L'HISTOIRE : Un groupe de personnes coincé dans un ascenseur réalise que le Diable se trouve juste en dessous d'eux...
Une série B ludique, contrariée par un discours tendancieux.
A la manière de Clive Barker, M. Night Shyamalan a lancé aux côtés de Media Right Capital une trilogie intitulée «Night Chronicles», où ses propres scénarios sont illustrés par de jeunes réalisateurs, si possible convertis à ses croyances. Sans en avoir l'air, le projet révèle une certaine ambition : chaque volet doit sortir aux Etats-Unis pendant les fêtes d'Halloween pour remplacer le rendez-vous annuel des Saw et Paranormal Activity. Pourtant, Devil, le premier de la trilogie, s'est vautré au box-office US, démontrant que le réalisateur de Signes avait dilapidé la popularité et la crédibilité qui lui restaient après la controverse du Dernier maître de l'air. Pour cette première fois, Shyamalan a confié le cahier des charges à John E. Dowdle (Quarantaine, le remake US de [Rec.]) en lui demandant de tourner à Philadelphie et de rester fidèle à ses obsessions mystiques, sans chercher à les pervertir. Ainsi, la psychologie, les doutes et les réflexions spiritualistes passent avant l'action (la repentance étant le meilleur moyen de survivre). Quant au concept de l'ascenseur maléfique, fréquemment exploité au cinéma (L'ascenseur, de Dick Maas, le court métrage Elevator de Vincenzo Natali ou Out of Order, de Carl Schenkel) comme en littérature (Le K. de Dino Buzzati), il ne sert que de véhicule pour inventer de nouveaux systèmes de manipulation au cinéma.
En substance, Shyamalan invite à démasquer les anges et les démons dans un environnement uniforme où les signes doivent être interprétés, où les personnages les plus naïfs possèdent une noblesse insoupçonnée, où la métaphysique confine au potache. Les scènes les plus cauchemardesques se déroulent dans le noir, afin que personne ne puisse les expliquer rationnellement. On n'entend que des bruits, on n'aperçoit que des flashs et on ne constate les dégâts qu'une fois la lumière rallumée. Ce serait une approche facile d'immersion si cette technique ne faisait pas autant travailler l'imagination. Si l'on ajoute quelques visions vertigineuses (une réminiscence des hommes qui se jettent du haut des gratte-ciels au début de Phénomènes), Devil remplit avec efficacité son contrat de série B du samedi soir. Seulement, même en adoptant l'hypothèse de la fable fantastico-mélodramatique où les personnages prennent le temps de s'écouter et donc de communiquer, cet épisode de «Alfred Hitchcock présente» perd de son intérêt dans le dernier tiers où l'enjeu déjà moralisateur (réunir des coupables dans un lieu clos) débouche sur une conclusion tendancieuse. Un peu comme dans Emprise (Bill Paxton, 2001), mais sans la radicalité hallucinée qui autorise toutes les outrances.
Romain LE VERN
Nos étoiles sur les films à l'affiche cette semaine : Source Code, Le chaperon rouge, Detective Dee, Devil...