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Donne-moi la main

La critique d'Excessif

0/5
donnemoilamain135 L'HISTOIRE :

Antoine et Quentin, frères jumeaux de 18 ans, décident, à l'insu de leur père, de se rendre à pied en Espagne afin d'assister aux funérailles de leur mère qu'ils ont peu connue. La route va mettre à nu leurs différences de manière insoupçonnée.

Un premier film qui ne donne pas très envie d'en savoir plus.

Twins on the road... S’inspirant du road-movie hollywoodien des années 1970, le cinéaste Pascal-Alex Vincent signe un premier long-métrage aux allures boursouflées de tout petit film indépendant français à la limite de l’autisme et dont la prétention laisse souvent perplexe. Prenant le pari de suivre deux frères jumeaux à travers un périple un brin fantaisiste, métaphore d’un rite d’apprentissage où les rencontres vont marquer les différences de deux êtres a priori semblables, le film tente de nous convaincre d’un acquis : les jumeaux ne sont pas deux êtres identiques... Ah bon ?! Mis en image à la manière d’une pub pour un parfum Kenzo, célébrant le corps masculin à outrance et sombrant dans les poncifs les plus fâcheux, Donne-moi la main se fourvoie intégralement et perd le chemin de sa dimension initiatique. Un premier film qui ne donne pas très envie d’en savoir plus...

 

Pascal-Alex Vincent ne filme rien... ou tellement peu qu’on se rapproche de l’indicible, de ce qui échappe littéralement au spectateur. Deux escargots sur une brindille d’herbe avec le coucher de soleil en fond, on se croirait dans Microcosmos. Mais serait-ce la volonté du cinéaste ? De nous montrer au microscope, empiriquement, que les jumeaux sont des êtres différents malgré leur ressemblance évidente ? Il faut croire que oui... Alors forcément, 1h20 de pellicule pour nous exprimer un propos manifeste, c’est long. Consacrant ses comédiens au rang de demi-dieux, ébloui par la beauté des deux frères, le cinéaste en oublie ainsi de les diriger. S’il parvient parfaitement, mais de manière très grossière, à capter leur éclat physique, il trace un portrait psychologique insignifiant plombé par une interprétation hasardeuse. Si un cinéaste comme Gus Van Sant offre à ses comédiens muets une consistance évidente par le biais de leurs mouvements, leurs actions ou leur silence, Pascal-Alex Vincent n’arrive à aucun instant à marquer cette différence entre les deux personnages, encore moins à construire le moindre attachement pour ces derniers.

Mis en scène avec l’élégance et la neutralité coupable d’une pub Kenzo, le film enchaîne les contre-jours, ainsi que les gros plans « nature », les paysages sublimés par un rayon de soleil ou les scènettes dignes d’un mauvais clip de folk américain. On retiendra, entre autres, le passage affligeant de la rencontre en Deux Chevaux avec les deux nunuches sorties de Woodstock et prêtes à se faire tringler sans se poser de questions ou la séquence « homo-friendly » où, évidemment, il est nécéssaire de se faire attacher pour se faire tailler une bonne pipe. D’ailleurs, sur le thème de l’homosexualité, on ne pourra que conseiller à Pascal-Alex Vincent d’éviter les banalités et de ne pas camoufler une pauvreté de scénario par des poncifs honteux. Entre le jeune campagnard esseulé qui susurre des mots doux dans l’herbe sous une nuit américaine et le gros pervers qui paye pour se faire plaisir dans les chiottes, on se rapproche tout de même du degré zéro de la création de personnage.

 

Utilisant le sexe comme monnaie d’échange permettant aux deux jeunes adultes d’avancer dans leur périple, Pascal-Alex Vincent ponctue son film de petites pauses masturbatoires où il se plaît à donner une dimension onirique et onanique aux actes sexuels les plus triviaux. Alors forcément c’est plus joli de faire l’amour sur un arbre et bien plus cinégénique (surout si on plonge l’image dans un flou érotique digne d’Emmanuelle), c’est follement ambitieux de filmer en plan large une branlette et carrément révolutionnaire de se faire sucer dans les champs mais quelle ringardise, quelle manque d’orginalité. Quans A nous les petites anglaises croise Gerry, difficile de ne pas ressentir les effets d’une nausée grandissante. Et ça devient tellement long que l’on attend finalement ce vrai combat qui opposerait les deux frères et qui, suspendu au-dessus de leur tête comme une épée de Damoclès, tarde trop à venir. Il débarque finalement quand tout semble aller mieux et paraît bourré de sens aux yeux du cinéaste, vide à ceux du spectateur lambda. Veuillez nous excuser. Si l’on ajoute à ce trip autiste et suffisant, les contributions inutiles d’excellents comédiens tels que Katrin Sass (Goodbye Lenin !) ou Fernando Ramallo (Krampack), on se dit qu’il aurait mieux fallu revoir sa copie initiale avant de s’embarquer dans un voyage aussi vain. Tout ça pour ça...


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