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Des idiots et des anges

La critique d'Excessif

2/5
desidiots135 L'HISTOIRE : Angel est un homme égoïste et sans principes qui s'éveille un matin avec des ailes dans le dos. Il s'efforce de les dissimuler mais les autres clients du bar où il a ses habitudes vont finir par percer son secret ...
De quoi dérouter les aficionados.
Errant sans but dans un lieu indéterminé, un héros Dostoïevskien au physique ingrat découvre avec surprise que des ailes ont poussé dans son dos. Du jour au lendemain, il devient un ange, entreprend presque malgré lui de faire le bien autour de lui et finit par tomber amoureux d’une femme mystérieuse. Réalisé après Hair High (l’un de ses meilleurs films) dans lequel il proposait un croisement animé entre Carrie au bal du diable et American Graffiti, Des idiots et des anges, le nouveau Bill Plympton, adopte le style du film noir des années 40 avec une atmosphère torve, un héros ambigu, une pléiade de personnages inquiétants et une femme fatale pour égratigner gentiment quelques fondements américains.

 

 

 

Depuis une vingtaine d’années, Bill Plympton signe des dessins animés délirants qui ne ressemblent qu’à lui. Depuis, le chemin parcouru montre comment cet artiste, longtemps cantonné à un format artisanal d’animation, s’est professionnalisé au point d’être au bord du succès public. A la fois par choix artistique et par contrainte économique, il écrit, dessine, réalise et produit tous ses films en citant comme nouvelles références Pixar pour les scénarios (garder une histoire simple et y ajouter une quantité de détails étranges) et Sylvain Chomet (La vieille dame et les pigeons) pour l’indépendance. Avec Des idiots et des anges, Plympton veut transfigurer une histoire minimaliste construite à partir de thèmes familiers (la jalousie, l'avidité, le pouvoir) pour créer un délire expressionniste où tout passe par une économie de moyens. Aux couleurs pétaradantes de Hair High (son plus gros budget), il choisit une tonalité monochrome et charbonneuse qui lui donne l’occasion de proposer des envolées surréalistes jouant sur la distorsion du réel et d’accentuer les métamorphoses de ses personnages, croqués avec le même trait crayonné/hachuré.

 

 

 

Alors qu’auparavant tous les débordements érotico-gores étaient autorisés par la grâce de l’animation (se souvenir de L'impitoyable lune de miel ou même Les Mutants dans l’espace), l’humour devient cette fois-ci plus désespéré que trash. Passé la découverte des ailes et la manière dont le protagoniste cherche à s’en débarrasser, l'histoire lorgne vers une ambiance Kafkaïenne de cauchemar absurde où le bien combat littéralement le mal et que Plympton surcharge de romantisme lyrique. On comprend mieux l'utilisation du noir et blanc qui n'a rien d'une facétie stylistique. Mais ces mélanges ne sont pas sans risques. Malgré des fulgurances, la peinture manque bizarrement de caractère et de mordant pour se hisser au rang des réussites du cartoonist. Le résultat, court comme souvent chez lui (seulement 1h18), se révèle donc assez inégal. Les progrès accomplis au niveau du graphisme sont épatants mais l’histoire trop nébuleuse a de quoi dérouter les profanes comme les aficionados. Reste un atout majeur qui devrait faire l’unanimité : une bande-son (avec notamment du Tom Waits) qui se substitue aux dialogues et contribue à un envoûtement durable.

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