Produit par le studio Shochiku,
Departures se place dans la lignée des mélodrames populaires qui ont fait le succès de la firme depuis ses origines. Evocation du retour à la terre natale et célébration des traditions du passé, le film échappe pourtant au sentiment du conservatisme et à la dramaturgie lacrymale dont ces productions sont parfois la victime. Certes le pathos joue à fond ici mais la réalisation sobre et soignée ainsi qu’une interprétation retenue permettent au film de saisir le spectateur par sa sincérité. Le sujet du film s’attarde non seulement sur la nécessité du métier de croque-mort mais surtout sur la finesse et la beauté qu’un tel art peut recéler. Par des gestes minutieux et un profond respect du corps, le professionnel nettoie et habille le défunt afin de laisser, dans la mémoire des proches, le meilleur souvenir possible.

La mémoire est justement l’autre thème majeur du film. Daigo, dans sa volonté de réussir sa vie, a jusqu’ici occulté le souvenir de son père, qui les a abandonnés lui et sa mère lorsqu’il avait six ans, au point qu’il ne se souvient plus de son visage. Respect des ancêtres, amour filial, tous les aspects des relations proches sont mis en perspective, comme la vieille femme qui tient toujours les bains publics malgré son âge avancé et son fils qui la pousse à vendre, ou encore le propre patron de Daigo devenu croque-mort lorsqu’il dut s’occuper de la dépouille de sa femme. Le croque-mort est parfois témoin des tensions qui déchirent les familles en deuil. Pourtant la présentation du corps est un moment solennel où ces blessures doivent être refermées.

Le film n’évite pas quelques maladresses cependant, les sempiternels violons venant alourdir parfois les moments touchants, de même que certains plans
too much nous présentent le protagoniste jouant du violoncelle au milieu de la nature avec les montagnes en arrière-plan. Des défauts qui ne doivent cependant pas gâcher le plaisir de ce mélodrame original et sensible sur un sujet que l’on pourrait considérer comme tabou ou, du moins, non-cinématographique. Le cinéaste aborde le thème de la mort avec beaucoup de délicatesse et d’humour, comme dans cette séquence initiale où le jeune croque-mort découvre avec embarras que le corps féminin qu’il est entrain de purifier est en fait celui d’un homme, le tout devant une famille imperturbable qui observe le processus en silence. Ayant remporté le prix du meilleur film au
Japan Academy Prize, l’équivalent des Oscars au Japon,
Departures est à la fois un long-métrage très japonais dans sa confection mais également un film universel dans sa thématique et mériterait aussi une véritable exportation à l’étranger. Présenté dans la section Panorama de ce Festival du Film Asiatique de Deauville 2009, par ailleurs pauvre en sélections nippones,
Departures est la petite pépite qui nous redonne confiance en une production japonaise actuelle très malmenée.

David A.