La critique d'Excessif

2/5
delta_tmpok L'HISTOIRE :

Un jeune homme taciturne regagne la nature isolée et sauvage du Delta, un labyrinthe de voies navigables, d'îlots et de végétation luxuriante qui coupe la population locale du reste du monde. Le jeune homme, qui avait quitté le Delta dans son enfance, y rencontre une soeur dont il ignorait l'existence. Frêle et timide, elle est pourtant résolue lorsqu'il s'agit de le rejoindre dans la hutte délabrée qu'il habite. Eloignés de tous, ils se lancent alors ensemble dans la construction d'une maison sur pilotis au milieu de la rivière. Un jour, ils invitent les gens du pays à partager un dîner, mais les villageois n'acceptent pas leur relation "contre-nature".

Un "film de festival" plastiquement superbe mais sans substance.
Bienvenue dans le delta du Danube bleu roumain. Enfant prodigue, Mihail est de retour pour l’enterrement de son père. Il revient après avoir été chassé par sa mère il y a maintenant vingt ans. Après la cérémonie funèbre, il rencontre pour la première fois une jeune femme dont il tombe amoureux. C'est sa soeur mais il ne le sait pas encore. Amis de la gaudriole, soyez-en sûrs, Kornél Mundruczo ne travaille pas pour vous.


Propulsé à seulement 33 ans comme jeune talent du cinéma magyar, Kornél Mundruczo aime à autopsier les comportements humains dans des environnements âpres avec autant de cruauté que de métaphores. Après la chronique adolescente et dépressive de Pleasant Days, le réalisateur dissèque l’amour fou et incestueux d'un frère et d'une sœur dans Delta sur lequel plaque les ombres tutélaires de deux tragédies (Electre et Hamlet). L'enjeu du film, c'est de retrouver une forme d'innocence perdue vis-à-vis de la tragédie et du Cinéma avec un C majuscule. L’objectif esthétique est au diapason: pénétrer une dimension cinématographique où la composition des plans reflète les pensées profondes et les sentiments indicibles des personnages. Des silences très bavards aux bruits silencieux - les cris d’animaux, le frémissement des joncs et le bruissement de l’eau -, Kornél Mundruczo capte des agitations dans des espaces désespérément vides. Mais dans sa quête de pureté (peu de regards et de respirations qui ne soient synonymes d'absolu), il a aussi tendance à surcharger inutilement son récit. Hyperboles, métaphores ou ellipses, toutes les figures de la rhétorique cinématographique sont développées à l'envi pour illustrer le récit biblique de ces deux âmes à la recherche du paradis perdu. Son style hypnotique s'exprime donc à la lisière de l'ostentatoire. On attend cependant une nouvelle expertise pour savoir s'il s'agit d'un vrai talent ou d'un plasticien qui profite de la renommnée internationale de Béla Tarr pour faire des "films de festival", certes envoûtants et séduisants mais peu substantiels.

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