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Die Hard 4 - Retour en enfer

La critique d'Excessif

3/5
Affiche du film Die Hard 4 - Retour en enfer L'HISTOIRE : Une attaque sur les infrastructures informatique des Etats-Unis va engendrer un début de chaos dans le pays tout entier. Le mystérieux pirate a prévu le moindre détail de son plan numérique, mais n'imaginait pas qu'un grain de sable "analogique" pourrait dérégler la machine : John McClane.
Du vrai fun
A quelques jours seulement de sa sortie sur les écrans du monde entier - et quelques heures après l'avoir vu, pour nous - le quatrième opus de la franchise Die Hard s'impose comme le soulagement dont les fans de la saga et du genre avaient définitivement besoin. Douze ans. Douze longues et interminables années nous séparaient de l'extraordinaire Une journée en Enfer de John McTiernan, film concept à lui seul qui changea tout un pan du cinéma d'action à l'instar du premier opus. Un laps de temps tout aussi éreintant pour les John McClane addicts, pour qui un éventuel Die Hard 4 s'imposait au fil des années comme une désespérante arlésienne. Et alors que se profilent des affiches du film un peu partout dans le pays, avec parfois des tailles démesurées aux abords du périphérique, on découvre l’oeuvre avec la même angoisse qu'un premier rencard amoureux : on a peur d'être déçu ! Devaient-ils vraiment le faire ? Ne gâche-t-on pas une franchise ? Pourquoi ne pas s'être contenté des trois premiers ? Et puis l'évidence s'affiche au bout de quelques minutes seulement : Len Wiseman nous a donné rendez-vous avec une très belle plante qui sait vivre avec son temps, mais visiblement infidèle....

Le héros déchu le plus blasé par sa poisse est donc de retour et affronte son ennemi le plus antipodique. Jeune, pointilleux, au fait des technologies les plus abouties et issu d'un statut gouvernemental hiérarchiquement haut placé, là où, justement, McClane n'est bon qu'à patrouiller dans les coins pépères et n'a pas la moindre idée de la façon dont on recharge un Bibop. Un impératif choc des cultures sur lequel reposaient les trois films précédents et qui fait du pitch de Die Hard 4 le meilleur qu'on aurait pu espérer. Celui qui s'impose une fois de plus comme une jubilatoire apologie de la barbarie où un héros primitif amateur de bourre-pifs aura toujours le dessus sur ces objets qui sont essentiellement réputés pour bugger à tout bout de champ. Il ne reste à McClane, en bon homme de cro-magnon, d'être encore le dernier être humain le plus à l'aise dans un univers chaotique où plus rien ne fonctionne et qui en profite même pour traîner une femme par les cheveux. Les vieux, mais alors très vieux réflexes de singes ressurgissent alors pendant que la foule s'arrête net parce que la bourse, les feux de signalisation et leurs réseaux téléphoniques chéris répondent absents. C'est assurément la grande idée du film qui impose une atmosphère apocalyptique qui lui est propre là où Die Hard 1 et 3 possédaient également chacun un contexte particulier.

Mais le film souffre pourtant d'un élément qui fâche. Et qui fâche même sérieusement, bien qu'il s'appuie étrangement sur ce que nous qualifions de "qualité" un peu plus haut. Die Hard 4 impose un véritable choc culturel et générationnel dans son histoire, mais également dans sa propre conception. Le cinéma de genre a bien évolué en 12 ans et pas forcément de la meilleure manière qui soit. Mais il a pourtant pris un certain essor esthétique et narratif dans lequel Len Wiseman essaie de s'infiltrer quitte à s'éloigner considérablement de ce qui faisait que les Die Hard originaux sortaient perpétuellement du lot. Mieux, ils bouleversaient le cinéma d'action au point d'en faire à chaque fois un pivot novateur. Plus d'illusion à se faire sur ce dernier épisode, puisqu'il n'empruntera pas le même chemin, préférant vivre avec son époque. A défaut de réinventer le cinéma musclé, le réalisateur s'inspire des meilleures démonstrations récentes – on ne va pas s'en plaindre, c'est déjà ça – lorsqu'il ne bascule pas directement dans un auto référencement un poil trop voyant. A titre d'exemple, le gros de l'intrigue est pour ainsi dire le même que celui d'Une Journée en enfer, certains personnages ou comportements sentent parfois le réchauffé et la nature même de certains combats, de certaines poursuites ou scènes d'action nous renvoie à quelques séquences clés des épisodes précédents.

En tout cas, si Die Hard 4 ne ressemble plus vraiment à Die Hard, il s'impose d'une manière flagrante comme le copié collé d'une autre franchise bien connue : 24 heures chrono ! Dans sa narration, dans sa menace, dans l'évolution des personnages (les rapports père/fille par exemple), dans les décors, la photographie et dans les sous intrigues, il n'est rien qui ne nous fasse pas penser à la série un moment ou un autre. Plus aberrant encore, Jack Bauer peut aller se rhabiller puisque c'est ici carrément un 55 heures chrono - voire plus. Plus de deux jours entiers en tout cas qui posent principalement les limites du film. A commencer par le non-sens de cette narration puisque tous les personnages parviennent à rester éveillés pendant pratiquement trois jours, galopant de ville en ville à travers toute la côte Est comme s'il s'agissait de la banlieue parisienne. On va ainsi à l'encontre de ce qui faisait la recette des autres films de la franchise et le rapport entre les unités de lieux et de temps qui perdent fatalement ici tous leurs repères.

John McTiernan en personne, réalisateur de Piège de Cristal et Une Journée en enfer, avait pourtant lourdement insisté sur le fait que la précipitation de ses intrigues les rendaient palpitantes car elles ne s'étendaient que sur quelques heures. Entre deux poursuites ou fusillades, John et son nouvel ami font donc de longs trajets en voitures comme si personne d'autre sur des centaines kilomètres à la ronde ne pouvait régler cette situation de crise. Ce qui s'impose du coup comme une seconde règle immuable à Die Hard totalement entravée : McClane se porte presque volontaire pour sauver la situation, alors que même le méchant lui propose de laisser tomber en acceptant une bonne enveloppe. Un effort patriotique, une sagesse pour défendre la veuve et l'orphelin, et surtout parce que personne d'autre ne veut le faire comme il le précisera lui-même dans un petit monologue. Rangé, moins égoïste, le McClane des années 2000 impose un dévouement qu'il a pourtant toujours cherché à fuir, avant que la situation devienne bien plus personnelle. Le kidnapping de sa fille l'encouragera à foncer dans le tas une bonne fois pour toute.
Die Hard 4 - Retour en enfer de Len Wiseman
Intéressons-nous néanmoins aux innombrables qualités de ce Die Hard 4 : Retour en enfer puisque, malgré ce changement de ton assurément déconcertant pour les fans et longuement détaillé dans nos lignes précédentes, les bons points prédominent sur les mauvais. Assurément. D'une part parce que Len Wiseman est un jeune réalisateur bourré d'énergie et qui a bien compris qu'il avait sur les épaules une entreprise monstrueuse. Il se donne alors les moyens de répondre aux attentes et livre un film d'action figurant sans conteste parmi les plus spectaculaires vus ces derniers mois même si – malheureusement – ses séquences les plus épatantes figurent déjà toutes dans la bande annonce, annihilant aussi sec toute surprise pour qui y avait déjà jeté un œil. Un soin esthétique appuyé par une mise en scène perpétuellement énergique, vive, aux cadres soignés et surtout aidée par une caméra étonnamment virtuose pendant des poursuites ou des cascades les moins évidentes. On passe ainsi d'une voiture à l'autre ou mieux, d'étages en étages, ou de niveaux en niveaux lorsque notre acrobate maison Cyril Rafaelli (qui joue le méchant français du film, attention) rebondit d'un immeuble à l'autre avant de finir… on vous laisse la surprise.

Du vrai fun particulièrement avisé, à défaut de réellement servir l'intrigue, qui trouvera son apogée non pas dans son final destructeur avec le Harrier (parce que l'on a justement tout vu dans les films annonces à notre grand désarrois) mais dans l'improbable combat opposant Willis à Maggie Q. Deux sexes, deux cultures et deux violences radicalement opposées qui virent dans la barbarie pure et où notre héros n'hésite pas à filer des coups aussi violents à cette petite femme que ceux assénés aux géants affrontés dans les films précédents. Assurément la meilleure scène du film s'achevant dans une situation aussi grandguignolesque que jubilatoire dans une cage d'ascenseur… Le lieu de prédilection de l'ami John, rappelons-le. Une vraie cartoon attitude dans le registre du spectacle qui laisse de côté certains enjeux dramatiques, ou suggérés comme tel – la destruction du capitole aperçu dans la bande annonce va en décevoir plus d'un – au profit d'un certain délire cruel où l'on ne compte plus les personnages qui tombent de hauteurs folles, qui se cognent la tête un peu partout ou qui rebondissent pour atterrir plusieurs mètres plus loin – ou plus haut.

Attardons-nous enfin sur la véritable surprise du film, puisque c'est sans doute là que l'on s'attendait à prendre le moins de plaisir. Et pourtant, c'est dans ses nombreuses scènes de comédie que Wiseman tirera constamment son film vers le haut. A travers le duo Bruce Willis/Justin Long, d'une part, où malgré le dévouement de McClane évoqué plus haut, le personnage n'en reste pas moins le bon vieux rabougri que l'on a toujours connu et adoré. Willis rendosse son costume avec un automatisme déconcertant et sa moindre confrontation avec la jeunesse – le seul personnage du film plus vieux que lui étant la mère de Kevin Smith – ou un quelconque outil moderne donne lieu à des situations particulièrement tordues. Son rapport avec l'utilisation des webcams dans l'autre très bonne scène du film, vaut son pesant de cacahuètes. Détail amusant, il désosse accidentellement des jouets qui s'apparentent sérieusement à un robot qui se transforme pour l'un, et au Surfeur d'Argent pour l'autre… la concurrence appréciera. Ajoutons à cela une jeune Lucy Generro/McClane encore plus tête brûlée, bagarreuse et provocatrice que son père (ces deux là doivent absolument faire équipe dans le prochain film) et l'on se retrouve avec un vrai divertissement estival de qualité, à défaut d'une révolution trop fantasmée.

L'effort, le vrai, viendra probablement du spectateur qui va devoir se faire à l'idée que sur quatre films, la série possède désormais une moitié mineure. Die Hard, c'est l'histoire d'un mec, un dur à cuir, que même quatre aventures mortelles n'arrivent pas à anéantir. Deux légendaires, et deux "juste" vraiment bonnes. En attendant la suite…

Arnaud Mangin

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