Tel un Schwarzenegger enchaîné à vie à Conan et Terminator, Anthony hopkins ne peut plus se passer de Hannibal Lecter, le monstre qui l'a sorti de l'ombre. Il n'y a plus qu'à espérer que
Dragon Rouge ne l'y renvoie pas fissa.
DRAGON ROUGE2002
Réalisation : Brett Ratner
Acteurs : Anthony hopkins, Edward Norton, Ralph Fiennes, Harvey Keitel, Emily Watson, Mary-Louise Parker, Philip Seymour Hoffman
Durée : 2h04
Sortie : 30 Octobre 2002
Le détective Will Graham (Edward norton) s'est retiré du FBI après avoir failli perdre la vie en arrêtant le psychiatre fou Hannibal Lecter (Anthony Hopkins). Un jour, son ancien patron, Jack Crawford (Harvey Keitel) vient le supplier de l'aider, grâce à ses dons quasi-médiumniques, pour coincer un serial-killer ayant déjà massacré deux familles entières. Graham comprend bien vite qu'il va devoir recourir aux conseils de son vieil ennemi, Hannibal...
Le film idéal selon Dino de Laurentiis : un long plan-séquence d'une heure et demi pendant laquelle Anthony Hopkins, derrière une vitre, grimacerait comme un taré, sortirait des punchlines du genre "votre aftershave est agréable" et éventrerait lentement quelques gardiens de passage. Malheureusement, le pauvre producteur est assujetti à des contraintes absurdes, du genre : adapter un roman de Thomas Harris, raconter une enquête, bref, mettre des gens autour d'Hannibal Lecter. Pas de chance ! Dieu soit loué, il restait encore un bouquin en attente de popcorn,
Dragon Rouge, une préquelle du
Silence des Agneaux. Quelques gars à la mémoire polluée par des scories des années 80 se sont évidemment empressés, les cons, d'évoquer un certain
Manhunter/Le sixième sens tourné en 1985 par le tout aussi obscur Michael Mann et qui transposait déjà le sus-dit ouvrage.
Grave erreur ! Car comment parler d'adaptation à la vue de ce désastre où : 1) Hannibal n'est pas interprété par Anthony Hopkins, 2) Lecter s'appelle Lektor, 3) le cannibal de ces dames n'a que deux ou trois malheureuses scènes (rappelons que le roman, dont il n'est qu'un personnage secondaire, ne lui en accorde guère davantage), qui plus est en décor hi-tech sans aucune référence esthétique au sacro-saint
Silence des Agneaux (là encore, le fait qu'il ait été tourné avant est négligeable). Un affront à la Hannibal's Saga qu'il convenait de corriger. C'est aujourd'hui chose faite.
Au programme : Hannibal au concert; Hannibal à table; Hannibal blessé; Hannibal dans le journal; Hannibal en prison avec muselière; sans muselière; debout; assis; couché; enchaîné; souriant; triste; avec interlocuteur; sans. Un peu comme Clara Morgane, en somme. Un DVD interactif serait d'ailleurs à l'étude. Chacune de ces scènes est admirablement réalisée par Bret Rattner : fort de son expérience dans la sitcom (avec la série
Heure de Pointe), il offre à Hopkins les plans fixes idéaux pour donner libre court à sa gestuelle étudiée (faire trois pas avec les mains dans le dos, pas facile). On reste malgré tout un peu déçu, car on espérait tellement Hannibal en slip; Hannibal plein de sang; Hannibal s'évade; Hannibal avec ses éléphants et bien d'autres choses... Mais il fallait suivre la trame prétexte : bel exemple d'abnégation.
Les scènes de transition entre les one-man show d'Hannibal permettent de patienter, ce qui n'est quand même pas si mal. Bret Rattner, toujours très pro, a soigneusement filmé chaque scène du scénario, une par une, pour être sûr de ne rien oublier. Il a même fait gaffe à ce que les acteurs soient dans le champ avant de dire action ! Quand un personnage a un problème, la caméra bouge beaucoup. Et quand il réfléchit, elle est immobile. Ce qu'il filme est très intéressant : Edward Norton est étonnant en profiler-médium qui pleure dès qu'il voit du sang (original !); Ralph Fiennes s'entraîne pour
Spider devant des flammes en synthèse (drôle !); Harvey Keitel est du même niveau que dans
Soleil Levant (pour ceux qui s'en rappellent); Emily Watson, qui joue une aveugle romantique (un grand personnage tragique chez Harris) traduit toute sa fragilité en empoignant les testicules de Fiennes et en le gratifiant d'une fellation magistrale. Des fois, il y a un acteur qui fait son boulot (Philip Seymour Hoffman).
A quand un remake de
Police Fédérale Los angeles par Gérard Pirès ?