes horrifiques, fantastiques, le retour de figures mythiques que sont
Rambo, Rocky, John McLane (…) réapparaissent et ne sont pas pour déplaire au public. Paradoxalement, alors que la période est des plus propices, les distributeurs et les exploitants de salles semblent volontairement restreindre la diffusion de nos films chéris. Cette censure dont l’incarnation actuelle la plus scandaleuse est le retour du tant redouté « Interdit au moins de 18 ans » accordé à
Saw III mais aussi le manque flagrant de promotion et de copies autour de certains films : dernières victimes en date, le gentiment bancal
Halloween de Rob Zombie et le pourtant très réussi
Dead Silence, déjà de James Wan… Bref, imposer d’emblée une note majorée et retourner dès le 16 janvier voir
Death Sentence, c’est affirmer haut et fort la volonté d’être libre de ses choix cinéphiles et rappeler aussi que qu’il est possible de conserver un libre arbitre face à une violence visuelle et morale… En espérant être suivi par beaucoup d’entre vous dans cette démarche et que
Death Sentence sera mieux accueilli que
Dead Silence dont la carrière ultra ridicule (une semaine dans les salles parisiennes !) ne sera qu’une simple erreur de parcours…
Mais revenons à
Death Sentence qui reste un réel bon film. Après
A vif de Neil Jordan, voici donc un second film de Vigilante, dont le thème reste l’autodéfense et la justice sauvage. Si l’histoire reste la même et est dans la directe lignée des classiques de la bonne époque (
Un justicier dans la ville, le bien nommé
Vigilante, la série des
Dirty Harry…), le traitement s’avère radicalement différent. On savait que James Wan s’annonçait plein de promesses mais on ne se doutait pas qu’il était capable d’élans de mise en scène aussi osés. Prenons la comparaison avec
A vif : là où celui-ci prenait son temps pour développer sa protagoniste proposant ainsi une véritable réflexion sur le droit à la vengeance, Wan ne prétend pas pouvoir apporter une réponse, bien au contraire, son sujet étant la haine. Dès le départ notre brave père fait les mauvais choix en s’engouffrant dans une spirale de violence et de haine. Ce dont il ne se doute pas, c’est que de l’autre côté, ses ennemis réagissent exactement de la même façon… Nous voici donc lancés dans une parfaite illustration de la loi du Talion qui va être poussée à son paroxysme. Ici, il n’est pas question d’un quelconque pardon, le personnage de Kevin Bacon (dont la justesse le pose encore une fois comme un acteur indispensable) devenant littéralement une bête assoiffée de sang ne retrouvant quelques instants de bonheur visibles qu’après avoir vengé son fils, occultant ainsi totalement son deuil...
Wan fait le choix troublant de s’attacher uniquement au personnage de Nick Hume pour mieux appréhender sa vision d’un homme réduit à la haine. Aussi, un fort sentiment d’abstraction se fait sentir : aussi bien au niveau de la narration que dans la mise en scène. Les personnages secondaires que sont le fils cadet et sa femme (impeccable Kelly Preston), l’ordure John Goodman ou même le gang sont éclipsés par l’ombre du père vengeur qui très vite tombe dans un mutisme dont seul le visage creusé semble nous exprimer sa douleur. Il finira même le film totalement muet, le corps mutilé et le crâne vulgairement tondu incarnant ainsi la colère et la vengeance à l’état pur, semblant accomplir sa vendetta sans aucun remord et habillé du blouson de son fils, sans doute pour ne pas oublier ses sentiments humains et son objectif premier. Mais cette abstraction est surtout présente dans les partis pris de son réalisateur : la plus troublante étant l’absence totale de finesse. Aussi les quelques minutes avant le drame catalyseur peuvent sembler d’un stupidité incroyable, la famille modèle nous étant décrite à grands coups de chansons mielleuses ; l’espace d’un instant on se croirait dans
New Port Beach. Mais ce procédé semble faire partie du plan de Wan qui, dans les scènes dures et importantes pour le personnage de Bacon, n’hésite pas à couper toute piste sonore et à faire preuve d’une réelle pudeur. Ces très belles scènes contrastent d’autant plus avec les moments d’action qui rythment le métrage et qui ont une réelle tendance à laisser bouche bée. Mêmes les plus difficiles se souviendront de la double séquence du parking, moment assez éprouvant dont la première partie dans un long plan séquence nous dévoile toute la technique de Wan et dont le face à face qui suit fige le spectateur par son approche très crue.
Car oui,
Death Sentence, comme son nom l’indique, ne fait pas dans la dentelle. Bien au contraire, il fonce dans le tas comme son héros qui ne va pas par quatre chemins pour arriver à ses fins. Que ce soit pour le personnage de Kevin Bacon ou le réalisateur de
Saw (qui se fait une autoréférence plus que déplacée au cours de quelques plans !), le sujet est de se venger et de taper là où ça fait mal. Wan n’y va donc pas avec le dos de la cuillère et n’hésite pas à défoncer les murs pour y fourrer sa caméra, à éclater ses protagonistes avec sadisme uniquement pour nous entraîner dans la folie des personnages et offre ainsi un spectacle plus que distrayant, le risque étant, à force d’effets aussi réussis, d’amener le spectateur à considérer
Death Sentence uniquement comme un divertissement… Le troisième film de James Wan est donc à découvrir absolument, d’une part pour la chance d’avoir un film comme celui-ci en salle -si cela continue ainsi, on ne risque plus de pouvoir voir énormément de bonnes série B comme celle-ci (dont le côté réac nourrit encore une fois le cinéma transgressif)- et d’autre part car il s’agit d’un réelle bonne bande qui fait mal là où il faut et quand il faut… En résumé, hautement recommandé si vous savez ne pas regarder ce genre de films au premier degré !
Florent Kretz