L'HISTOIRE : "Min yé" est une histoire de famille. Il s'agit d'un couple de la bourgeoisie Bamakoise. Dans ce foyer, il existe souvent, des tensions.Mimi veut quitter Issa, lassée de la polygamie et de la routine du mariage. Elle a un amant, Abba. Comment évoluera ce trio adultère dont le nœud relationnel est rendu encore plus compliqué au quotidien.
Ce film à le mérite de rappeler à quel point l’Afrique et ses artistes sont talentueux, à défaut d’être vus.
Seul film africain présent cette année à Cannes, Dis-moi qui tu es (Min Ye) de Souleymane Cissé crée bien malgré lui l’événement en soulignant l’absence presque complète du continent dans ce qui est pourtant le festival de cinéma le plus important à l’échelle mondiale. Nous donnant aussi bien des nouvelles de son auteur que du cinéma malien, ce film projeté Hors-compétition aura donc eu le mérite de rappeler à quel point l’Afrique et ses artistes sont talentueux, à défaut d’être vus.
Entre modernité et tradition : enfin l’Afrique d’aujourd’hui !
Avec son désir d’inscrire dans son cinéma, la modernité du Mali et de l’Afrique, Souleymane Cissé signe un métrage où le drame d’un couple au bord de l’explosion s’inscrit dans ce qui fait le socle commun de la société malienne et de tant d’autres, le mensonge. Ainsi, le ménage à trois qui fait s’entredéchirer Issa, Mimi et Abba nous offre une tranche de vie africaine autant que le récit d’un déchirement qui trouve un écho universel…
Avec Min Ye, l’auteur de Waati nous revient après une trop longue absence et force est de constater que l’homme n’a pas perdu une once de son talent. Et, serait-on tenté d’affirmer, il n’a fait que mûrir et plus encore s’affirmer. En effet, après quatorze années sans tournage, Souleymane Cissé a pu retrouver pour ce film, le chemin des plateaux. Non sans difficulté d’ailleurs si l’on revient sur la gestation difficile du métrage, au départ destiné pour plus de facilité à des débouchés télévisuels. Or, l’homme de Yeelen a su prendre le risque de tout engager – des prêts et son catalogue - pour donner vie à cette passionnante aventure filmée.
Réunissant entre autres les très justes Assane Kouyaté, Sokona Gakou, Alou Sissoko, Min Ye nous donne ainsi à découvrir le quotidien de ces Maliens des classes supérieures, eux qui vivent dans une modernité et un présent pas si éloignés des nôtres. De fait, éloignant les préjugés du mal développement et les stéréotypes qu’il nous est trop facile de projeter, ce film jette aux orties les représentations traditionnelles pour leur en substituer d’autres, originales et cette fois-ci maîtrisées par ceux qui les vivent. Sans a priori ni misérabilisme. Là se trouve la première bonne nouvelle qu’apporte avec lui Min Ye.
Mais ce que l’on aimera aussi, c’est le rythme languissant de cette histoire au long cours qui ne cesse de rebondir sans artifices ni superficialités et le bonheur de voir ou retrouver ces personnalités toutes aussi talentueuses et humainement magnifiques en train de tourner. Car il faut le signaler, le cinéma de Souleymane Cissé est un cinéma original, personnel, différent et il profite d’être porté à l’écran par des acteurs de qualité. Ce qui par ailleurs met en exergue la fatalité de ce cinéma sous-représenté par faute d’argent et de soutien. En effet, les talents au Mali et ailleurs ne manquent pas et l’on serait tous inspirés de s’en rendre compte avec Min Ye, et plus encore de tout faire pour que l’Afrique puisse exister davantage dans nos cinémas. A suivre et à encourager !
À l'occasion de la projection hors compétition à Cannes de Min Ye du cinéaste malien Souleymane Cissé, il nous semblait nécessaire de revenir sur le cinéma d'Afrique noire, tant il peine toujours à ...