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Des poupées et des anges

La critique d'Excessif

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poupeesanges135ok L'HISTOIRE : Lya, 16 ans, vit dans une cité de banlieue avec ses soeurs Chirine, 17 ans, et Inès, 7 ans. Chirine est en rupture avec son père, qui après l'avoir adorée, la rejette quand elle devient malgré elle, à son adolescence, une femme trop belle et attirante. Pour récupérer le regard du père, Chirine va se servir de sa beauté pour être regardée par le monde, et particulièrement celui de la mode.
Pour rompre avec le regard du père, elle, Lya va assumer sa violence en pratiquant le sport de combat qu'il lui a interdit.
Sur Paris, Chirine fréquente les quartiers chics et branchés et va rencontrer Alex, un pseudo agent...
Dans sa banlieue, dans un terrain vague, au quotidien Lya court pour expulser un malaise qui l'étouffe, Lya est insensible à l'argent, aux paillettes...
C'est à travers le regard de Lya que Chirine va prendre conscience de ce qu'elle est devenue...
Entre banlieue et capitale, amour et violence, à travers son quotidien, Lya cherche sa place de femme dans un monde régressif ou l'humanité tente de survivre.
A l’heure où la France semble dangereusement se diviser en plusieurs entités qui au lieu de puiser un nouvel élan dans leurs différences, ne cessent de s’opposer, Des poupées et des anges amène une lueur d’espoir. La France des banlieues pourrait-elle se réconcilier avec Paris ? La capitale cessera-t-elle de renvoyer une image biaisée de ces quartiers dits difficiles à une troisième France dédaigneusement nommée « France profonde » ? Les enjeux que ce film soulève vont bien au-delà du cinéma. Il s’agit d’un choix de « civilisation », un terme remis à la mode pas forcément pour les bonnes raisons.

DES POUPEES ET DES ANGES
Un film de Nora Hamdi
Avec Leïla Bekhti, Karina Testa, Fejria Deliba, Samuel Le Bihan, Léa Seydoux, Gianni Giardinelli, Samy Naceri
Durée : 1h42
Date de sortie : 25 juin 2008


Deux sœurs issues d’une famille aux revenus modestes habitant en banlieue tentent tant bien que mal de s’épanouir en tant que femmes, malgré la pression sociale et familiale permanente qu’elles subissent. Lya la rebelle, sportive et écrivain à ses heures, et la belle Chirine qui essaie de percer dans le milieu de la mode.

La réalisatrice Nora Hamdi, comme c’est souvent le cas pour un premier long-métrage, parle a priori de ce qu’elle connaît. Ici il s’agit de la condition de femme, d’une jeune femme, ayant grandi en banlieue parisienne, avec toutes les difficultés que cela implique. Le fait de s’axer sur des héroïnes plutôt que sur des jeunes hommes vus dans La Haine ou encore Ma 6-T va crack-er a pour avantage d’éviter plus facilement le piège de la violence gratuite. Et pourtant ces adolescentes regorgent de cette violence, de cette fougue qui leur permettra peut-être de voler de leurs propres ailes, malgré les obstacles. Lya (Leïla Bekhti) et Chirine (Karina Testa) se sentent en effet prisonnières, d’une société qui les ignore quand elle ne les rejette pas, d’un cocon familial étouffant et refermé sur lui-même. Deux rebelles qui cherchent leur voie, ou comment grandir sans renier les siens.

Dès lors tout est bon pour extérioriser ses peurs, ses doutes, son mal être, et peut-être les exorciser en même temps. Les photos de mode pour Chirine, profitant de son physique avantageux, ce même physique responsable de l’éloignement inéluctable de son père, le sport et l’écriture pour Lya, écriture reprise de façon rapée dans le film, amenant des transitions aussi intenses que lyriques entre les scènes. La preuve d’une mise en scène calibrée au service du récit, ce qui n’empêche aucunement les figures de style inspirées, comme ces interludes rapés donc, mais également de tournoyants travellings du haut d’un immeuble de cité, illustrant le vertige émotionnel dans lequel se trouve Lya, à la fois révoltée et perdue.


Décrivant et dénonçant les travers des deux mondes, Paris et la banlieue, le film n’hésite pas pour autant à insuffler une réelle touche d’espoir. S’il est sans concession sur la cruauté du système, il donne en revanche foi en l’être humain en accordant une seconde chance au père (Samy Naceri), ou en peignant ce portrait d’un publicitaire (Samuel LeBihan) sachant déceler la beauté mais aussi l’intelligence et l’humanité de Chirine. Le tout donne une vision exempte de tous clichés, ne tombant jamais dans le pathos et encore moins dans l’embellissement béat. Parce que la vie est une comédie et une tragédie, parce qu’il y a l’amour et la haine, parce qu’il y a banlieue et capitale, parce qu’il y a des poupées et des anges.

Laurent Tity



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